Opel Kadett GSi 4×4, tout ça pour ça…

Opel Kadett GSi 4x4, tout ça pour ça...
Pierre
Tombé dans la marmite automobile quand il était petit, il a rejoint l'équipe de News d'Anciennes en 2015. Expatrié en Angleterre depuis Mai 2016, il nous partage les évènements de là-bas. En dehors de ça, il partage une bonne partie de son temps sur la route entre une Opel Ascona et une Mazda RX-8.

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Les années 80 ont amené une véritable révolution dans le domaine des rallyes. Après avoir été la dernière marque à amener le titre à son pilote avec seulement deux roues motrices, Opel voulait revoir sa copie pour le Groupe B. Revenons sur le projet Kadett GSi 4×4 (ou Astra 4S chez Vauxhall).

L’Ascona 400, bien née, mais rapidement dépassée

De nos jours parler d’Opel en compétition relève de l’incongru tant la marque a disparu de l’inconscient collectif, surtout en France. Pourtant, il y a quarante ans, la marque était loin de faire de la figuration ! Preuve en est, l’Ascona 400 a donné à Walter Röhrl son deuxième titre en Championnat du monde. Avec son moteur 2.4 rectifié par Cosworth (toujours dans les bons coups, ces petits), la voiture récolte “seulement ” quatre victoires entre 1980 et 1983, mais reste régulièrement dans les points. Au final, sur ces quatre saisons, Opel oscillera entre la deuxième et la cinquième place pour les constructeurs.

Malheureusement, une voiture à deux roues motrices, de surcroit équipée d’un moteur atmosphérique, ne peut pas faire grand chose face à la déferlante des Groupe B suralimentées et à quatre roues motrices. L’Ascona 400 disparait avec la voiture dont elle dérive, et Opel quitte le championnat. La Manta 400 prend la relève, mais c’est un pis-aller. Cependant, la firme de Rüsselsheim n’a pas décidé d’en rester là. Elle étudie la situation avec autant de recul que possible.

Les monstrueuses Audi Quattro se voient reléguées à l’arrière plan par des poids plume lorsque les épreuves se déroulent sur tarmac. Pourtant, leur répartition des masses assez hasardeuse est compensée par les capacités de traction de la bête, reléguant les Ascona 400 ou Lancia 037 loin derrière. Ce sera donc une compacte à quatre roues motrices qui viendra prendre le relais, et la nouvelle Kadett est commercialisée à partir de 1984. C’est parti, le bureau d’études a ses objectifs.

La Kadett GSi 4×4, une gestation difficile

Profitant de la réglementation, Opel part d’une page quasi blanche. Pour cela, rien de plus “simple”, seule la cellule centrale du châssis est conservée. Les berceaux avant et arrière sont désormais des structures tubulaires indépendantes, permettant d’accueillir la transmission développée par X-Trac.

Côté moteur, le bloc de l’Ascona 400 est reconduit, installé en position centrale avant, histoire d’assurer une meilleure répartition des masses, et surtout de rendre la voiture plus facile à conduire que les concurrentes à moteur arrière. Malheureusement, avec seulement 270 chevaux, il est distancé par les monstres de puissance de la concurrence.

Décision est prise de construire un autre prototype, cette fois-ci sous la marque Vauxhall pour soutenir les ventes sur le marché britannique. L’Astra 4S (pour 4 Wheel Drive Supercharged) voit un compresseur Sprintex ajouté au 2.4. La puissance monte à 340 chevaux. Cependant, c’est toujours trop court face à la concurrence qui aligne a minima 400 chevaux dans le peloton de tête.

Un troisième prototype est construit. Cette fois-ci, fini de rire, la Kadett GSi 4×4 passe au turbo. Les 400 chevaux sont enfin atteints, voire dépassés. Hélas, trois fois hélas, la fiabilité en prend un sérieux coup. Les moteurs ne cessent de casser, il faut trouver une autre solution mécanique.

C’est la panique chez les teutons, nous sommes en 1985 et le moteur maison ne tient pas le choc. En développer un nouveau prendrait bien trop de temps. Ils se tournent vers le préparateur allemand Zakspeed, dont les compétences n’étaient plus à prouver en Groupe 5, notamment, pour une quatrième machine.

En parallèle, la course à la puissance en groupe B est effrénée, Opel commence à prendre peur vis à vis des coûts. Décision est prise de s’orienter vers le Groupe S (dont le lancement était prévu en 1988), qui demande moins de voitures produites pour l’homologation. Et surtout, avec une puissance a priori plus faible, Opel peut affronter la concurrence à armes égales.

La boulette !

Le moteur fourni par Zakspeed est un quatre cylindres 1.9 équipé d’un turbo. L’ensemble produit la bagatelle de 500 chevaux, parfait pour affronter la concurrence. Opel saute sur l’occasion. La Kadett GSi 4×4 est présentée à la presse, en mentionnant le partenariat avec Zakspeed. Cependant, le capot de la voiture présentée au Salon de Francfort 1985 reste surprenamment fermé. La légende veut qu’un journaliste un peu curieux l’a ouvert, et a reconnu le bloc… Ford.

La situation tourne au désastre. Opel qui assure pouvoir battre la concurrence, grâce à une machine supérieure, se fournit en fait chez elle. Vu les délais impartis, Zakspeed a tout simplement fourni le moteur qui équipait les Ford Capri Groupe 5. Ou comment devenir la risée du plateau en deux leçons…

Plan B

A la même époque, une petite épreuve dans le sable commence à rencontrer une certaine renommée. Le Paris-Dakar attire autant les pilotes que les constructeurs, et Opel décide d’engager deux Kadett GSi 4×4.
Les deux prototypes sont déshabillés. Les voitures sont équipées du 2.4, dégonflé à 250 chevaux. Les suspensions sont modifiées et la caisse rigidifiée.

Les deux équipages s’engagent dans la tristement célèbre édition 1986, durant laquelle 5 personnes trouvent la mort dans un crash d’hélicoptère. Parmi elles, Thierry Sabine, l’organisateur, ou encore le chanteur Daniel Balavoine. Les moteurs ne sont pas taillés pour un tel usage et les performances sont limitées. Les ennuis mécaniques se multiplient, notamment au niveau des suspensions. Vu le peu de temps imparti, il n’a pas été possible de monter de système à double amortisseur initialement prévu, les réservoirs de 300 litres ajoutent un poids important et les Kadett GSi 4×4 vivent casse sur casse.

L’équipage allemand Weber/Wanger finit trente-septième, tandis que les belges Colsoul et Lopes signent une pénible quarantième place. Malgré tout, les Kadett GSi 4×4 ont vu l’arrivée, et les équipes de développement sont confiantes.

Plan… S

D’une certaine manière, le contexte a limité la casse. Le drame du Dakar, puis les accidents dramatiques en groupe B font la une des journaux, et l’incident du bloc Ford est assez vite oublié. Après l’accident de Toivonen, la FIA décide d’arrêter les frais en Groupe B, qui disparait à la fin de la saison.

L’arrivée du Groupe S laisse à Opel une chance de redorer son blason. La Kadett GSi 4×4 peut retourner au bloc 2.4, puisque la puissance est bridée à 300 chevaux. C’est dans cette optique que l’Astra 4S est engagée en tant que prototype lors de l’Audi Sport Rally en Angleterre. Avec ses 960 kg sur la balance, elle se fait tailler des croupières par les Ford RS200 et Austin Metro 6R4 engagées. Malgré tout, l’équipage emmené par Andrew Wood finit quatrième au général.

Malheureusement, le Groupe S est annulé par la FIA, et le groupe A devient la norme en rallye. Après tant de galères, la Kadett GSi 4×4 et l’Astra 4S tirent leur révérence. Elles rejoignent les Audi Quattro Sport RS 002 et Lancia ECV2 au panthéon des projets avortés.

La Kadett GSi 4×4 en rallycross

Comme beaucoup de voitures de groupe B, elle trouvera une seconde vie en rallycross. Le pilote britannique John Welch rachète les deux Kadett GSi 4×4 du Dakar. Il en transforme une pour le rallycross. Il revient au moteur de l’Ascona 400 raccourci à 2.1 litres, mais lui ajoute le même turbo que celui qui équipait les moteurs BMW M12/13 en Formule 1. Avec 650 chevaux, la voiture, revenue sous blason Vauxhall, écumera le championnat britannique jusqu’en 1992. Malgré une fiabilité aléatoire, la voiture s’avèrera compétitive et elle offrira de nombreux podiums à John Welch, sans pouvoir lui offrir de championnat.

La Kadett GSi 4×4 et l’Astra 4S de nos jours

Aussi incroyable que cela puisse paraitre, on a pu garder la trace des 4 prototypes. La Kadett GSi 4×4 de rallycross a fini dans les mains de Tommy Kristofferson, un pilote de rallycross suédois qui a vampirisé la transmission X-Trac pour son Audi S2 Coupé, ce qui lui permettra d’obtenir la troisième place du championnat d’Europe en 1993.

La Kadett GSi 4×4 du Dakar restante, après avoir servi de véhicule d’exposition pour John Welch, a fini dans les mains de Mike Endean. La boucle est bouclée, puisque c’est lui, en tant que fondateur de X-Trac, qui a permis à la voiture de naitre.

La Kadett GSi 4×4 de Francfort (avec le bloc F… pardon, Zakspeed) est conservée à Rüsselsheim, et la rumeur veut qu’on voit encore les coups de ponceuse sur le cache-culasse pour faire disparaitre l’ovale.

L’Astra 4S, quant à elle, est conservée dans la collection de Luton. Elle est réapparue lors du Festival of Speed à Goodwood, notamment.

Opel Kadett GSi 4x4, tout ça pour ça...

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3 Commentaires

  1. En moins abyssal, il y a aussi l’aventure de la Calibra 4×4 au début des années 90 en groupe A avec Stig Blomqvist. Douce époque du groupe A, où d’autres constructeurs ont tentés leur chance avec plus ou moins de succès : Mazda 323 4WD / Nissan Sunny GTi-R / Subaru Legacy / Mitsubishi Galant VR4…

    • Le groupe A a été presque un long fleuve tranquille, en comparaison. Et je dois avouer qu’il y aura certainement d’autres projets avortés de ce genre à venir, c’est à mes yeux presque plus passionnant que l’histoire de celles que nous connaissons tous

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