Essai d’un Messerschmitt KR 200, originalité totale

Publié le par Benjamin

Essai d’un Messerschmitt KR 200, originalité totale

Ça peut paraître étrange (pas la voiture) mais cela fait quelques années que ce modèle était dans notre viseur. Les microcars, il y en a beaucoup. Les français s’y sont essayé mais de façon globalement moins industrielle que les italiens et, donc, les allemands. Vous l’aurez deviné à son nom, le Messerschmitt KR 200 est une voiture allemande. Enfin, voiture, c’est vite dit. De sa définition à son aspect et sans même parler de sa conduite, c’est un véhicule motorisé plus qu’une vraie voiture. Pour bien la cerner, on va la détailler mais, surtout, on va se mettre au volant… quoi que, là encore, ce n’est pas le bon mot !

En bref :
– Les microcars ont eu le vent en poupe dans les années 50 et 60 quand la production automobile européenne peinait à redémarrer après la guerre.
– Ces engins étranges étaient donc petits, tant au niveau des dimensions que des motorisations.
– Le Messerschmitt KR 200 n’est pas forcément la plus originale du genre mais elle a connu une production conséquente.
– Une fois à bord, la conduite ne s’improvise pas, c’est une vraie aventure !
– Cette voiture sera proposée, avec d’autres microcars, lors d’une vente aux enchères organisée par Collector Cars Auction fin novembre.

Notre Messerschmitt KR 200 du jour

Éludons d’abord une première chose : oui, le Messerschmitt du Messerschmitt KR 200, c’est le même que les BF109 de la Luftwaffe pendant la seconde guerre mondiale. En fait notre microcar du jour est très liée à l’aéronautique puisque les idées qui lui donnent naissance sont celles de Fritz Fend, ingénieur aéronautique qui crée, au début des années 50, une voiturette mue par des manivelles à main pour les handicapés des membres inférieurs. La firme Messerschmitt, de son côté, ne peut plus travailler dans l’aviation et doit se trouver une autre activité. C’est ainsi que les deux se rapprochent et que la KR 175 est lancée en 1953, ancêtre de notre KR 200.

Les deux autos sont assez similaires mais il existe des différences. En tout cas le concept est le même que celui que vous pouvez voir ici. On a deux roues à l’avant, une à l’arrière et des places proposées en tandem sous une verrière… qui rappelle forcément l’aviation. En tout cas, les formes du Messerschmitt KR 200 n’évolueront pas au fil de sa carrière qui s’étale de 1955 à 1964.

Forcément, sa bouille interpelle. Elle fait partie de ces nombreuses autos dont le facies renvoie aux batraciens. Les phares proéminents en sont une parfaite explication. D’ailleurs, s’ils semblent si gros… c’est parce que le Messerschmitt KR 200 est minuscule avec 1,22m de large et 1,2m de haut.

D’ailleurs, la largeur, c’est aussi pour stabiliser l’engin. Les deux roues avant permettent de créer l’appui isostatique cher aux ingénieurs avec une voie de 1080mm. C’est d’ailleurs sur ce train avant qu’on retrouve une différence visible entre le Messerschmitt KR 200 et son ancêtre KR 175 qui le présentait pas d’arches de roues.

Si parler de « design » serait un bien grand mot en étudiant ces formes, il faut quand même se dire qu’une certaine recherche a été faite dans l’aérodynamique. Les formes offrent certainement une résistance à l’air assez faible, très utile quand on se contente d’une faible cylindrée.

En continuant à tourner autour de l’engin, on retrouver le monogramme qui indique la marque, utile car le badge situé à l’avant est quasiment inconnu. On peut aussi scruter les minuscules roues 4,40 x 8 qui sont plus des roues de motoculture que de vélo.

On remarque également des profils dissymétriques. À gauche, la grande ligne oblique qui barre la carrosserie (en acier) marque l’ouverture de la porte tandis qu’une baguette barre la ceinture de caisse, prolongeant celle qui naît sur le feu avant et vient s’achever en descendant sur le feu arrière. Côté droit, un panneau a été fixé à cet endroit et la partie horizontale est en fait l’articulation de la bulle. Même chose sur le capot dont les ouvertures ne sont pas strictement identiques.

Cette bulle est en « verre organique », ancien nom utilisé pour le plexiglas, même si certains Messerschmitt KR 200 sont restaurées avec des éléments en polycarbonate. Le pare-brise est, lui, en verre trempé. On note au premier coup d’œil que le sommet est teinté, histoire d’atténuer la luminosité à l’intérieur et d’éviter de cuire quand le soleil tape fort. Les aérations sont au programme puisque les vitres latérales coulissent et peuvent refroidir le conducteur comme le passager.

L’arrière est forcément très étonnant. La seule roue présente occupe évidemment le centre de l’engin. Le capot est effilé tout en gardant des rondeurs. Les feux arrières du Messerschmitt KR 200 ne sont pas de simple feux ronds mais présentent un véritable travail. On les a d’ailleurs intégré sur des ailes bien dessinées et ça contribue à alléger le style de l’ensemble. Un seul autre feu, qui fait office de feu stop, est placé au-dessus de la plaque et un porte-bagage évitera de trop encombrer le minuscule habitacle.

En bref ? Le style n’avait pas besoin d’être trop automobile. Les dimensions du Messerschmitt KR 200 suffisent à le différencier et il adopte donc des formes en rapport avec son usage. Le tout est intrigant et original. Enfin, il suffit à interpeller alors même qu’on n’est pas au bout de nos surprises.

Intérieur : définitivement pas automobile

Avant de découvrir l’intérieur du Messerschmitt KR 200, il faut déjà l’ouvrir. Une poignée verrouille le tout et ce n’est donc pas que la verrière qui bascule puisqu’elle emmène avec elle le panneau inférieur. Ce qu’on découvre étonne forcément.

Déjà, la disposition des sièges, en tandem. Le conducteur se place donc à l’avant. Derrière, les dépliants d’époque indiquent qu’on peut mettre un adulte et un enfant (aucun n’avance qu’on peut loger deux adultes à l’arrière du Messerschmitt KR 200 et heureusement). Une variante peut consister à relever la partie droite du siège arrière afin d’y loger une valise. Pratique hein ? En tout cas, cet espace offre plus de place que le petit espace situé au-dessus du moteur, dont la forme est réduite.

Ne vous attendez pas à des sièges très épais, leur finesse les rapproche plus de strapontins que des assises… de n’importe quelle voiture en fait. Même des sièges de deuche paraîtraient énormes !

Si ce n’est pas assez original, on poursuit avec les commandes… et là, ça s’emballe. Première chose qui saute aux yeux, le… volant ? Non, on parlera plutôt d’un guidon… et encore puisqu’on retrouve bien des poignées pour l’avoir en main. À voir ce que va donner quand on sera à bord.

Le tableau de bord propose quelques boutons et voyants (les classiques clignotants, starters sont bien là). Un seul compteur, le tachymètre. On retrouve bien trois pédales tout au fond de la coque et, sur le côté gauche, un frein à main. Le long de la paroi droite, on retrouve le levier de vitesse. Oui, c’est pas évident à identifier comme ça. Va falloir le mode d’emploi !

Technique : simple

Concernant la technique, une grosse indication réside dans le nom du Messerschmitt KR 200 : sa cylindrée. Du coup vous comprenez que c’est l’évolution du KR 175 qui cubait moins. Pour accéder au moteur, il faut d’abord avoir ouvert la verrière et ensuite on bascule le tout vers l’avant.

C’est donc un moteur Sach de 191cm³ qui est installé ici. C’est un moteur 2 temps qui développe 9,7ch à 5000 tours ! Sa puissance est minuscule mais le Messerschmitt KR 200, dans son ensemble, ne pèse que 200kg ! La puissance est transmise à la seule roue arrière via un cardan situé dans le bras oscillant de la roue arrière tandis que la boîte propose quatre rapports.

Pour le reste de la technique, notez que chaque roue est indépendante avec des ressorts de torsion en caoutchouc et des amortisseurs hydrauliques. Les freins proposent des mâchoires et sont actionnés par des câbles. Là encore, c’est étonnant et on va voir ce que ça donne en se mettant au volant.

Au volant du Messerschmitt KR 200

Pour une voiture de cette taille, on pourrait avoir plus de mal à se glisser à bord. Finalement, ce n’est pas bien compliqué puisque la verrière basculée propose un bel espace. On se laisse ensuite glisser dans le siège… et on se demande comment ça marche. D’abord, il faut démarrer le moteur et ne pas se tromper.

En enfonçant la clé, le moteur Sachs part en effet… à l’envers ! En fait, on peut le démarrer dans les deux sens et manœuvrer le Messerschmitt KR 200 nécessite donc de couper le moteur entre les marches avant et arrière ! D’ailleurs, le propriétaire a laissé une note indiquant qu’il vaut démarrer le moteur « à l’envers » car il le fait plus promptement, le laisser chauffer et ensuite s’élancer. On atteint des sommets dans l’atypique mais on n’est pas encore en haut !

C’est le moment de passer la marche avant. Sauf que trouver son emplacement ne paraît pas évident… jusqu’à ce qu’on nous explique comment marche le levier de vitesse. Ici, pas de grille. Non, ce levier est séquentiel ! Pour monter un rapport, on pousse le levier vers l’avant avant de la ramener « au centre » et on fera l’inverse pour tomber un rapport. Allez, un coup vers l’avant.

Bien que les réclames d’époque louent un « couple particulièrement élevé à bas régime », pour s’élancer il faut quand même que le moteur monte dans les tours (le couple maxi est à 3800 tours quand même). L’embrayage est haut et, finalement, c’est parti. Et ça part plutôt vite en fait, c’est vrai ! Le premier rapport est très court et il faut donc passer le suivant. Pied sur l’embrayage, un coup de levier vers l’avant, on remonte le pied et, miracle, on perd des tours. On gagne en vitesse aussi.

C’est une des premières choses qui impressionne. Installé bas, dans un barouf assez fort, on a l’impression de filer à toute vitesse. Pourtant, même dans cette ligne droite, la vitesse reste légale avec moins de 50 km/h. Oui, on les atteint. Dites vous qu’en théorie on peut atteindre plus de 90 km/h et des pilotes ont même atteint un peu plus, 103km/h en moyenne, pendant 24 heures sur le circuit d’Hockenheim à la fin Août 1955. Si certains veulent se lancer dans l’aventure, ils peuvent, mais c’est quand même effrayant.

Les 50 km/h de pointe suffiront au Messerschmitt KR 200. De toute façon on arrive sur un coussin berlinois. Pour ralentir, on attaque les freins, oh, pas trop parce que le système n’est pas spécialement progressif mais il se montre plutôt efficace… et le blocage n’est pas si compliqué à atteindre. Noté. Les minuscules roues du Messerschmitt KR 200 escaladent la falaise placée en travers… et ça secoue.

Il apparaît vite que l’amortissement n’est pas le fort du Messerschmitt KR 200 mais ça n’a jamais été vendu comme tel. Des rues pavées vous secoueront la pulpe, c’est certain.

Au moment de relancer… c’est pas violent. On est trop descendu dans les tours, il faut vraiment y aller alors on tombe un rapport. Là, ça repart. Pas besoin d’accélérer à fond non plus mais effectivement cet ORNI allemand a besoin d’aller chercher des tours pour se mouvoir énergiquement.

Virage. Jusqu’à présent, c’était de la ligne droite. Réflexe de base d’un automobiliste, on cherche à tourner le volant/guidon… mais ce n’est pas vraiment comme ça que ça marche. On se retrouve plus à tirer d’un côté et pousser de l’autre. Comme sur un guidon en fait sauf qu’on a des poignées pour le faire. Le Messerschmitt KR 200 s’engage dans le virage. Un peu vite ? En tout cas ça ne bouge pas trop et on tourne à peu près à la même vitesse que n’importe quelle voiture.

En sortie de virage, il faut relancer parce qu’une côte s’annonce. Les réclames, toujours elles, vantaient une impressionnante aptitude en côte. Alors, cette fois, on ne va pas contredire. Le Messerschmitt KR 200 s’attaque à la côte sans trop de souci, mais c’est bien parce qu’on s’était lancé avant.

Une fois en haut, il faut s’arrêter pour laisser la priorité. Déjà on freine, en essayant de ne pas bloquer les roues et ensuite on reste sur place. Comment faire ? Encore une fois, on nous a expliqué ! L’idéal, c’est de revenir au point mort et c’est le rôle donné à la gâchette sur le levier. Une fois l’énorme Twingo passée, tout est question de perspectives, il faut redémarrer. Et on est toujours un peu en côte. Autant vous dire qu’il faut jouer des deux pieds pour éviter de reculer tandis que le moteur Sachs prend des tours. Et puis on repart.

Allez, on poursuit. La rue n’est pas vraiment en bon état et ça se ressent dans tout l’habitacle. Le rythme augmente peu à peu si bien que le Messerschmitt KR 200 étonnera sur la route mais ne bloquera pas la circulation en se traînant. C’est plutôt intéressant et ça roule à un bon rythme. Surtout, on a cerné l’engin.

Avec le Messerschmitt KR 200 vous réapprenez à conduire. C’est un engin qui peut se rapprocher d’une voiture mais uniquement parce que c’est fermé et qu’on est assis. Pour autant, ce n’est pas une moto. Non, c’est vraiment à part. En tout cas, le compromis proposé est bon puisqu’on peut avaler des bornes sans trop de problèmes. Les performances sont correctes, surtout une fois lancé puisque la boîte tire long sur les 3e et 4e rapport. Atteindre les 90 km/h ? On laissera faire les pros.

Par contre, sur grande distance, vous devrez faire attention à vos oreilles. Le moteur Sachs fait vraiment du bruit. Et puis faites également attention à ne pas cuire. Certes, les températures de la fin Octobre sont clémentes et loin des canicules passées mais les aérations sont vite limitées quand le soleil tape sur la verrière.

Allez, maintenant qu’on l’a bien en main… c’est le moment de s’arrêter. On a vraiment conduit quelque chose d’original et ça restera longtemps dans la tête comme une expérience très particulière.

Conclusion

Qu’est ce qui se rapproche le plus de ce Messerschmitt KR 200 à part… d’autres microcars ? Son physique, sa taille et même certaines solutions techniques en font déjà une voiture à part, c’est évident. L’objet en lui-même étonne. Mais ce n’est pas tout. L’étonnement ne cesse jamais. La conduire, c’est apprendre quelque chose de très différent de la conduite classique, de la position aux commandes.

Néanmoins, le Messerschmitt KR 200 reste adapté à la route… enfin aux rues. En ville, son gabarit est un atout et ses performances ne sont pas ridicules. A la campagne, elle pourra certainement faire de belles prouesses tant qu’on est conscient de ses limites. En tout cas, une fois qu’on a compris, ça n’a rien d’inconduisible !

Les plus du Messerschmitt KR 200Les moins du Messerschmitt KR 200
Se faufile partoutConduite à réapprendre
Performances urbaine notablesComportement à appréhender
Originalité follePraticité générale moyenne
Les notes du Messerschmitt KR 200
Fiche techniqueMesserschmitt KR 200
Années1955-1964
Mécanique
ArchitectureMonocylindre
Cylindrée191 cm³
AlimentationCarburateur
SoupapesMoteur 2 temps
Puissance Max9,7 ch à 5000 trs/min
Couple Max15 Nm à 3800 trs/min
Boîte de VitesseSéquentielle 4 rapports
TransmissionPropulsion
Châssis
Position MoteurArrière
FreinageTambours AV et AR
VoiesAV 1080 mm / AR —
Empattement2030 mm
Dimensions L x l x h2820 x 1220 x 1200 mm
Poids (relevé)200 kg
Performances
Vmax Mesurée91 km/h
Poids/Puissance20 kg/ch
Conso Mixte± 3,5 litres / 100km
Prix± 25.000 €

Rouler en Messerschmitt KR 200

Vous avez envie d’essayer ? Le Messerschmitt KR 200 n’est pas le plus rare de son genre. On ne dit pas qu’il est courant pour autant mais avec près de 42.000 exemplaires construits, c’est de la grande série au royaume des microcars. Il n’en reste pas moins qu’elles restent bien plus rares que des sportives plus classiques.

Au niveau des prix, la fourchette est large. Un Messerschmitt KR 200 à restaurer débutera entre 15 et 22.000€ ! Ensuite on se retrouvera entre 25 et 35.000€ pour un véhicule en état d’usage et on pourra monter encore plus haut avec une voiture en état concours (jusque 50.000€) et encore plus haut pour les rares versions roadsters d’origine (nombreuses sont les autos à avoir été transformées).

Celle-ci est une auto livrée neuve… en France ! Elle a eu trois propriétaires depuis 1971 et appartient à la même collection depuis 1993. Elle fera partie d’une collection complète de microcars qui passera sous le marteau de Collector Cars Auction fin Novembre. Les infos sont ici.

Sinon, ce qu’il faudra surveiller. On débute par la rouille évidemment qui peut se loger dans les garde-boues à l’avant mais aussi dans la cuve de plancher (attention aux joints). La structure est frêle et doit être parfaitement droite. Globalement, il faudra chercher un véhicule complet. Trouver des pièces (de la bulle aux carbus et compteurs) sera plus compliqué de refaire une beauté à un Messerschmitt KR 200.

Un grand merci à Arnaud et Marion de Collector Cars Auction.

Benjamin

http://newsdanciennes.com

Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos et a publié plus de 5000 articles directement... et participé à de nombreux autres. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres et compte plus de 300 essais de voitures anciennes à son actif. Il sillonne la France et l'Europe pour vous faire vivre toute sorte d'événements, de la petite exposition aux plus grands salons.

Commentaires

Laisser un commentaire

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.