Le départ des Mille Miglia 2018 vu par Cédric

Après l’article de Joris (Lire : Les Mille Miglia 2018, Plongée au Cœur de la plus Authentique Course du Monde ), qui est revenu pour vous sur l’édition 2018 des Mille Miglia, à mon tour de vous plonger au cœur du mythe, le tout, agrémenté par mes photos du départ à Brescia.

Un peu d’histoire !

Je ne vais pas revenir sur cette éditions 2018 des Mille Miglia, ce qui aurait tendance à faire doublon avec l’article de Joris qui est bien plus complet que le mien, étant donné qu’il a assisté à la totalité de l’épreuve. Mais je vais revenir sur l’histoire de cet événement, et sur quelques éditions marquantes de cette course hors norme, qui a vu le jour en 1927, avant de disparaître en 1957.

Monza voit le jour, les Mille Miglia aussi !

4 septembre 1921, Montichiari près de Brescia. Le premier Grand Prix d’Italie a lieu sur un tracé urbain créé pour l’occasion. Seulement six pilotes sont au départ de cette course, trois français et trois italiens. Les trois italiens abandonneront, ce qui propulsera les trois pilotes français sur le podium. C’est Jules Goux, vainqueur des 500 Miles d’Indianapolis en 1913 qui remportera la course sur une Ballot 3L (Lire : Deux Ballot Réunies pour Retromobile 2017) devant Jean Chassagne et Louis Wagner.

Face au succès de l’événement, le club automobile de Milan lance la construction de l’autodrome de Monza qui accueillera le Grand Prix d’Italie à partir de 1922. Touchés dans leur chair, les habitants de Brescia imaginent une course de 1000 Miles, sur des routes publiques fermées, reliant Brescia et Rome. Six ans plus tard, en 1927, les Mille Miglia voient le jour.


1927 : 21h 04m 48s

26 mars 1927, 77 équipages sont au départ de cette première édition des Mille Miglia. C’est l’équipage italien Ferdinand Minoia / Giuseppe Morandi qui remporte la course sur une OM 665 S Spyder en 21h04’48 à une moyenne de 77,238km/h. Le tout au terme d’un exploit physique et mental hors norme. Le début d’une grande aventure, qui va durer 30 ans, et qui sera parsemée d’exploit, mais aussi de drame.

1938 : la première alerte 

Cette douzième édition des Mille Miglia est remportée par Clemente Biondetti. Avec un temps de 11h 58min, on est bien loin des chronos de 1927. Les voitures ont beaucoup évolué et les techniques de pilotage aussi. Pour Clemente, c’est sa première victoire, mais nous aurons l’occasion de revenir sur le sujet un peu plus tard dans cet article, puisque c’est loin d’être sa dernière.

Mais 1938, c’est avant tout un accident dramatique, à quelques kilomètres de Bologne. Après avoir franchi une ligne de tramway au volant de leur Lancia Apprilla, deux amateurs en perdent le contrôle, avant de percuter la foule. 10 spectateurs dont 7 enfants perdront la vie dans cet accident dramatique, tandis que 23 personnes seront grièvement blessées. Benito Mussolini alors au pouvoir, sous la pression de l’opinion publique, décide d’interdire aux Mille Miglia de circuler sur les routes publiques dans les zones bâties. Par conséquent l’édition 1939 n’a pas lieu. Une première depuis 1927.

1940-1946 : le poids du nazisme !

En 1940, la course reprend ses droits mais sous une autre forme, et un autre nom. Le “Grand Prix de Brescia” remplace les “Mille Miglia”. Une course qui se déroule sur un parcours triangulaire de 104 Miles reliant les villes de Brescia, Mantoue et Crémone. Un itinéraire que les pilotes devaient parcourir à 9 reprises soit l’équivalent à peu de chose près de 1000 milles.

Huschke von Hanstein, un pilote allemand adhérent du parti Nazi, remporte cette édition sur une BMW 328. Appartenance qu’il revendiquait clairement, puisqu’il décorait ses voitures de course avec des autocollants mettant en avant ses choix politiques. Sa plaque d’immatriculation allait également en ce sens ( SS-333 ). Une victoire qui laissait présager des années compliquées, puisque le Nazisme et la seconde guerre mondiale allaient interrompre cette course jusqu’en 1947.

 

1947-1949 : Et de 4 !

L’année 1947 voit enfin le retour des Mille Miglia dans leur version originale. C’est à dire avec le fameux parcours Brescia-Rome-Brescia. Comme en 1938, c’est Clemente Biondetti qui remporte la course sur une Alfa Romeo. La onzième et dernière victoire d’Alfa Roméo, un record. Pour Clemente, l’aventure continue chez Ferrari, nouvelle écurie qui vient de voir le jour dans le petit village de Maranello. Avec la marque au cheval cabré, il remporte les éditions 1948 et 1949, portant son total de victoire à 4. Un chiffre jamais battu, ni même égalé.

1955 : L’année du record 

Comme le numéro sur leur voiture l’indique, il est 7h22 lorsque l’équipage Moss/Jenkinson prend le départ de cette 22ème édition des Mille Miglia. C’est dans un bruit assourdissant que leur Mercedes 300 SLR quitte la plateforme de départ devant une foule massée de part et d’autre de la route. Cette course, ils la préparent depuis des mois. Face aux italiens, qui connaissent par cœur une bonne partie des routes utilisées, ils préparent des notes que Denis Jenkinson, journaliste à MotorSport, aura pour mission d’annoncer à Moss via des signes. Le 8 cylindres en ligne de l’auto étant assourdissant, impossible pour Denis de les lui dicter.

Jenkinson a répertorié, sur une feuille d’environ 5 mètres de long, qu’il a roulé dans un boitier en aluminium, les pièges qui jalonnent les 1000 miles de cette épreuve. Grâce à cette astuce, Moss aura quant à lui pour seule préoccupation, de se concentrer sur son pilotage. Une technique utilisée aujourd’hui en rallye, mais qui à l’époque était totalement novatrice. Mais outre ces notes, Moss et Jenkinson se sont également préparés afin de pouvoir déjouer tous types de problèmes mécaniques.

Une technique qui s’avère payante puisque Sir Stirling Moss remporte la course en 10h 07m 48s à la vitesse folle de 160km/h de moyenne. Un record qui ne sera jamais battu. La ville de Florence a été traversée à 200km/h, l’axe Modène-Piacenza à une vitesse de 275km/h et les 190 derniers kilomètres entre Cremona et Brescia à 199 km/h de moyenne. Le grand Fangio second, est relégué à plus de 30 minutes. Loin d’être rassasié après le dîner de gala qui avait lieu dans la soirée, Moss reprit la route direction Cologne afin de prendre l’avion pour Londres.


1957 : La tragédie de Guidizzolo

Dans l’après midi du 12 mai 1957, le marquis Alfonso de Portago perd le contrôle de sa Ferrari 335S à plus de 250km/h suite à la crevaison de son pneu avant gauche entre Cerlongo et Guidizzolo. Sa voiture sort de la route, tuant neuf spectateurs dont cinq enfants et faisant 28 blessés. Alfonso De Portago et son coéquipier Edmund Nelson perdront également la vie dans cet accident. Deux ans après l’accident le plus tragique de l’histoire du sport automobile, au Mans, s’en est trop. Les autorités italiennes décident d’interdire cette course, ce qui coïncide avec la fin d’une époque.

2018 : Les Mille Miglia Storica, quelle claque !

Depuis 1986, les Mille Miglia Historiques ont lieu tous les ans. De mon coté, je m’y suis rendu pour la première fois cette année, et je dois dire que seulement quelques jours après mon premier Grand Prix de Monaco Historique (lire : Grand Prix de Monaco Historique 2018 : Retour sur un week end complètement fou) j’ai pris une seconde claque. Quelle ambiance et quelle ferveur ! Si je devais citer un événement comparable, tous sports confondus, je citerais le tour de France. Pour avoir discuté avec certains participants, ils m’ont avoué qu’ils pourraient se passer du roadbook. Les routes étant bordées par une foule présente sur l’ensemble des 1600 kilomètres parcourus, impossible d’emprunter la mauvaise direction.

Et que dire des voitures présentes ? Ce sont des œuvres d’art sur quatre roues, le tout, dans des villes plus belles les unes que les autres. Un événement à ne louper sous aucun prétexte et que j’aimerais suivre dans son intégralité en 2019.

Enfin pour terminer cette article, je vais citer Giuseppe Tonelli, dans son article 100 voitures au départ de Brescia, pour les “Mille Miglia”, paru dans La Stampa du 27 mars 1927. Pour rappel c’était le jour de la première édition, et pourtant, il avait déjà décelé ce qu’allait être les Mille Miglia avec une justesse effarante. Voilà SA définition des Mille Miglia :

“Mille Miglia; quelque chose d’indéfini, hors du naturel, qui rappelle les vieux contes de fées que nous écoutions avidement comme des enfants, des histoires de fées, de magiciens avec des bottes, d’horizons sans fin. Mille Miglia : phrase suggestive qui indique aujourd’hui le progrès et l’audace des hommes. Course folle, épuisante, sans arrêts, par la campagne et la ville, sur les montagnes et au bord de la mer, de jour comme de nuit. Des rubans de route qui serpentent sous les voitures grondantes, des yeux qui ne se ferment pas dans leur sommeil, des visages qui ne tremblent pas, des pilotes avec des nerfs d’acier.” ( Traduction de l’italien faite par mes soins ).

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Cédric
Rédacteur & Photographe à News D'anciennes
Passionné par la course automobile et par son histoire depuis son plus jeune âge, c'est au début de l'année 2016 qu'il a rejoint l'équipe News d'Anciennes.
Amoureux des voitures italiennes et plus particulièrement des Ferrari, c'est pourtant au volant d'une Porsche 944S2 Cabriolet qu'il parcourt les routes du Grand Est le week end.

13 commentaires sur “Le départ des Mille Miglia 2018 vu par Cédric”

  1. Magnifique course. Je me rappelle certains document vu à l’époque dans Auto-Moto. Cette course semblait interminable. Et cette course commémorative est vraiment à la hauteur de la légende qui en est née. Magnifiques photos. Si j’avais temps et moyens, j’y engagerai volontiers une petite merveille que j’aurai cru utile d’acquérir. Merci beaucoup pour ce document instructif à tout points de vue.

    1. Merci beaucoup pour ce commentaire qui fait plaisir à lire. J’avoue que pouvoir participer à cet événement au volant d’une petite barquette ne serait pas pour me déplaire, bien au contraire. Mais entre la voiture, l’inscription, l’assistance … C’est pas pour demain.

  2. Effectivement, pour m’etre trouvé là par hasard la veille du départ, l’ambiance est magique. Du coup, frustré par ce contretemps, je compte bien y retourner l’année prochaine, pour suivre cette course.

  3. Mon regretté ami Olivier Gendebien me racontait souvent dans ses souvenirs sa participation à cette course sur route qui était extrêmement dangereuse . Merci pour ces lointains souvenirs ,pour ce beau reportage , pour ces belles photos.

  4. Superbe reportage sur une des plus belles épreuves du monde, où l’on pouvait voir des autos spécifiquement conçus pour cette courses, les Porsche 908/3 notamment. En France, la Ronde Cévenole aurait peut-être pu devenir une mini “Mille Miglia”. Et bravo à toute l’équipe de “News d’Anciennes.

    1. Merci Pierre. Vous devez mélanger les Mille Miglia et la Targa Florio je pense. Les Mille Miglia ayant disparu en 1957, il n’y a pas pu y avoir de 908/3 engagées. Bonne journée.

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