Les collectionneurs d’automobiles anciennes et l’argent

Quelques semaines après le salon de Lyon, et à quelques semaines de Retromobile 2016 on peut faire un petit florilèges de quelques discussions entendues et vues sur les réseaux sociaux. Entre râleries sur le prix des pièces et râleries sur le prix des voitures, les collectionneurs ont toujours quelque chose à dire sur l’argent que coûte les voitures anciennes.

Des fois on se dit que pour certains, l’achat d’une voiture de collection ou de sa reproduction miniature, c’est en fait la même chose. On achète l’objet pour s’amuser. L’un fait beau sur le bureau, l’autre dans le garage et dans les divers événements auxquels on participe.

Sauf que la voiture, elle s’achète un certain prix, elle s’entretient, elle se répare, voire elle se restaure. Et comme on ne peut pas tout refabriquer, on passe forcément par des pièces a acheter sur salon.

Partie 1 : le prix des pièces des automobiles anciennes

Automobiles Anciennes et argentLe premier rapport étrange entre les collectionneurs d’automobiles anciennes et l’argent c’est lorsque l’on écoute leur discussion avec les vendeurs de pièces sur les salons.

« Oh genial, deux ans que je cherche ça ! C’est combien ? »

Et une fois le prix annoncé par le professionnel :
« Nan. C’est vrai ? Je vous le prend pas c’est trop cher ! »

Cherchons à comprendre. M. Martin a donc dans son garage une belle italienne, mais il y a quelques années il a du se résoudre à la restaurer. Et il ne lui manque qu’une chose pour réparer sa voiture et reprendre a route, une bielette de direction. Et comme personne ne la refabriquait il a eu du mal à la trouver. Un coup il en trouvé sur ebay en italie. Mais 300 €, il trouve ça trop cher.
Quand Jérôme lui dit qu’il a la pièce, moins cher, à 180 €, M. Martin trouve encore ça trop cher…

Parce que M. Martin on ne lui fait pas. Il sait qu’une bielette de 4CV ça coûte « 30 balles et tout le monde en a ». Et il ne comprend pas pourquoi pour son Alfa il devrait payer plus cher.

Le pire, c’est que M. Martin, il peut se permettre de payer 180 ou 300 € pour sa pièce. Mais il ne veut pas.
Du coup son Alfa va encore dormir dans le garage la saison prochaine. Et il dira à ses copains « tout ça à cause d’une pièce à la con qu’il me manque ».

Partie 2 : le prix de la qualité des pièces pour automobiles anciennes

« Bonjour, je cherche des coussinets qui tiennent parce que ceux de mon italienne ils viennent de Chine. Et ça tient pas. »
« On en a c’est 250 € »
« Hein ?! Mais je les payes 50 d’habitude vous vous rendez compte ? »

Encore une fois, M. Martin on ne la lui fait pas. Il ne va pas payer 5 fois plus cher ! Namého !
Du coup M. Martin va retourner voir son garagiste habituel. Il va lui redonner les coussinets qu’il a acheté pas cher.
Et il va retourner ensuite sur circuit, il va re-griller un coussinet. 2e rectification en 3 ans. Ça fait beaucoup. Et puis ça coûte cher en main d’oeuvre…
Mais bon ça va, les pièces sont pas cher.

M. Martin c’est un peu tous les collectionneurs français. Il veut que sa voiture roule pour pas cher et qu’elle n’ait aucun souci. Et si ça va pas, pas grave on recommence.

La voiture ancienne n’est pas hobby d’enfant. Nos mamies coûtent cher à garder en bon état. Et des fois faire des économies de bout de chandelle vous apportera plus d’ennuies que d’argent.
C’est là qu’il faut vous demander si ce n’était pas d’une miniature dont vous aviez envie !
Le constat est pire lorsque l’on regarde du côté des italiens comme on peut croiser au salon de Padoue. Là bas, les pièces sont globalement chères. Mais personne ne rechigne là bas à mettre 500 € dans des pièces pour une voiture qui en vaut 2000. Cela fait partie du jeu là bas. La qualité est primordiale, avoir une voiture parfaite vaut tous les investissements. A méditer.

Partie 3 : le prix des automobiles anciennes

« T’as vu ça Gégé ? 15.000 la Traction, il y en a qui sont fous ! »
« Boarf, t’as vendu la tienne à 7500 et elle était pas finie… »
« Mais c’est pas pareil, quand tu comptes toutes les factures, elle m’a coûté un bras la voiture ! »

Epoqu'Auto 2015-9882Et oui, mais c’est que tout le monde réagit comme ça, et effectivement ça fait s’envoler le prix des voitures. Imaginez votre moderne, si vous ajoutiez le coût de toutes les factures d’entretien, il n’y aurait pas de décote !

Et concernant les prix annoncés par les professionnels, il va peut-être falloir se mettre dans la tête qu’un pro qualifié et dont on vante les mérites fera son travail dans les règles et cela coûte cher à plusieurs niveaux :
– Les salariés qualifiés, pour retenir le bon ouvrier, il faut bien le payer
– Le matériel qui permet de bien faire le travail n’est pas gratuit
– Le prix des pièces n’est pas si différent que celles que vous achetez
– Les entreprises ont des coûts à assumer

Partie 4 : le prix des automobiles anciennes d’exception

Pour finir, sur les prix stratosphériques des autos que l’on peut voir lors des ventes aux enchères, particulièrement ces dernières années. Là deux postulats :

« 30 Millions pour une voiture, autant aller voir une salle des coffres d’une banque du 16e ! »

« Les investisseurs pourris nous volent notre passion avec leurs millions et on va pas pouvoir suivre »

Artcurial à Retromobile

Ferrari 335 S Aux 24h du Mans 1957

Les prix des automobiles anciennes d’exception font hurler au scandale certains. Mais parlons de la Ferrari 335S qui sera proposée par Artcurial à Retromobile par exemple. Son prix de vente devrait se situer aux alentours des 30 millions d’euros ! Certes la somme paraît délirante mais :
– Certains grands de ce monde peuvent payer ce prix
– Ils permettent aussi de faire vivre ces autos
– Des autos au passé aussi exceptionnel ne peuvent pas valoir le prix d’une DS

Et pour ceux qui trouvent que ce genre de prix est indécent et ne devrait pas se voir et qu’il faudrait boycotter les salons présentant ces autos :
– Certains disent la même chose du prix de leur auto
– De toute façon, même à 50.000 € la plupart des collectionneurs ne pourront pas l’acheter
– On va bien voir les Bugatti du Musée de Mulhouse pour les admirer les voitures sans se soucier du prix

Les mêmes qui s’extasient devant une des Salmson 2300S Cabriolet par Chapron vues à Epoqu’Auto ne se demandent pas le prix de la voiture, qui est potentiellement très élevé, vue la rareté !

Enfin, certes les « petits collectionneurs » ne peuvent pas suivre sur l’achat de ces autos. Mais il y a 40 ans quand certaines Bugatti valaient moins cher qu’une GS de la collection du coin, est-ce qu’ils avaient envie de l’acheter ? Non.
Et qu’ils se rassurent, les grands méchants ne mettront jamais des millions pour acheter la GS qui est la voiture qui, eux, les fait rêver ! Et puis, ce n’est pas parce que certaines mettent des millions pour acheter une automobile ancienne qu’ils n’ont pas la même passion que nous !

Bref, chacun son avis sur la question, mais l’argent fait souvent dire n’importe quoi à bien des gens !

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7 réflexions au sujet de « Les collectionneurs d’automobiles anciennes et l’argent »

  1. Bonjour,
    Je ne suis pas tout à fait d’accord avec votre analyse sur le prix des pièces et le prix des automobiles anciennes. Vous ne parlez pas de la spéculation des prix qui tient un peu du n’importe quoi.

    Je possède des 2cv. La spéculation sur ces voitures est énorme depuis une dizaine d’années. Je suis le premier à faire travailler des artisans pour les opérations délicates comme la rectification des culasses, et à n’acheter que des pièces d’origine au lieu des m*** chinoises qui envahissent nos revendeurs.
    Néanmoins on ne peut pas accepter tout les prix sous prétexte de passion. Un exemple concret, un induit de dynamo ducellier pour une deuche vaut environ 2 fois plus cher qu’un induit de dynamo ducellier pour une dauphine/ DS/ 403 …Etc. Et ce sont quasiment les mêmes pièces…

    Je nuancerai en disant que M. Martin n’a pas tort de râler parfois. Même si au final on passe à la caisse vu qu’on a pas le choix.

  2. Je ne comprends pas trop le sens de l’article qui semble vouloir mettre tout le monde dans le même sac et le message qu’il cherche à faire passer.

    Le monde de l’auto de collection, ça reste (en réduction) une image de notre société : il y a des riches, des très riches, des classes moyennes, des classes populaires qui ont tous des rapports très différents à l’argent. Il y a des gens qui roulent dans une voiture à 2.000 euros, il y a des gens qui roulent dans une voiture à 60.000 euros, c’est la vie.

    La spéculation n’est pas un problème en soi : La spéculation c’est, en économie, l’action de prévoir les évolutions des marchés et d’y effectuer des opérations d’achat et de vente en conséquence, de façon à retirer des bénéfices du seul fait de l’évolution de ces marchés….

    La spéculation, souvent abhorrée par ceux qui se considère généralement comme les « vrais » passionnés et en fait une chance INOUIE pour nous : on restaure dorénavant des véhicules qui auraient fini en oxyde de fer, on crée de l’activité, de l’emploi.

    De tous temps, dans tous les domaines, il y a des gens qui râlent. C’est trop cher, ça ne vaut pas ce prix, Et après ? Rien de bien nouveau. L’essentiel est ailleurs, dans le plaisir que l’on prend à conduire et rouler avec nos anciennes !

    • On met pas tout le monde dans le même sac, justement on parle de cas entendus ici et là sur des salons.

      Et tout à fait d’accord avec la partie sur la spéculation.

  3. Vu les prix aujourd’hui, que vont devenir nos voitures si les jeunes ne peuvent pas les acheter???
    En 2003, nous avons acheté deux tractions 11C de 1955 et 1956 pour 6000 euros avec pièces, outillage et le plancher pour la transformer en utilitaire.Une voiture possédait une galerie « Le Portex ».
    Une 11C est vendue 18000/20000 euros.Aujourd’hui, je renoncerais!!!

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