Modèles à la Une : la Ligier JS2

Après avoir commencé avec la Ligier JS1, c’est l’heure de parler de la Ligier JS2 qui lui succède dans l’histoire du constructeur.

Guy Ligier est décédé hier, pour lui rendre hommage, voici l’historique de la Ligier JS2, la voiture la plus emblématique de la marque, avant l’aventure Formule 1.

Les JS1 ont couru toute la saison 1970, mais leur production à seulement trois exemplaires les classe en catégorie prorotype et non en grand tourisme. C’est pour cela que Ligier table sur la JS2. Initialement prévue pour être présentée à la fin de l’année 1970, Guy Ligier est sérieusement retardé quand Cosworth fait défection et refuse d’équiper les nouvelles voitures. Il profite de ce retard pour développer sa JS3 dont on reparlera.

La naissance avec un bloc d’origine Maserati

Finalement, Guy Ligier se tourne vers le V6 Maserati, en fait fourni par Citroën qui le monte sur la SM. Ce moteur n’est pas très puissant mais à l’avantage d’être de bonne cylindrée, 2.7L, sous entendu sans surtaxe, et relativement puissant avec 170 ch. Son autre avantage est qu’il est réalisé en fonte d’aluminium, son poids est donc contenu à 140 kg. Il est alimenté par trois carburateurs Weber double corps et les culasses sont à deux soupapes par cylindre.

Le châssis est une poutre centrale en sandwich utilisant des tôles d’acier. La carrosserie est affinée, mais toujours réalisée en fibres stratifiées.
Au final, la voiture pèse 950 kg, mesure 4.25m de long, 1.72m de large et 1.15m de haut. La vitesse de pointe est de 240 km/h. Le châssis des modèles de compétition reprend lui les recettes vues sur la JS1, une poutre centrale en sandwich d’aluminium, la solution est d’ailleurs l’objet d’un brevet.

Elle est révélée au salon de Paris 1971 et mise en vente en novembre de l’année suivante ! Entre temps, la voiture a été engagée en compétition. Pour cela, le moteur est le 3.0 litres, sur la même base que le 2.7L, mais à la puissance de 195 ch.
On la voit apparaître aux 24h du Mans. Les voitures sont aux couleurs de BP, le sponsor officiel, sauf une voiture, engagée par le privé Claude Laurent. En vérité cette voiture qui hérite du numéro 56 est la propriété d’un de ses pilotes, Delalande qui est associé au volant à Laurent et Marche.
Les deux autres voitures sont engagées par l’usine, la 21 pour Ligier et Piot, la 22 pour Maublanc et Lafitte.
Les voitures sont assez loin en qualification, et en course aucune ne voit l’arrivée. Ligier et Piot ne couvrent que 7 tours, tandis que Laurent / Marche / Delalande en bouclent 187 avant de perdre la pression d’essence. Lafitte et Maublanc en couvriront 195 avant que le moteur ne les lâche.

Pour la fin de la saison, la voiture sera engagée en rallye, notamment la ronde Cévenolle et le Tour de Corse. A chaque fois, la course se soldera par un abandon.

Le moteur Maserati évolue

Le moteur de 3L de la Merak utilisé en compétition est, cette fois, installé dans les voitures de séries. Leur discrète carrière continue, après 48 exemplaires vendus en 1972, ce sont 80 exemplaires de cette nouvelle version qui seront vendus.

L’engagement de la voiture en course continue. La face avant est remaniée afin d’améliorer l’aérodynamique de la voiture. De son côté, Maserati fournit à Ligier une version vourse du moteur, carter sec, et 330 ch !

Une voiture est engagée en Championnat du Monde des voitures de sport, sur la manche des 1000 km de Dijon le 15 Avril. La voiture confiée à Jarier et Paoli ne verra pas l’arrivée, elle abandonne suite à une casse moteur.
A Monza, le 25 Avril, la voiture est confiée à Jarier et Ligier, la voiture est qualifiée mais ne prend pas le départ.
A Spa, le 6 Mai, la voiture a le même équipage mais elle ne se qualifie pas.
Aucune voiture ne s’engage à la Targa Florio et aux 1000 km du Nürburgring.

Aux 24h du Mans, trois voitures sont engagées. La 18 est confiée aux privés Delalande, Laurent et Marche, une première voiture est engagée par l’usine avec la 19 pour Paoli et Couderc, une seconde, la 62 pour Ligier et Lafitte.
La mieux qualifiée est la 62, 16e sur la grille avec 4:13.1, la 19 est 28e avec 4:17.5, la 18 est 55e avec 4:44.5.
En course, une seule voiture verra l’arrivée, la 18 de Delalande, Laurent et Marche classée 19e, 8e de sa classe avec 271 tours couverts. La 62 sera disqualifiée après 24 tours couverts suite à un ravitaillement non autorisé, la 19 parcourra 174 tours et abandonnera suite à une fuite d’huile.
Ligier voit une voiture à l’arrivée c’est un bon début.

Les voitures ne seront pas engagées dans d’autres épreuves du championnat du monde, mais on va les revoir fin septembre sur le Tour de France Automobile. Trois voitures sont engagées, la 112 est celle de Delalande, associé à Balayer pour l’occasion. La 114 est une Ligier officielle confiée à Larrousse et Delferrier, la 115 l’autre officielle est confiée à Chasseuil et Baron.
Les voitures sont rapides d’emblée, mais la fiabilité n’est pas leur fort. Chasseuil va avoir un problème à Charade et va perdre 43 minutes. Larrousse est lui même rapide, il se retrouve même en tête de la course avant d’abandonner sur problème moteur. La voiture de Delalande abandonnera elle aussi.
Seule la 115 est à l’arrivée, bien retardée elle finit quand même 10e de l’épreuve.

Gros changements pour 1974

Le premier concerne les couleurs. Exit BP et sont Jaune et Vert, bonjour Total et son Bleu et Blanc. Le moteur est revu une nouvelle fois, gagnant quelques chevaux, tandis que la face avant est une nouvelle fois revue pour améliorer l’aéro. L’alimentation en air du moteur se fait désormais via une prise d’air sur le toit, dite periscope.

Concernant les voitures de série, le premier changement est l’arrivée des Ligier dans les concessions Citroën, suite à un premier accord. A la fin de l’année, Peugeot, désormais propriétaire de Citroën décide d’arrêter les frais avec la Citroën SM, et c’est finalement Ligier qui va assembler les derniers exemplaires de la GT aux chevrons dans son usine de Vichy.

En compétition, l’engagement de Total a des conséquences sur le programme, deux voitures sont engagées en Championnat du Monde. La Ligier JS2 se présente dès le début à Monza le 25 Avril, la voiture de Lafitte et Serpaggi se classe 8e, Chasseuil et Leclère abandonnent sur soucis de boîte de vitesse.
A Spa le 5 Mai, Wolleck, Jaussaud et Ligier ne prennent pas le départ à cause d’un abandon aux essais, Chasseuil et Migault abandonnent en course sur souci de boîte.
Les deux voitures ne s’engagent pas au Nürburgring, mais une fait son retour à Imola le 2 Juin où Migault et Jaussaud se classent 13e.

Aux 24h du Mans, deux voitures sont engagées, la 14 pour Chasseuil et Leclère, la 15 pour Lafitte et Serpaggi. Guy Ligier prend du recul en n’étant que réserviste sur les deux voitures.
La 14 va se qualifier 10 en 3:56.400, belle progression par rapport à 1973, la 15 se qualifie 12e en 3:58.700.
La 14 ne bouclera que 82 tours avant de stopper sur un souci de soupapes. La 15 ne rencontrera pas de gros soucis et se classe 8e à la fin de l’épreuve en bouclant 311 tours.

On revoit les voitures à Zeltweg le 30 Juin, Migault et Chasseuil abandonnent au 2e tour sur un problème moteur, Serpaggi et Jaussaud sur sortie de route.
Aucune voiture ne fait le déplacement à Watkins Glen, au Castellet le 15 Août, Chasseuil et Migault se classent 6e, Lafitte et Leclère abandonnent.

Ensuite c’est le Tour de France automobile. Deux voitures sont engagées, la 139 pour le trio Larrousse, Nicolas et Rives, la 140 pour Darniche et Jaubert. Les résultats sont définitivement là, malgré l’opposition des Lancia Stratos et Porsche 911 RSR, la 139 remporte la course devant la 140, c’est le premier vrai succès pour la marque et la voiture.

Aucune voiture ne va à Brands Hatch, ni à Kyalami. Sur circuit les résultats progressent mais c’est sur le mix de circuit et de rallye que constitue le Tour de France que Ligier est réellement au top.

Gros programme et nouveau moteur

En 1975, la marque Ligier récupère un très gros sponsors : Gitanes qui arrive suite à l’arrêt du programme Matra. Mais ce n’est pas le seul changement. Maserati est en grandes difficultés, et Ligier réussi à obtenir des moteurs Cosworth V8 DFV de 2993 cm³. La puissance est là, quand le Maserati était arrivé à 350 ch, ce V8 développe désormais 460 ch ! Assez pour booster les ambitions de Ligier.

Au niveau des voitures de série, le bloc reste le Maserati, l’avant est redessiné pour intégrer des feux escamotables.

La première sortie de la nouvelle voiture est au Mugello, pour les 1000 km le 23 Mars, si Migault et Lafosse ne prennent pas le départ, Jarier et Beltoise, transfuge de Matra, se classent 6e.
A Dijon le 6 Avril, Migault et Jarier sont 6e, Beltoise et Migault abandonnent sur problème de soupapes.
A Monza, une seule voiture s’engage pour Jarier et Beltoise mais ne termine pas sur problème d’échappement.
A Spa le 4 Mai, une seule voiture est engagée, pour Migault et Lafosse et se classera 12e.
Aucune voiture ne s’engage, ni à Pergusa, ni au Nürburgring.

Aux 24h du Mans, les voitures sont trois. Ligier ne fait pas entière confiance au moteur Ford, bien que performant il pose trop de problème de fiabilité. Une voiture est donc engagée avec le moteur Maserati et confiée à l’équipage vedette : Beltoise et Jarier.
Deux voitures sont quipées du Cosworth, la 6 de Pescarolo et Migault, et la 5 de Lafosse et Chasseuil.
Comme prévu, les moteur Ford sont mieux qualifiés, la 5 est 3e en 3:53.400, la 6 est 5e en 3:57.400, la 97 avec le moteur Maserati est plus à la peine en 9e place en  4:04.000.

En course, c’est l’inverse des prévisions qui se produit. Beltoise, sur la voiture la plus fiable est le premier à abandonner, suite à un accident avec une Ferrari. La n°6 abandonnera elle aussi. Finalement, c’est la n°5 qui va donner satisfaction en se classant 2e de la course, le meilleur résultat de Ligier au Mans.

On ne reverra pas la Ligier JS2 en course. Le Tour de France étant arrêté, seul quelques engagements en rallye seront à noter. On en voit néanmoins une de temps à autre en courses historiques, équipée du moteur Ford. Elle s’est déailleurs classée sur le podium de sa catégorie au Tour Auto cette année.

Photos : Passion Le Mans, Jean Jacques Mazet, Alain Jourdainne, Richard Bunyan, Thomas Wolff, Brian Snelson, Pierre Ichertz, Luciano Pasoni, Jacques Kerckhoeve.

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Benjamin
Redac-Chef à News d'Anciennes
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos.
Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !