Essai d’une Peugeot 204 cabriolet : bienvenue en ’68 !

Essai d'une Peugeot 204 cabriolet : bienvenue en '68 !
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Essai d'une Peugeot 204 cabriolet : bienvenue en '68 !

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En invitant Benjamin pour venir mener une campagne d’essai sur les Sables d’Olonne en avril, il fallait bien pouvoir profiter du taux d’ensoleillement local et donc le faire au volant de cabriolets. Sylvie, en hôte d’exception, a préparé les autos que nous essaierons ce jour-là et les présente devant sa maison. Parmi le nuancier du jour, une anglaise robe bleu clair et casaque bleu nuit, une australienne toute de blanc drapée et… une Peugeot 204 cabriolet à la robe citronnée, yéyé (et c’est pas que pour la rime) !

De la Peugeot 204 à la Peugeot 204 cabriolet

Je ne vous ferais pas l’affront de vous refaire tout l’historique précis de l’avènement et de l’évolution de la Peugeot 204 puisque vous retrouverez toutes les infos ici :

Mais si l’on devait résumer les choses, on pourrait retenir 3 temps.

Le premier, celui du lancement de cette 204 en avril 1965 : une face avant tout en rondeur, une auto à l’allure fluette, un couple moteur-transmission en FF (pour front-front, donc moteur avant et traction)… tout pour trancher avec les traditions sochaliennes.

Deuxième temps, celui de l’arrivée du cabriolet, en septembre 1966 : empattement raccourci, suspension abaissée… à défaut de chercher le terrain des sportives, Peugeot s’avance sur celui des “dynamiques”, la Peugeot 204 cabriolet est née.

Troisième et dernier temps, le chant du cygne qui s’ouvre en 1969 : la Peugeot 204 est la voiture la plus vendue en France (titre conservée pendant 3 ans), mais la production de la Peugeot 204 cabriolet s’arrête, laissant place à une 304 qui lui ressemble à s’y méprendre.

Histoire résumée en 3 actes d’une auto qui partait pour être un flop et finit par être un top… si on prenait le volant d’une Peugeot 204 cabriolet maintenant que les présentations sont faites ? Ca tombe bien… on en a une à dispo rien que pour vous.

Notre Peugeot 204 du jour

Alors que Benjamin file à l’anglaise, je jette mon dévolu sur la française. C’est un modèle de 1968, en très bel état, il faut le reconnaître. Bien sûr, les plus experts d’entre nous relèveraient sûrement quelques anachronismes ou éléments qui n’ont rien à faire là… mais l’important ne réside-t-il pas dans la plaisir pris au volant de l’auto ?

Allez, faisons le tour de cette Peugeot 204 cabriolet, admirons-là, installons-nous et on y va pour l’essai en bonne et due forme. Direction, par le bord de mer, le Prieuré St Nicolas qui accueille régulièrement un joli rassemblement mensuel (j’ai pu en immortaliser quelques uns, d’août 2018 à août 2019 en passant par novembre 2018).

Quand vous voulez sortir un modèle novateur, vous allez souvent travailler sur deux axes majeurs : l’innovation technique et l’innovation esthétique. Chez Peugeot, on se dit que si on pouvait jouer sur les deux tableaux, ce serait sympa aussi. L’innovation technique, on l’a vue plus haut avec (notamment) la construction en FF. Mais l’innovation esthétique, elle saute aux yeux au premier coup d’œil.

Fermez les yeux. Si, vraiment, fermez les yeux et pensez à une Peugeot 203. Capot en longueur, calandre proéminente, phares bien ronds et envoyés dans les coins… maintenant que vous avez bien l’image en tête, oubliez-la complètement, la Peugeot 204 rompt totalement avec ses racines.

Un capot quasiment plongeant, des phares qui s’acheminent rapidement vers la forme carrée de ceux des 304, un empattement réduit… bref, on passe d’une auto assez bourgeoise à une auto à visée plus populaire, résolument tournée vers l’avenir.

Notre auto du jour est bien plus petite que la précédente 20X de Sochaux. Plus petit modèle de la gamme et ligne définitivement plus moderne, vous nous voyez venir : notre petite traction est une auto des années 60, une vraie, là où la 404 est plus grosse, plus classique, plus années 50 en somme (comparativement s’entend). Ces phares “plus tout à fait ronds mais pas encore tout à fait rectangulaires”, la 204 vient les souligner par une (très) grande calandre, aux côtés marqués : la décennie passe, le design évolue.

Franchement moderne pour son époque, pas encore tout à fait dépassée à l’heure actuelle, la Peugeot 204 cabriolet est une belle auto, à n’en pas douter.

Reste à traiter la question de ce que vous verrez en suivant une Peugeot 204 cabriolet, son arrière train. Il est d’ailleurs spécifique à cette carrosserie ouverte : si les feux sont identiques, la forme de la malle de coffre ne laissera aucun doute… malle bombée, vous avez une berline, malle plate, vous avez un cabriolet.

Bon, d’accord… il suffirait de regarder si la voiture a un toit pour arriver à la même conclusion, mais ça en jette un peu moins. Tout à fait personnellement, je trouve la ligne du cabriolet plus affinée, plus élégante, le galbe de la malle de la berline vient rajouter du rond au rond, pas ici.

Evidemment, nous vous présentons essentiellement l’auto sous son meilleur profil, celui où la capote de toit est absente, proprement repliée et caché sous son couvre-capote. Elle est pourtant bien présente, et pas si difficile que ça à installer, pour peu que l’on prenne garde à ne pas endommager la lunette arrière souple !

L’intérieur : noir c’est noir

Que dire maintenant de l’intérieur de la Peugeot 204 cabriolet. Disons que sa description aura l’avantage de ne pas coûter bien cher en lignes et en signes.

Car oui, si la couleur de l’extérieur renvoie au plaisir d’un bord de mer, l’intérieur est quant à lui plutôt austère. Du côté de la sellerie, on retrouve un joli simili noir piqué en son centre, canné en ses extérieurs, une assise assez confortable. Rien à signaler de ce côté là. Mais c’est du côté du tableau de bord que la simplicité est la plus frappante.

À titre tout à fait personnel, cela ne me dérange pas outre mesure, mais sortant de Peugeot plus cossues, l’écart a pu en interpeller plus d’un. 3 compteurs… voilà voilà… j’ai à peu près fait le tour. Quelques manettes pour régler le chauffage et l’aération, mais c’est tout, vraiment. L’essentiel, on oubliera totalement le superflu. Mais il est temps de s’intéresser aux manettes, aux leviers et aux compteurs pour ce à quoi ils servent, à conduire.

La technique : simple et efficace

Vous aurez remarqué que lorsque j’évoque l’aspect innovation technique dans mon paragraphe plus haut, je n’évoque que la conception FF. Ce qui n’est peut être qu’un détail pour vous, est réellement novateur, on rappelle qu’on est en présence de la première traction de la marque sochalienne et, croyez-moi, ça veut dire beaucoup à l’époque. Mais c’est pas tout, mais c’est pas tout, dirait Bourvil.

Côté moteur, sur la Peugeot 204 Cabriolet, on retrouve le moteur maison appelé “XK” de 53ch (porté à 55ch à compter de 1969). Peu d’évolutions par rapport au XK de la berline si ce n’est une boîte à air un peu différente, un Solex 32 (PBISA 2 puis 3, pour les plus techniciens), un ventilateur 6 pales plastique et un nouveau bocal de liquide de frein.

Vous voulez jouer les techniciens en montrant ces photos à vos amis ? Dites-leur que c’est forcément un modèle d’après mai ’68. Face à leur stupeur impressionnée, vous éclairerez leur lanterne en disant que la date s’habille de détails, en l’espèce, via la clé de bougie qui se promène côté conducteur du compartiment moteur.

Toujours au régime des grandes innovations, on tourne notre regard du côté des trains roulants. D’abord parce que les 4 roues sont indépendantes : là où l’habitude voulait dans un premier temps que les roues marchent de concert par paire, Peugeot décide aujourd’hui de leur offrir à chacune une sorte de liberté d’esprit. C’est une véritable innovation, notamment sur le terrain de la tenue de route.

Côté freinage, Peugeot débarque tambours battants et propose des freins à disques à l’avant, on reviendra plus bas sur le ressenti à l’usage.

Enfin, côté boîte. 4 rapports dont on verra ensuite l’utilisation. Mais son carter n’est pas sans intérêt, loin s’en faut. Comme sur certaines anglaises, on relèvera un usage commun moteur-boîte de l’huile : c’est le même circuit qui alimente les deux, la même huile.

Au volant de la Peugeot 204 cabriolet

On s’installe au volant et vient le temps des présentations. Les commandes, on l’a vu ci-dessus, sont simplissimes, je devrais m’en sortir. La position de conduite quant à elle ne posera pas de problème majeur en termes de réglages : j’ai de la chance, si nos gabarits respectifs nous distinguent Sylvie et moi, nos tailles respectives sont bien plus proches.

Tour de clé, la voiture s’ébroue comme si de rien n’était. La position face au volant va donner le ton de la conduite du véhicule : on est finalement assez bas par rapport au volant, assez proche, la conduite sera douce et typée confort, potentiellement un peu fatigante au long cours pour les personnes de grande taille. Mais ma source d’angoisse n’est pas là…

Grande première pour moi, les vitesses au volant. Au plancher, forcément, je connais ; au tableau de bord, j’ai pratiqué à forte dose en 2CV… mais au volant, grande inconnue, donc grande appréhension, vite dissipée. Une fois la grille à peu près en tête, il suffit de transposer l’horizontal à la verticale et tout se passe bien. Les vitesses se trouvent facilement, s’enclenchent facilement, rien à redire.

C’est dire si le choc est rude lorsqu’il s’agit de comparer les passages de rapport entre la Peugeot 204 cabriolet et la Morris Minor (présentée par Benjamin) : là où la première passe les vitesses quasiment à la volée, tout du moins naturellement, la deuxième impose une vraie décomposition… naturellement faignant, j’ai ma préférence sur ce point là. Rien à signaler quant à l’embrayage : le point de patinage est centré sur le modèle du jour, on le trouve facilement et on le garde sans contrainte, les vitesses n’ont plus qu’à passer en toute douceur.

La 204, c’est un moteur finalement assez vaillant, aidé par le poids contenu de l’auto. La pédale d’accélérateur s’avère étonnement précise et fluide à l’usage : on ne ressent pas de résistance ou de phénomène d’à-coups.

Il en ira de même, présent à tous les régimes, il se montre d’une réelle souplesse en ville, ne nécessitant qu’assez rarement de jouer de la boîte. Il faudra cependant aller le chercher un peu plus haut dans les tours si vous voulez jouer une conduite plus dynamique. Résultat ? La voiture se coule dans la circulation sans trembler, absorbe (tranquillement, certes) les voies d’accélération. Bref, une auto qui se meut en daily sans trop d’hésitation.

Le premier freinage arrive et, sans surprise, la Peugeot 204 cabriolet (notamment grâce à ses freins à disque équipant le train avant) saura s’arrêter proprement, sans avoir à forcer outre mesure, sans avoir à télégraphier 48 minutes en amont notre souhait de s’arrêter au groupe “freinage”. Côté pédale, rien de vraiment neuf ou d’extravagant : la réponse est franche, pas d’effet de pompage, la course est assez modérée pour ne pas se faire peur mais suffisamment longue pour ne pas se surprendre.

Mais le vrai plaisir, c’est une fois que l’on quitte la ville, une fois qu’on apporte les routes de bord de mer… le coude à la portière, forcément. L’auto reste finalement assez silencieuse, ralentit et relance sans avoir à changer sans cesse de rapport, les remous d’air ne sont pas trop présents. En amateur de cabriolets/roadsters, c’est forcément un régal. La route tend à présenter du virage, la 204 répond présent, absorbe les chocs sans pour autant s’écraser. Et c’est côté direction que le plaisir opère : ma crainte avec les autos de ces époques là, pour me souvenir de manœuvres en Lancia Fulvia, c’est le côté direction de camion à l’arrêt.

En toute franchise, à l’arrêt, le maniement de la Peugeot 204 cabriolet ne déroge pas trop à la règle : on force, on tourne sans fin, mais cela se fait assez naturellement, sans avoir le sentiment de contraindre le train avant.

À l’inverse, j’avais bon espoir de retrouver, une fois en ordre de marche, le plaisir d’une direction douce mais précise, communicative mais pas fatigante. Eh bien je n’ai pas été déçu, loin s’en faut. Sur une route pourtant pas particulièrement “billardesque” (sic), on pourrait craindre que le volant ne vibre au gré des aspérités mais ce n’est clairement pas le cas : la voiture se guide au doigt et à l’œil, sans broncher. Un vrai plaisir en ce qui me concerne, sur une route que je connais bien.

Côté confort, une nouvelle très bonne impression. Montez dans la voiture lorsqu’elle est à l’arrêt, passez quelques ralentisseurs en ville… et vous aurez la sensation d’une auto qui n’est taillée que pour le confort. Mais, sortez des zones urbaines, rejoignez les routes secondaires, et vous obtenez un petit cabriolet pas piégeur pour un sous, pas de roulis particulier à signaler (on n’est pas sur une planche de bois non plus, elle prendra des appuis parfois un peu trop prononcés), vous cruisez et absorbez les quelques rudesses d’une route forestière parsemée de racines “sous-bitumeuses” sans jamais pouvoir vous plaindre du confort.

Légitimement, on pourra s’interroger sur les bruits d’air. Soyons francs, le paramètre “taille du conducteur” aura son importance. Pour avoir quasiment toujours roulé en découvrable (2CV) ou en cabriolet (MX5 ND), la notion de bruit (voire de courant) d’air ne m’effraie pas. Mais là, c’est quasiment un nom problème : on le voit sur les photos, le pare-brise est assez haut, assez étroit sur les côtés, le flux d’air ne sera donc pas particulièrement gênant sur le conducteur mais potentiellement un peu plus sous forme de remous derrière selon la vitesse à laquelle vous évoluez. Mais l’absence d’appui-tête ou d’élément saillant sur la zone du coffre fera quasiment taire le sifflement du vent.

À l’époque où j’avais fait l’acquisition de ma 2CV, mon intérêt s’était égaré à quelques reprises sur les consœurs de notre belle du jour… et cet essai confirme que la Peugeot 204 s’inscrit à plein dans la famille de ces autos de promenade qui ne présentent finalement que peu de défaut : le moteur est sympa, la boîte se manie sereinement, le comportement ne piègera personne et pourra satisfaire la plupart.

Reste la question de la visibilité et là, reconnaissons-le, les dés sont pipés. La Peugeot 204 cabriolet, en roadster qui s’assume, se roule essentiellement cheveux au vent et bénéficie alors d’une vue que l’on qualifiera de dégagée… mais comme tout véhicule qui s’apprécie sans toit, le “recapotage” est alors synonyme d’enfermement et il conviendra alors de se contorsionner pour y voir clair autour de la voiture.

Conclusion

Au moment où j’écris ces lignes, l’assertion n’est déjà plus d’actualité… mais au moment où j’essaye la Peugeot 204 cabriolet elle constitue la plus ancienne auto qu’il m’ait été donné de conduire. Et pourtant, quelle modernité dans sa construction, quel confort d’utilisation, quelle polyvalence. C’est le genre typique d’auto qui vous mènera où vous le souhaitez, qui s’adaptera à ce que vous attendez d’elle, qui a marqué son époque contre toute attente.

Elle n’est pas exempte de défauts car un peu sous-motorisée compte tenu de ses qualités et assez impraticable une fois la capote repliée, mais elle reste une auto de beau jour, une auto de promenade, pas particulièrement une auto de rallye. Une très jolie découverte en ce qui me concerne.

Les plusLes moins
Une rupture avec ses ancêtresVisibilité médiocre toit fermé
Un cabriolet “couteau suisse”Sous motorisée
Confortable et dynamiqueSensible à la corrosion
Moteur vaillant
Vrai capital sympathie
Critère Note
Budget à l’achat16 / 20
Entretien14 / 20
Fiabilité15 / 20
Qualité de fabrication13 / 20
Confort15 / 20
Polyvalence18 / 20
Image14 / 20
Plaisir de conduite15 / 20
Facilité de conduite18 / 20
Ergonomie18 / 20
Total15.9 / 20

Rouler en 204 cabriolet

Avec un peu plus de 18000 pièces produites (si, j’ai recompté toutes les roues et j’ai divisé par 4… mais j’ai peut-être oublié quelques roues de secours), la Peugeot 204 cabriolet ne s’apparente pas vraiment à une rareté.

Cependant, force est de constater qu’elle n’y ait pas si courante non plus. Victime des plus grands ennemis de son temps (à savoir la rouille et les Jupettes, voire la rouille qui prend dans les jupettes), elle reste aujourd’hui une populaire assez abordable mais dont la côte est ascendante.

Comptez entre 8 et 10000€ pour un modèle en bon état, lesdits 10000€ étant rapidement atteints voire dépassés d’une demie-tête pour un modèle qui frise l’état concours. L’acheteur s’intéressera surtout à l’aspect carrosserie de l’auto qu’il aura dans le collimateur : un certain nombre de pièces sont spécifiques au modèle, pas forcément aisées à trouver, alors autant s’y intéresser dès le début.

Vous voulez en savoir plus ? Les clubs dédiés sont là pour ça et seront probablement les plus à même de vous aider ! En voici deux : le Club 204 & 304 ou encore l’Amicale 204-304, mais d’autres restent surement à découvrir…

Fiche Technique de la Peugeot 204 Cabriolet
MécaniquePerformances
Architecture4 cylindres en ligneVmax138 km/h
Cylindrée1130 cm³0 à 100 km/h17,4 s
Soupapes8400m da21 s
Puissance Max58 ch à 5800 tr/min1000m da39,7s
Couple Max89 Nm à 3500 trs/minPoids / Puissance14,66 kg/ch
Boîte de vitesse4 rapports manuelle



TransmissionTraction
ChâssisConso Mixte7,6 litres / 100km
Position MoteurTransversale avantConso Sportive
FreinageDisques AV et Tambours AR
Dimensions Lxlxh497 x 156 x 140 cmCote 2021±10.000 €
Poids850 kg à vide

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