3000 Bornes en Ancienne, Première Partie, Troyes-Bourg St Maurice

Le mois de septembre arrive et avec lui la fin des vacances. Les touristes, caravanes et autres camping cars ont enfin déserté nos belles routes. Il est donc temps de sortir mon ancienne pour réaliser une boucle de 3000km à travers les alpes du nord. On vous emmène avec nous, ce sera en plusieurs fois, voici la première partie.

Le choix des armes

Mon choix s’est porté sur une BMW série 3 millésime 1988. Oubliez les M3, 325i, 323 sports et autres il ne s’agit que d’une simple 320i. Le choix semble contre nature à la vue de l’aura dégagé par ses grandes sœurs mais je vais l’expliquer. D’une part cette auto jouit d’une côté encore raisonnable, il est en effet possible de s’en procurer une sans avoir à vendre l’intégralité de son patrimoine, d’autre part le petit 6 cylindres de 2.0L est injustement décrié à cause à son manque de coffre.
Cependant il ne faut pas oublier que dans les années 80′ 130ch, 200km/h en pointe et un 0 à 100 abattu en 10s n’étaient pas risibles, ça ne l’est d’ailleurs toujours pas aujourd’hui. Face à cette injustice je me dois donc de faire la lumière sur ce qu’il en est.

L’auto

L’automobile en question est une 320i dans sa version Française. Les principales différences résident dans l’adjonction d’un rapport de pont plus long, d’une ligne à simple sortie et d’un train arrière à tambours basiques. Programme peu alléchant mais pas dénué de sens sauf pour les freins.
Côté options, à l’intérieur on retrouve un pack électrique (vitres et rétroviseurs) de bon aloi, des vitres arrières ouvrantes, une superbe sellerie sport en cuir rouge, un volant trois branches ainsi qu’un pommeau rétroéclairé le tout siglé M. L’extérieur nous offre quant à lui des antibrouillards avant, des jantes nid d’abeille de 14 pouces une petite lame et un becquet pour un aspect plus « sportif ».

Le grand jour du départ

De Troyes à la Suisse pour se familiariser avec l’auto

Lundi 0h10, l’auto m’attend tapie dans un sous-sol Troyen. Je jette mes quelques bagages dans le vaste coffre (425L) et m’installe derrière le volant. Contact, le 6 pattes s’ébroue en silence et sans vibrations. 1ère c’est parti. Dehors il fait nuit noire pas un chat. Quitter la ville en douceur est un véritable régal. L’auto est silencieuse, douce, souple, tout d’une moderne, l’écran tactile en moins, le look en plus.
Les premiers kilomètres en direction de Dijon permettent de prendre la mesure de l’auto. Et force est de constater qu’on a bien affaire à une routière. Le 6 cylindres fait son travail je reprends sans problèmes en 5ème sur les sorties de villages, la direction est particulièrement réussie, précise, ferme juste ce qu’il faut et très directe.  L’amortissement est assez bon, ça ne pompe pas. Le roulis est relativement maîtrisé, les irrégularités de la chaussée sont bien filtrées. À l’intérieur, force est de constater que l’auto a bien vieilli, les sièges sont confortables, pas de bruit de mobilier, l’insonorisation est correcte, on ne perçoit qu’un doux feulement entre 1500 et 2500trs/min.
La nuit me permet de couvrir une bonne distance, je laisse derrière moi Dijon, Dole, avant de pénétrer dans le Jura. Les routes commencent à devenir de plus en plus sinueuses, ça sent bon la montagne. Pour le moment pas de folies, le 6 pattes grimpe sans broncher, dépasse sans encombre, à condition de tomber 1 ou deux rapports suivant l’inclinaison de la chaussée. Bref rien de dramatique, rien qui mérite une telle réputation.

La Montagne Suisse et le premier vrai col

Je franchis enfin la frontière suisse au niveau de la Cure, on attaque une vraie descente de montagne toujours à la cool. Personne, la vue est imprenable sur le Léman et ses agglomérations, superbe ! Au pied du Léman, je bifurque en direction du point de vue de la Barillette. Ça grimpe pas mal, il ne faut pas hésiter à rester dans les tours car pour le coup, l’auto manque clairement de punch en bas et la longueur des rapports ne l’aide pas. Une fois au sommet, le spectacle vaut son départ de nuit et ses 500 bornes. Le soleil se lève et j’ai face à moi une vue à 180 degrés sur le lac ainsi que les Alpes et même le massif du Mont Blanc. Le tableau que j’ai sous les yeux est probablement un des plus majestueux que j’ai eu l’occasion d’observer.
Apres cette courte pause, retour sur la route et la campagne entre Genève et Annecy. Après l’arrivée sur Annecy, tout de suite je me dirige vers le 1er col montagneux du périple. La Forclaz Montmin. 11km, 1157m déclivité maximum de 15% ça commence à être sérieux. Au volant ce 320 est vraiment amusant, les changements de caps sont nets, la direction est un régal le moteur me propulse gentiment à 90km/h (sans que j’ai à claquer le rupteur) ce qui est très suffisant pour se faire peur.
Les freins eux sont sans surprise, lamentables. Ça ne mord pas, ce n’est pas endurant. Tellement dommage, 4 disques auraient été tellement plus adaptés à l’auto. Au sommet, le bilan de ce premier col est plus que positif. J’ai vraiment pris plaisir dans la montée avec ce petit 2.0. Et quelle vue là encore! Mais il faut déjà repartir. Direction le Beaufortain.

Bref passage dans le Beaufortain

Direction Ugine, Albertville, Beaufort en Savoie on enchaine sur la montée du Meraillet. Au sommet, le lac et le barrage de Roselend. Une pépite des Alpes mis en eau en 1962. L’ensemble niché à 1605m d’altitude offre un paysage de carte postale. Entre alpages et hautes montagne.

J’enchaîne sur le col du pré qui offre une vue imprenable sur ce joyaux ainsi que le Mont blanc.

Pause repas au bord du lac et c’est reparti pour le Cormet de Roselend et ses presque 2000m. Le ciel qui était jusqu’à présent clair devient laiteux et de mauvaise augure pour la suite.

A l’attaque du mythique Col de l’Izeran

La montée se révèle difficile

Descente sur bourg saint Maurice puis direction la Mecque. Le col de l’Izeran et ses 2770m d’altitude. Le plus haut col d’Europe et qui se négocie au prix d’une ascension de 50km ! Seez, Tignes, Val d’Isère. On flirte avec les 2000m avant l’assaut final.
Tout au long de cette montée le ciel se couvre, la vallée se bouche, puis enfin la pluie tombe. Et la je sais que les 15 derniers kilomètres seront particulièrement délicats à négocier. Surtout au volant d’une vieille dame de 30 ans. Pas d’ABS, de contrôle de traction, d’ESP. La montée est un véritable chemin de croix. La moindre faute se paye cash.
Le tracé n’est pas particulièrement excitant, la route est mauvaise, étroite, avec une visibilité nulle par endroits. 2000, 2200, 2500 le 320 commence à vraiment se montrer à la peine d’autant que je ne me permet pas de pousser les rapports. Et pour cause à ma gauche un mur de pierres, à ma droite un précipice frôlant les 1000m et pas de barrières de sécurité. Bon sang ce col est rude !
2600m je n’ai plus de puissance et doit alterner entre la 1ère et la seconde. Il commence à tomber de la neige fondue et le vent souffle en rafales. La route est vraiment mauvaise qu’est ce que je fous là ! Enfin 2764m le sommet !
Le 2.0L boite, l’électronique ne comprend plus rien et le ralenti retombe à 400trs min ! Petite pause le temps de se remettre de la montée, de prendre en photo le mythique panneau du sommet et de se briefer pour la descente. Là haut l’ambiance est difficilement descriptible. Paysage lunaire, brume, vent, pluie et neige fondue, sol gelé, en plein mois de septembre il faut le faire pour le croire.

La descente n’est pas plus reposante

Je redémarre et l’auto est à 2 doigts de caler. Enfin j’entame la descente et, si la montée relevait du chemin de croix, la descente c’est l’enfer. L’altitude m’a rendu ivre, et la gravité happe le 320, 80, 90, 100, 110. Il faut freiner mais pas trop, toujours pas d’ABS, les freins sont médiocres, les distances s’allongent et il reste encore 40km !

Le frein moteur n’y fait rien, les transferts de masses ne sont pas à mon avantage et l’auto manque de déraper malgré ma prudence. Et toujours cette fixation sur l’énorme précipice. Val d’Isère enfin, le plus dur est derrière moi. Il ne reste plus qu’à redescendre à l’hôtel. De retour à Bourg st Maurice je réalise enfin ce qui vient de se passer et une seule chose me vient à l’esprit : « bon sang on l’a fait! ». Je regarde ma montre, cette expérience a durée 3h30, je ne m’en étais pas rendu compte. Vivement le lendemain pour une journée plus tranquille.
La prochaine étape la semaine prochaine.

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14 réflexions au sujet de « 3000 Bornes en Ancienne, Première Partie, Troyes-Bourg St Maurice »

  1. L’auto semble sublime, le roadbook magnifique et les photos tout autant. Vivement la suite 🙂

    PS : Il faut repasser à la Barillette à l’heure des repas, la buvette restau juste à droite en contre-bas du spot des photos (il faut tourner à droite un peu plus tot dans la montée) fait des fondues absolument délicieuses et offre la même vue en terrasse !

  2. Ping : 3000 Bornes en Anciennes, Deuxième Partie, Bourg St Maurice - Lac de Côme - News d'Anciennes

  3. Ping : 3000 Bornes en Anciennes, Troisième Partie, Lac de Côme - Stelvio - Chiavenna - News d'Anciennes

  4. Bonjour, je découvre cet article et je vais m’empresser d’aller lire les autres, très bien écrit, des images magnifiques, bref que du bonheur !

    Toutefois, concernant la voiture j’ai un jugement un poil différent du vôtre, possédant moi-même une 320i e30 coupé de ’88.

    Concernant le moteur, en effet, le 2.0 est un super moulin, mais habitant en Corse, le pont beaucoup trop long est vraiment castrateur, ça m’étonne que cela ne vous ait pas plus dérangé que ça. Ceci dit, il est possible que vous ayez un pont un poil plus court que le mien (pont de 3.45, seconde au rupteur : 105 km/h…)

    Niveau freins, j’ai eu l’occasion de tester plusieurs modèles de 88 et alentours, eh bien je trouve que la 320i freine plutôt bien par rapport au reste de la production de cette époque. Avec les standards actuels, il est vrai que ça paraît un peu light, mais ça reste honorable.

    Enfin, pour la conduite, bien qu’elle soit en propulsion, je trouve que ça se conduit sans penser du tout à ça, toujours la faute au pont, non autobloquant sur la mienne. Mais je n’ai jamais conduit sous la neige ou dans des températures si basses.

    Bref, ce n’est que mon point de vue, et n’y voyez aucune animosité !

    • Alors concernant le jugement. Il est clair que le pont s’est avéré castrateur dans les grosses montées la conduite moins naturelle en 3.45 où il faut tomber la 1ère dans les épingles qu’un 4.27 ou la deux suffit amplement. Apres avec un châssis full stock on a pas vraiment affaire à une sportive et il ne faut pas oublier que 3000km c’est long du coup le 3.45 s’est avéré un choix assez judicieux même si un 3.64 ou 3.73 aurait été le compromis parfait. Le moulin comme vous dites il est super. Les freins je suis sur un montage disques tambours qui franchement est un choix de merde quand on sait que les versions hors France ont eu 4 disques. Et la avec 4 disques oui ca freine bien pour l’époque ;).

      • C’est bien ça, le 4.27 est franchement génial pour attaquer les cols, surtout avec un autobloquant, mais en utilisation quotidienne c’est trop court, le top étant un 3.73 je trouve.

        Et je suis aussi avec les tambours, mais je trouve que ça freine mieux que ma Xr2 ou qu’une 190e w201. Par contre, en effet, pourquoi nous avions droit aux tambours à l’inverse des pays frontaliers, je n’en sais rien.

        Sinon, j’ai lu la totalité des articles, beau périple, les frayeurs sous la pluie, je les ais eues aussi, surtout avec des pneus « bas de gamme ».

        Par contre, je reviens sur mon commentaire sur la propulsion, j’ai tendance à oublier que la mienne dispose du « chassis M », option d’époque, suspension rabaissée et un poil plus ferme, même si la différence n’est pas flagrante, ça doit biaiser mon jugement !

        Bref, encore bravo !

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