Lancia Stratos HF, la course avant la route

Publié le par Benjamin

Lancia Stratos HF, la course avant la route

Quand on pense à une voiture de rallye, on pense à une voiture de route et un dérivé méchant, gonflé des ailes au moteur pour gagner en performance et faire trembler le chrono. En tout cas c’est l’idée actuelle. À la fin des années 60, l’idée était différente et les constructeurs hésitaient moins avant de tenter d’énormes paris. C’est ainsi que va apparaître celle qui sera à l’honneur sur le Tour Auto 2025 : la Lancia Stratos.

Une création longue et ex-nihilo

À la fin des années 60 la marque brille en rallye avec ses Fulvia. Là, ce n’est pas une berline qui est engagée mais la version coupé, beaucoup plus connue. Avec ses moteurs 1300 puis 1600 le petit coupé à traction avant va briller et collectionner les victoires sur toutes les spéciales du monde. Néanmoins, son V4 comme son châssis sont nés en 1963 et la concurrence se fait de plus en plus méchante, Alpine A110 en tête.

Le gros souci, c’est que pour relancer la machine, il faut du cash, ce que n’a pas Lancia alors au bord de la faillite. La providence va se nommer Agnelli et Fiat rachète son voisin turinois en 1969 et éponge les dettes. Comme l’heure n’est pas encore au grand chambardement, on va se contenter de conserver la même philosophie pour la marque avec des accents sportifs et technologiques.

C’est à Cesare Fiorio, à la tête du service compétition, qu’échoie la tâche de créer cette remplaçante de la Fulvia. La nouvelle Lancia de rallye sera avant tout une voiture de rallye, pour la route, on verra ensuite. Un jeune ingénieur, Nicola Materazzi est chargé de la concevoir. L’homme fera du chemin puisqu’il sera ensuite en charge, chez Ferrari 288 GTO et Evoluzione, de la F40 et concevra même la Bugatti EB110.

Même en gardant la route pour la suite, il va falloir y penser. Pour intégrer le Groupe IV, la base du rallye mondial de l’époque, il faut 400 exemplaires. Les usines de Lancia ne pourront pas caser une petite série au milieu des autres autos, il va falloir sous-traiter. Comme il faut aussi dessiner la nouvelle auto, on va aller chez un carrossier et c’est Bertone qui est sélectionné.

Le résultat ne tarde pas. Au salon de Turin 1970 est exposé le concept Stratos 0. La base est une Fulvia 1600 dont le moteur est devenu central. Évidemment c’est un concept-car avant tout mais tellement futuriste qu’il marque les esprits.

La Lancia Stratos prend forme

Un an plus tard, au salon de Turin 1971, les formes définitives de la Lancia Stratos sont dévoilées. Même si on s’éloigne du délire de la Stratos 0, le résultat proposé par Gandini est impressionnant, notamment ce pare-brise arrondi dont les montants noirs font croire qu’il s’étend sur les portières avec une découpe du vitrage très arrondie à la façon d’un cockpit d’aviation.

Mais on est loin d’une voiture définitive puisque le moteur est encore et toujours le V4 de la Fulvia tandis que certaines pièces, feux arrières en tête, sont factices !

En fait, c’est au Salon de Turin 1972 que la Lancia Stratos HF définitive est présentée. Les formes ont peu changé mais la technique est au point. Le moteur est un V6 (architecture inventée par Lancia sur l’Aurelia d’ailleurs) et il est emprunté à la galaxie Fiat puisqu’il s’agit du V6 Dino. Avec la Lancia Stratos il fait de la résistance puisque les Dino 426 GT et Fiat Dino s’arrêtent cette année là. D’ailleurs, c’est aussi un hommage au V6 Dino initial qui était né pour la course.

La voiture est résolument compacte avec 3,71m de long, 1,71m de large et 1,11m de haut. Le châssis est tubulaire avec des triangles superposés à l’avant et un système McPherson à l’arrière. Comme la coque, il est produit chez Bertone.

La Lancia Stratos pèse a peine plus d’une tonne avec 46% du poids à l’avant et 54% à l’arrière et son moteur est annoncé, de base, à 190ch. Elle vise les 230km/h en pointe mais elle a bien d’autres arguments.

La carrière en rallyes de la Lancia Stratos

Les 190ch, c’est bien sûr pour la version Stradale, la version de route rendue obligatoire pour pouvoir homologuer la Stratos en Groupe IV (voitures de série). En course, le V6 Dino sera poussé de plus en plus pour atteindre 280ch !

Les débuts en course de la Lancia Stratos se font dès le mois de Mai 1973. La voiture est encore une Groupe V, la barre des 400 exemplaires n’est pas atteinte. Déjà, son potentiel se révèle. Lors de sa première sortie, Andruet et Munari terminent 2e de la Targa Florio. Le même Andruet abandonne avec Biche au Tour de France Automobile mais Munari et Manucci l’emportent. On ne réédite pas l’exploit au Giro d’Italia : double abandon.

En 1974, on a déjà plus d’exemplaires sous la main. Larrousse et Balestrieri remportent la Targa Florio et on envisage d’engager une voiture au Mans. Au Tour de France, Andruet et Biche ne peuvent faire mieux que 3e derrière les étonnantes Ligier JS2. Par contre, ils se rattrapent en remportant le Giro d’Italia.

Le 1er Octobre 1974, la Lancia Stratos est homologuée en Groupe IV et va donc courir en championnat du monde des rallyes. Dés le San Remo, Munari l’emporte. Il remet ça au Canada, Andruet l’imite en Corse et Lancia remporte le Championnat du Monde en fin de saison.

L’année 1975 est centrée sur les rallyes mondiaux. Munari remporte le Monte-Carlo, Waldegård, la Suède et le San Remo, Darniche remporte le Tour de Corse. Une fois de plus, la Lancia Stratos permet à Lancia de remporter le championnat du monde.

En 1976 la Lancia Stratos s’affirme débute avec un triplé Munari-Waldegård-Darniche au Monte-Carlo. Munari remporte également le Portugal. Le San Remo voit un nouveau triplé avec Waldegård-Munari et Pinto tandis que Munari remporte le Tour de Corse devant Darniche. La domination est énorme et c’est déjà la troisième couronne de l’auto.

À partir de 1977 le groupe Fiat va miser sur sa 131 Abarth. La Lancia Stratos est toujours engagée puisque de nombreux pilotes privés courent avec. Et elle continue à gagner en Championnat du Monde. Cette année là elle remporte ainsi le Monte Carlo (Munari) et le Tour de France (Darniche).

En 1978 elle accroche le San Remo et le Giro d’Italia (Alén) et la Catalogne (Carello). Au passage, les deux victoires de Alén sont bien utiles au moment d’aller chercher cueillir la Coupe FIA des pilotes en fin de saison.

En 1979 elle remporte de nouveau le Monte-Carlo (Darniche), le San Remo (Fassina) et la Corse en plus du Tour de France (Darniche) !

Si elle commence à décliner elle signe encore des victoires sur le Tour de France 1980 et au Tour de Corse 1981, toujours avec Darniche avant de s’arrêter après… une décennie de succès !

La Lancia Stratos en piste

On notera aussi que Lancia a monté un autre programme à partir de 1976. Il s’agissait alors de lutter sur les circuits en silhouette. La Stratos se dote alors d’un Turbo avec 355ch au total et toujours avec le V6 Dino. Seul souci, la version Stradale ne possédant pas de Turbo, la Lancia Stratos repasse en Groupe V avec une telle cavalerie.

Malgré un palmarès plus faible que la Groupe IV, son principal fait d’arme sera le Tour d’Italie Automobile en 1976. Seules deux autos furent alors produites (une détruite) et elles se battaient contre les Porsche 935… il y a pire comme concurrence.

Les Lancia Stratos de nos jours

Avec 476 exemplaires construits et un palmarès aussi prestigieux, les Lancia Stratos sont bien sûr sources de beaucoup de rêveries automobiles. Les prix sont à la hauteur de la bête. Ils oscillent entre 350 et 550.000 €, le palmarès différenciant les Stradale des authentiques autos de course.

Certains n’hésitent pas à les faire courir. On peut ainsi les voir occasionnellement sur le Tour Auto, le Rallye Monte Carlo Historique ou encore dans les rassemblements spécialisés que sont l’Eifel Rallye Festival ou le Vosges Rallye Festival.

La Stratos a aussi été source de nombreux projets de résurrection. Un seul a finalement vu le jour en série, sur une base de Ferrari 430.

Sources : Wikipedia et Mecanicus

Benjamin

http://newsdanciennes.com

Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

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