Grand Prix de Bressuire 2017 : Rendez-vous au temps des circuits en ville!

Comme l’illustrait Magritte avec sa pipe, le Grand Prix de Bressuire n’est peut-être plus un Grand Prix, mais tous les ingrédients sont là pour revivre ces luttes acharnées qui ont été livrées sur ce circuit en pleine ville.

Depuis la réédition de cette manifestation, l’interdiction des courses automobile en centres-villes rend l’organisation de Grand Prix de vitesse excessivement compliquée. Le Grand Prix de Bressuire est désormais une démonstration et son palmarès n’est plus basé sur le chrono. Et tel était le cas en ce week-end du 24 et 25 juin 2017, pour la 12e édition de ce Grand Prix de Bressuire.

Malgré cela, force est de constater que tout se passe comme quand vous donnez un jouet à un enfant en lui recommandant de jouer calmement, dès qu’il commence à s’amuser, il est dans son monde et rien ne peut entraver son imagination. Au Grand Prix de Bressuire, il en est de même : imaginez-vous au volant d’un véhicule préparé pour la course, casqué sur la ligne de départ… L’objectif va bien vite aller au-delà de la simple démonstration.

Donc, oui, le Grand Prix de Bressuire n’est pas un Grand-Prix, mais il y ressemble sacrément !

Le circuit

C’est le circuit Alain Metayer ainsi nommé en l’honneur du Docteur Metayer, Président de l’association «Bressuire Automobile Club», qui a permis l’organisation du premier Grand Prix de Bressuire, le 1er juillet 1951. A l’époque, les coureurs devaient affronter une piste de 2650 m homologuée par l’ACF (Automobile Club de France), dans les rues de la ville. Un succès pour les 4 premières éditions, mais le tristement célèbre accident de Mercedes au 24 heures du Mans provoquant 77 morts le 11 juin 1955, sonnait le glas de l’épreuve Bressuiraise.

Il faut donc attendre 2006 pour que la passion d’un homme, Jean-Claude Fillon, fondateur et président de l’Auto-Rétro Bressuirais, et de toute son équipe, permette l’organisation d’une nouvelle édition du Grand Prix de Bressuire, qui devint au passage une démonstration sous le nom de « Grand Prix Historique de Bressuire ».

Aujourd’hui, le circuit qui a subi les affres de l’évolution, fait désormais environ 700 m et tourne autour de la Place St-Jacques de Bressuire. 700 mètres cela peut paraître court certes, mais ce sont 700 mètres de pur plaisir pour des spectateurs qui peuvent changer leur point de vue sur la course à tout moment, et sans ne jamais rien perdre du spectacle !

Voitures, pilotes, et anecdotes

Le décor planté, intéressons-nous aux acteurs… ou plutôt aux actrices et divas ainsi qu’aux pilotes du Grand Prix de Bressuire.

Ici, nous remontons dans le temps, avant 1970, et nous aurons l’essentiel des protagonistes de cette 12e édition 2017. Comme dans les années 50, 4 catégories sont représentées, et sont définies en fonction des mêmes types de voitures.

Le plateau 2017 :

  • 18 voitures en catégorie Tourisme, qui regroupe des véhicules de « tous les jours ou presque » de 1950 à 1975 pour cette édition
  • 17 bolides en catégorie Sport, qui regroupe des véhicules sportifs de 1951 à 1979
  • 15 Cyclecars, voitures de sport d’avant-guerre, dont 10 anglais, 4 français et 1 canadien aux volants, rendant la démonstration réellement internationale ! Autos de 1931 à 1970
  • 13 Monoplaces ou Racers, de 1936 (en « tout à l’avant ») à 1972. Avec des échappements libres, ces bolides sont taillés pour la course.

Et pour chaque plateau, une histoire…

Chez les racers, j’ai pu discuter avec un personnage haut en couleur et aux « R » qui roulent, inscrit involontaire de dernière minute, et de fait doyen des pilotes. Du haut de ses 84 ans, au volant de sa monoplace de 1950, une DB Racer 500 à moteur Panhard, Raymond Janiaut est le loup gris des courses de côtes et des manifestations historiques. En 2016 encore, il a participé avec sa vaillante monoplace à 10 courses, en France, en Allemagne, en Italie et en Belgique. Mais sur cette édition du Grand Prix de Bressuire, il a dut jeter l’éponge car sa voiture a eu un problème de démarreur. Ceci restera au final pour ce grand Monsieur une anecdote de plus compte tenu qu’il a construit pas moins de 51 racers dans sa carrière… Qui semble encore loin d’être finie !

En catégorie tourisme, on a pu admirer une perle rare : « la Douille« . Dans ces années d’avant les crash-tests et les contrôles techniques, des garagistes et préparateurs éclairés produisaient des véhicules unitaires homologués pour le plaisir ou l’excentricité de leurs propriétaires ! La Douille, construite par Joseph Douillard en 1952, est de ces autos. Fait marquant, et trait d’union historique, cette voiture avait déjà participé au Grand Prix de Bressuire de 1954.

Et pour décrire cette voiture peu ordinaire, quelques détails techniques s’imposent : mécanique de 4CV de 904 cm³, un châssis tubulaire associé à carrosserie indépendante en aluminium qui permettent de contenir le poids de l’engin à 430 kg, 4 vitesses et une vitesse maxi de plus de 160 km/h ! Pierre Ferry a même indirectement contribué à cette auto au niveau des tambours alu dont elle est équipée aujourd’hui et du kit arbre à came du moteur Renault qui permet de flirter avec les 7000 tr/min ! Le tout, pour 4216 km d’origine, avant l’épreuve…

Le plateau des voitures de sport était assez sympathique aussi, avec notamment 2 sublimes Jaguars. Une Type E, que l’on ne présente plus et une Type C (XK120-C) , fabriquée en 1952 et restaurée en 2000, forte de 210 chevaux grâce à son moteur 3,4 litres. .

Une superbe Porsche 356 C de 1963, sortie de grange et entièrement restaurée était présente. Flat 4 1600cm³, kit Bore 90cv, 4 freins à disques et 175 km/h en pointe… Le début de la légende avant le fameux flat 6…

Mais mon coup de cœur dans cette catégorie est allé à la moins puissante du plateau, pour son caractère authentique, et l’image forte qu’elle véhicule pour tout amateur de voiture. Liée au légendaire Colin Chapman, c’est une Lotus vous l’aurez compris et vous avez déjà la Seven en tête… Mais il y avait ce week-end, au Grand Prix de Bressuire, son ancêtre : une Lotus Mark VI, châssis N°142, l’un des derniers produits.
Celle-ci date de 1955, équipée d’un Ford 1200 cm³, 50 chevaux, 450 kg, plus haute que la Seven, carrosserie toute en tôle d’aluminium roulée ou façonnée, comme le museau caractéristique réalisé à partir de 4 pièces soudées. Peu d’années séparent les Mk VI des Mk VII, mais la Seven affiche une maturité que la Six compense par une bonne dose de nostalgie, notamment du fait de ses grandes roues fines, de taille similaire à celles des Citroën 2 CV !

En course, malgré sa puissance plus de 4 fois inférieure aux Jag’ du plateau, elle n’était pas ridicule !

Chez les cyclecars, enfin, pas de focus particulier, tant ces véhicules portent des valeurs de « gentlemen drivers », des « pionniers d’avant-guerre »… A noter le seul tricycle du plateau cyclecar présent au Grand Prix de Bressuire : une Berkeley T60 de 1960 à carrosserie Polyester. Elle était équipée à l’origine d’un moteur de moto, puis restaurée et modifiée par l’usine dans les années 1990 elle est aujourd’hui équipée avec un moteur de Mini Austin de 998cc.

En parallèle à ces 4 catégories en lice, comme une cerise sur une forêt noire, un exceptionnel plateau d’honneur, issu des années 1972-73, de Porsche 911 Carrera 2.7 RS est réuni grâce aux membres du Porsche Club RS de France. Son Président, Jean-Claude Bonhomme, a découvert le Grand Prix de Bressuire lors de ses vacances alors qu’il avait une dizaine d’années et est même venu courir en 2009 sur une 356. Cette proximité lui a donc fait répondre présent à l’appel de Jean-Claude Fillon. Un exceptionnel plateau donc de plus de 6 millions d’euros, pour faire quelques milliers d’heureux spectateurs, en quelque sorte !

Les démonstrations

En Ouverture de ce 12e Grand Prix Bressuire, il y a eu la « Parade Américaine » où quelques big-blocks d’avant la crise du pétrole de 73, en provenance directe d’outre-Atlantique, ont fait le bonheur des yeux et des oreilles des spectateurs : Ford Gran Torino, Mustang Coupé, Dodge Challenger, Corvette Stingray et d’autres véhicules mythiques ont été ici réunis.

Ensuite, sur les 2 jours, 4 sessions de démonstrations ont eu lieu, dont une en nocturne le samedi… Le tout mené de main de maître par l’organisation. Afin de s’accorder au caractère international du Grand Prix de Bressuire (pilotes venus de France, de Grande-Bretagne, de Belgique, de Suisse, et du… Canada!), la présence de Julian Parish, spécialiste automobile et auteur déjà interviewé par News d’Anciennes, a permis d’assurer une traduction simultanée éclairée des éléments distillés par les commentateurs français dans la langue de Shakespeare.

De ces différentes « courses », pour lesquelles les conditions climatiques sont passées du franc soleil au crachin, les photos permettront de vous faire une idée de l’ambiance. Toutes les courses avec départ en grille ont été ouvertes par une Marcadier de 1977, sur base Simca 1000 Rallye II, qui a fait les beaux jours de la Coupe de l’Avenir.

Les luttes ont été enragées, et il y a eu quelques inévitables frottages de tôles !

Mais le clou du spectacle est venu de l’intensité des 2 départs « type Le Mans » où les pilotes rejoignent leur auto en traversant la piste en courant … L’un en tourisme, et l’autre, pour entretenir le mythe, en Carrera RS 2.7.

Pour toute course, il y a un podium. Au Grand-Prix de Bressuire, il y a un palmarès récompensant les véhicules marquants. Je vous laisse donc admirer ces bolides qui n’ont pas laissé le jury insensible.

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Fabien
Un lion et un cheval cabré m'ont fait aimer les voitures de mon enfance... Un livre, «La maîtresse d'acier» de Pierre Coutras, et des légendes, Fangio-Moss-Hawthorn, m'ont conduit à me passionner pour des bolides plus ancien.
A mon tour de partager avec vous.

1 commentaire sur “Grand Prix de Bressuire 2017 : Rendez-vous au temps des circuits en ville!”

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