Essai d’une Dodge Challenger R/T, en mode road-movie

Essai d'une Dodge Challenger R/T, en mode road-movie
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Essai d'une Dodge Challenger R/T, en mode road-movie
Fabien
Un lion et un cheval cabré m'ont fait aimer les voitures de mon enfance... Un livre, «La maîtresse d'acier» de Pierre Coutras, et des légendes, Fangio-Moss-Hawthorn, m'ont conduit à me passionner pour des bolides plus ancien. A mon tour de partager avec vous.

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Quand on parle de voiture américaine, le rêve ultime est souvent de passer au volant d’une muscle car. Et la Dodge Challenger R/T 383 Magnum est l’une des dernières véritables muscle cars produites avant le choc pétrolier de 1973. Dans sa livrée orange, son toit vinyle optionnel et la rage de son moteur, elle impose le respect, déjà de l’extérieur. Mais au volant alors ? En route !

Un peu d’histoire

Dans les années 60, les constructeurs du Big Four ont décidé de reprendre les choses en main et de ne plus laisser aux Hot Rod « maison » l’exclusivité des courses sur le ¼ de miles. La Pontiac GTO (on en a essayé une ici) est souvent considérée comme la première Muscle Car dans sa version de 1964. À partir de là, c’est la course à la puissance, mais aussi la chasse aux kilos superflus. Ces autos ne sont donc pas à mettre entre toutes les mains, même si, l’objectif même d’une muscle car est de « vendre de la puissance à pas cher » !

Devant le taux de mortalité généré par ces engins notamment, l’Oncle Sam décide de réagir à partir de 1970, en augmentant d’abord les primes d’assurance, puis en mettant en place des règlements relatifs à la qualité de l’air, le « Clean Air Act ». Et en 1973, c’est le coup de grâce avec le fameux choc pétrolier. Seules les Pontiac Firebird (toute l’histoire est par là) et la Chevrolet Camaro, pour cette génération de Muscle Cars, font de la résistance jusqu’en 1974.

Mais revenons à Dodge. Dans la course aux V8 Big Blocks, ce sont les Dart et Coronet, et leurs déclinaisons, qui ont servi de base aux premières Muscle Cars de la marque. Pourtant, la plus connue, c’est la Charger. Le modèle 68 a tenu un grand rôle dans Bullit, contre la « vraie/fausse Mustang » de Steeve McQueen (si vous avez oublié la poursuite, c’est ici). Le modèle 69 n’est autre que General Lee des frères Dukes de « Shérif fait-moi peur » (un petit saut par là).

En 1970, pourtant, Dodge veut frapper encore plus fort, avec une auto plus légère, plus racée, avec un châssis « E-Body » spécifique, et usant des mêmes moteurs que la Charger : la Dodge Challenger. Ses cibles avouées : la Mercury Cougar et la Pontiac Firebird. Le châssis E-Body était seulement partagé avec sa cousine la Plymouth Barracuda, légèrement plus petite.

Carl Cameron, le responsable du style Dodge, s’est clairement inspiré de la Charger dans le design de la Challenger : pour la face avant, il s’est basé sur un prototype non abouti de Charger 66 devant disposer d’un moteur à turbine.

Essai d'une Dodge Challenger R/T, en mode road-movie

Et ce style affirmé permet aussi à la Dodge Challenger R/T d’être l’héroïne d’un classique du Cinéma avec le film devenu culte « Vanishing Point » (Point limite zéro) aux mains de Barry Newman alias Kowalski.

Question moteurs, le choix était impressionnant. L’entrée de gamme reste un L6, 225 ci (cubic inches, soit 3.7 litres). Vient ensuite les V8 Small Blocks en 318, 340 et 360 ci. Les versions V8 « Magnum » Big Blocks, estampillées R/T pour Road/Track (route/piste), sont basées sur le 383 ci (soit 6.3 litres) qui développe 335 chevaux en 1970 (304 en 1971, merci l’Oncle Sam !) et qui est couplé à une transmission automatique de type Torque Flite. Viennent ensuite les blocks optionnels Hemi V8 de 426 ci, et le block RB 440 ci.

Notre Dodge Challenger R/T du jour

C’est simple, cette version, c’est le « must have » de la Dodge Challenger, celle qu’il faut avoir, d’autant qu’elle est strictement conforme à la version sortie d’usine et « matching number » qui plus est ! Une pépite.

Sortie des chaines en 1970, il s’agit d’une version R/T Magnum équipée du Big Block 383 ci (6,3 litres) de 335 chevaux. Et puis cet orange profond aux reflets sanguins, et ce toit en vinyle noir donnent un caractère encore plus bestial à l’auto.

Le premier contact, c’est d’abord son bruit, ce ron-ron lent et grave du 8 cylindre qui se transforme en rugissement à chaque coup d’accélérateur. Impossible de ne pas tourner la tête. Et là, la couleur vous hypnotise. C’était un peu l’objectif de Chrysler avec la Dodge Challenger que d’en faire une Pony Car agressive.

Bien que de gabarit modéré pour les américaines de l’époque, notre Challenger paraît énorme mais surtout racée par rapport aux voitures modernes alentours. C’est vrai que même par rapport à une Charger, la Dodge Challenger rend presque 50 cm en longueur, mais en étant aussi large mais surtout près de 10 cm plus basse, elle paraît collée au sol.

Sa calandre noire à 4 phares renforce l’agressivité, tout comme le bossage du capot portant la mention 383 Magnum et tout comme ce toit vinyle qui souligne le profil en forme de bouteille de coca-cola de l’engin. Même l’arrière avec son bandeau de feux et la marque Dodge centrée et les 4 sorties d’échappement carénées imposent le respect, provoquant cette réflexion au fond de soi : « je me suis fait enfumé par cette caisse, mais je comprends pourquoi ! ».

Pourtant, pas de fioriture. Tout est sobre, utile, fonctionnel. Quelques chromes, logiques sur une américaine de cette époque, mais sans excès. L’excès pour une auto des années 70, il vient de la largeur des pneus, qui relativisent la largeur de l’auto qui est de près de 2 mètres tout de même.

Bref, il faut se décider à s’approcher et ouvrir cette portière immense, sans montant, qui contribue aussi à l’aspect épuré de la ligne, les 4 vitres descendues.

A l’intérieur, sobriété absolue

Quand on ouvre la porte, donc, c’est sobre. Après la Studebaker Président des années 50 que j’avais conduite la semaine qui précédait, le changement était de taille !

Planche de bord immense avec cette mention « Challenger », devant le passager qui aurait pu oublier où il était assis. Devant le conducteur, 4 cadrans : vitesse, compte-tours, cadran multi paramètres huile/température/batterie/carburant et enfin horloge.

La console centrale est, là encore, basique ne présentant que le petit levier de vitesse de la boîte automatique 3 vitesses. Pas de frein à main à ses côtés puisqu’il est actionné au pied et verrouillé par une tirette à main gauche, à côté du siège chauffeur.

Seule la portière possède un peu de chromes, entre la poignée d’ouverture, le lève-vitre et… le bouton de réglage du rétroviseur, option rare à l’époque.

Aux places avant, il y a de l’espace, les sièges sont confortables, et malgré une hauteur de 1,2 m, l’accès à bord est très aisé. Quant à la ceinture de sécurité, c’est la fameuse ventrale, plus présente pour ne pas glisser sur le siège que pour réellement épargner des vies en cas d’accident ! Mais c’était une époque où la ceinture n’était pas obligatoire et où la sécurité à bord n’était pas un argument de vente.

Les passagers arrière ne sont pas forcément mal lotis : mieux vaut ne pas être de grand gabarit, mais pour un coupé, elles sont plutôt logeables et au nombre de 2, le tunnel abritant l’arbre de transmission prenant une place conséquente au centre.

Et sous le capot ?

Je cherche la tirette de déverrouillage du capot. Jean-Michel, le propriétaire, m’encourage à ne pas chercher : l’ouverture est à l’extérieur, directement au niveau de l’avant du capot. Décrocheté, l’immense tôle se soulève bien aidée par ses charnières à ressorts. Et là, le V8 Chrysler se dévoile.

Aujourd’hui, beaucoup sont équipés d’éléments Edelbrock, chromés, notamment au niveau du filtre à air pour permettre une meilleure respiration moteur. Mais sous le capot de notre Dodge Challenger R/T, c’est le système d’origine qui est encore monté sur le carburateur quadruple corps Holley “4-barrels”, un système qui va chercher l’air directement au niveau des ouïes du capot pour une meilleure régulation. Sur le capot du porte filtre, en gros sur fond rouge, on retrouve la mention 383 Magnum, immanquable.

On constate que le V8 est situé très bas dans le compartiment moteur, derrière l’énorme radiateur. Comparé à un véhicule moderne, pas de crainte de perdre un écrou : il y a assez de place pour le récupérer. On comprend que Dodge ait eu envie de mettre plus gros encore sous ce capot !

Mais bon, 335 chevaux pour moins de 1600 kg, on ne va pas se plaindre de notre Dodge Challenger R/T 383 Magnum. Le compteur est gradué jusqu’à 150 Mph (240 km/h), mais nous n’aurons pas la possibilité de vérifier la V-max qui était donnée pour environ 220 km/h. Pareil pour l’accélération, ce bloc permettant d’atteindre les 60 mph (100 km/h) en environ 6,5 secondes… Imaginez… Peu d’auto en sont capables aujourd’hui et là, on est en 1970 !

Compte tenu de ces chevaux à peine domestiqués, je comprends la réticence de notre hôte à nous passer le volant s’il avait plu. Mais fort heureusement, le temps est avec nous, les routes sont sèches et le soleil commence à monter dans le ciel. Il est temps de commencer à rouler.

Contact… Yeeehaaa !

Je prends place derrière le volant. Réglage rapide du siège, simple, d’avant en arrière. La position est bonne. Je boucle ma ventrale. Coups d’œil dans les rétros intérieur et extérieur, réglages. Le petit levier de vitesse tombe bien sous la main, même si je n’aurai pas à m’en servir, c’est une automatique. Et là, contact. La bête s’ébroue dans un bruit de tonnerre. Quand on pense qu’aujourd’hui le son d’une auto est travaillé au niveau de l’échappement, là c’est le Big Block qui fait le job.

Petit coup d’accélérateur pour appréhender le dosage : pas de point d’effet à chercher, mais avec plus de 300 bourrins, mieux vaut ne pas passer en Drive tout de suite. Et là, c’est de la jouissance pure. On sent le couple jusqu’aux tripes. La voiture travaille sur ses suspensions. Un second coup, mais là c’est de la pure gourmandise… La pédale est souple, la course est assez longue pour bien doser, donc tout est en ordre pour rouler.

Drive au levier. Accélération douce. La Dodge Challenger évolue sur un filet de gaz, sans rechigner, sans à-coup. Freinage au stop. Là encore, la pédale réagit bien. C’est certain, sur route ouverte, on ne va pas faire de folie, mais mieux vaut compter sur les freins. C’est donc parti.

La Dodge Challenger absorbe dans un grand confort les casse-vitesses qui fleurissent dans les villages traversés. C’est certain qu’il faut les prendre scrupuleusement à 30 km/h car la voiture reste basse et les porte-à-faux sont importants.

La direction est douce et somme toute assez précise compte tenu de l’âge de l’auto. Le cap en ligne droite est bien tenu sans flottement excessif. Ce qui est un point positif car la largeur des routes des Balcons du Dauphiné n’est pas énorme, et la voiture plutôt large. Mais rassuré, je prends assez vite en main cette Dodge Challenger en appréhendant sans stress son gabarit, y compris dans les routes les plus sinueuse.

Dans les virages serrés, on sent bien que ce n’est pas la tasse de thé de ce monstre, et on ne cherche pas l’excès. Pourtant, la Dodge passe sans rechigner, s’inscrit bien dans les épingles en laissant l’espace requis pour un croisement. Le volant de grand diamètre, malgré une jante bien fine par rapport aux standards actuels, se manipule bien.

Montée, plat ou descente, ce n’est pas le moteur qui nous l’indique mais nos yeux. Le gros V8 avale tout avec une aisance extraordinaire. C’est un véritable plaisir de cruiser, quelle que soit la vitesse. Mais il manque quelque chose. Avec 335 chevaux, on a envie de voir ce que ça donne…

Alors à chaque ligne droite, c’est du pur plaisir. La Dodge Challenger monte dans les tours et toute pression sur la pédale de droite entraine une poussée enivrante. Le must étant les sorties de rond-point. On laisse filer les autos devant nous, on passe le rond-point en drive, et sortie de rond-point, remise dans l’axe de la route, passage en seconde, appui conséquent sur l’accélérateur… Et le dos s’enfonce dans le dossier du siège, mes intestins viennent se placer entre mes reins, le sourire envahit mon visage.

Je n’ai pas fait attention ni à la vitesse, ni au compte-tour, concentration totale sur la route et sur ma conduite, mais les sensations en disent long sur le côté bestial de cette Dodge Challenger.

La voiture que l’on a laissé filer pour nous donner du mou s’approche à vitesse grand V ! A 80 je repasse en D… Mince, j’étais en mph ! On sentait que la voiture aurait aimé encore monter dans les tours, mais nous ne sommes pas sur circuit, mais cette accélération laisse imaginer les performances de l’auto et la nécessité d’en prendre l’entière mesure avant de faire corps avec elle et prendre plaisir en toute circonstance.

On revient à notre point de départ. Et pour finir, je m’engage dans une marche arrière pour me garer en bataille… Et là, le rétro intérieur ne donne aucune info sur la longueur de l’auto. Il n’est en fait juste là pour voir s’éloigner les éventuels poursuivants ! Même les contorsions n’arrangent rien. Bref, un calvaire ! Heureusement le petit rétroviseur extérieur permet d’avoir une vague idée de ce qui se passe à gauche de l’auto et à l’arrière du même côté. Et étonnamment, l’auto se place plutôt pas mal grâce à un rayon de braquage très honnête pour le gabarit.

Conclusion

Conduire une américaine mythique comme cette Dodge Challenger, ça vous laisse comme un sentiment bizarre. D’un côté, après une trentaine de kilomètres, vous êtres crevés car vu le gabarit et la puissance, sur nos routes, c’est une attention soutenue à chaque seconde. Mais à l’opposé, la mélodie du 383 Magnum est si envoûtante, capable de jouer dans tous les registres y compris les plus violents, que l’on a envie de partir pour un remake de Vanishing Point…

Cette Dodge Challenger R/T, est conforme au rêve américain lorsqu’il s’exprimait encore dans toute sa splendeur. C’était le temps d’Easy Rider, c’était le temps des ¼ de Miles décomplexés… Et aujourd’hui, c’est l’exclusivité de rouler dans un véritable mythe, car sur les 83.032 exemplaires produits en 1970, peu ont été exportés en France et encore moins en état d’origine, comme celle de cet essai.

Les plusLes moins
Une ligne magnifiquePlutôt rare en France
Un Big Block comme on n’en fait plusPeut-être piégeuse
Un moteur agréableLe gabarit sur nos routes
Une veritable mythe pour pas si cherConsummation !
CritèreNote
Budget Achat13/20
Entretien13/20
Fiabilité15/20
Qualité de fabrication14/20
Confort15/20
Polyvalence10/20
Image17/20
Plaisir de conduite13/20
Facilité de conduite10/20
Ergonomie16/20
Total13.6/20

Rouler en Dodge Challenger

Envie d’un belle Pony Car plus exclusive qu’une Mustang ? Il va falloir chercher et ne pas hésiter à aller voir un spécialiste de l’importation ou chercher ailleurs en Europe.

Au global, ce sont près de 200.000 Dodge Challenger qui ont été produites de 1970 à 1974. Donc vous arriverez à en trouver une. Par contre, si vous cherchez la version Hemi de 1970 en état d’origine ou même la 383 Magnum essayée ici, il vous faudra prendre votre temps et préparer votre banquier, et pas que pour les actions que vous allez devoir prendre chez les distributeurs de carburant !

Donc un modèle 6 cylindres pourra se négocier assez facilement et on pourra même en trouver pour une dizaine de milliers d’euros, mais là, c’est le flacon sans ivresse.

Pour un beau modèle en V8 « Six Pack » 1970, il faudra débourser jusqu’à 70.000 €, et la voiture de notre essai est expertisée à presque 60.000€. Par contre, le modèle le plus mythique, le V8 426 Hemi, difficile de s’avancer tant le véhicule a été peu diffusé (356 exemplaires vendus en 1970), mais on peut penser que les 100.000€ peuvent être atteints.

Pour les pièces, les réseaux sont assez étendus et les autos suffisamment diffusées pour arriver à ses fins et trouver ce qu’il faut, avec éventuellement l’aide des clubs.

Un grand merci à Jean-Michel de nous avoir permis de prendre le volant de sa Dodge Challenger et au Domaine de Chanille à Saint Marcel Bel Accueil pour les prises de vues

Fiche Technique de la Dodge Challenger R/T 383 Magnum
MécaniquePerformances
Architecture8 cylindres en VVmax226 km/h
Cylindrée6276 cm³0 à 100 km/h~6.5 s
Soupapes16400m da14.1 s
Puissance Max335 ch SAE à 5000 tr/min1000m daNC
Couple Max~600 Nm à 4000 trs/minPoids / Puissance4.5 kg/ch
Boîte de vitesseBVA 3 rapports
TransmissionPropulsion
ChâssisConso Mixte25 l
Position MoteurLongitudinale avantConso Sportive
FreinageTambours AV (option disque ventilés) et AR
Dimensions Lxlxh486 x 193 x 129 cmPrix 1970~6.000 $
Poids± 1600 kgPrix 2021± 50.000 €
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7 Commentaires

  1. Très bel article sur cette voiture que j’affectionne tout particulièrement !

    Mais si on veut chipoter, l’enjoliveur entre les feux AR et la malle n’est pas d’origine, mais provient de la version “SE” 🙂 . D’origine sur la R/T, il n’y en a pas.

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