La Duckhams LM, une F1 pour les 24 Heures !

La Duckhams LM, une F1 pour les 24 Heures !
Benjaminhttps://newsdanciennes.com
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

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Vous n’avez pas forcément prêté attention à ce prototype que l’on peut voir au Mans Classic. Pourtant la Duckhams LM est une auto singulière car ce n’est pas vraiment un prototype classique et qu’elle porte la signature de grands noms de la course automobile.

L’initiateur du projet : Alain de Cadenet

Malgré son nom bien français, Alain de Cadenet est britannique mais son père est bien français. Né à Londres en 1945, sa première carrière est loin des pistes puisqu’il est banquier d’affaire. Mais il se tourne vite vers la photographie et met un pied dans la scène rock de la fin des années 60. Il signe quelques pochettes d’albums et a le vent en poupe.

En 1967 il attrape le virus de la course en se rendant à Brands Hatch. Il va alors se mettre lui aussi au sport automobile. Ses débuts se font en AC Ace avant qu’il ne saute dans une Porsche 904. Petit à petit il court de plus en plus, sur Ford GT40 ou des Chevron. En 1968 puis 1969 il se fait de plus en plus remarquer avec des Dino 206S en Grande Bretagne tandis qu’il s’engage, sans briller dans des courses continentales du championnat du monde.

En 1970 il monte son écurie, Evergreen, autour d’une Porsche 908/2 qu’il vient d’acheter. Il la pilote avec Carlos Pairetti et leur première course voit une belle 5e place aux 1000km de Buenos Aires. Les autres résultats sont plus décevants et la Lola T210 qui la remplace ne fait guère mieux. Alain de Cadenet signe cependant de beaux résultats en tant que pilote de la GT40 du Team Snake Speed.

En 1971 il est intégré dans la mythique équipe du NART pour les 24h de Daytona qu’il termine à la 5e place sur Ferrari 312P. C’est au volant d’une autre Ferrari, la 512M de l’Écurie Francorchamps qu’il débute au Mans la même année, un abandon à la clé.

Mais surtout il achète une Brabham BT33 de F1 de la saison précédente, pilotée par Jack Brabham lui-même et victorieuse en Afrique du Sud. La voiture sera pilotée par son ami Chris Craft. Après une belle 5e place sur une course hors-championnat les deux premières incursions de l’auto en championnat du Monde, à Mosport et Watkins Glen se soldent par des abandons.

La Duckhams LM, une F1 pour les 24 Heures !

Alain de Cadenet cherche alors à vendre sa voiture sans y parvenir. Il tente également d’acheter une auto compatible avec la nouvelle catégorie reine de l’endurance, les Sports Protos 3 litres mais Ferrari refuse de lui vendre une 312PB, soit-disant trop compliquée pour une équipe privée.

C’est alors qu’il a l’idée qui nous conduit à notre auto du jour.

Sa rencontre avec Gordon Muray

Alain de Cadenet va alors contacter Brabham avec une idée en tête : convertir sa BT33 en prototype pour les 24h du Mans. Après tout elle est conçue pour un Cosworth 3 litres qui colle à la réglementation et il ne faut “que” la doter d’une carrosserie !

Bernie Ecclestone, à la tête de l’écurie anglaise refuse dans un premier temps. Mais Gordon Murray, alors tout jeune ingénieur de l’écurie est intéressé. Bernie Ecclestone l’autorise alors à concevoir l’auto pour De Cadenet en dehors de son temps de travail !

L’ingénieur, qui n’a pas encore marqué de son empreinte le métier, conçoit une caisse en aluminium riveté, sur laquelle viennent s’ancrer les trains roulants de la BT33. Par dessus il fixe une carrosserie en fibre de verre, relativement simple mais surtout inspirée de la nouvelle Lola T280, surtout dans l’idée de l’aileron prolongeant la carrosserie. La voiture est assemblée dans un box loué par les De Cadenet, Gordon Murray touche 250 £ et l’aventure peut commencer.

La Duckhams LM de 1972

Reste maintenant à trouver une mécanique. Chez Cosworth on pense toujours que le moteur n’est pas fait pour les 24h du Mans, malgré le fait que la Ligier JS3 l’ait déjà fait l’année précédente et a vu l’arrivée malgré un retard pris au stands à cause de sa boîte.

Le fait est que De Cadenet rachète un Cosworth DFV reconditionné à McLaren. Probablement celui qui a gagné le Grand Prix de Spa… 1968 ! Il est couplé à une boîte Hewland achetée elle aussi d’occasion.

Pour financer les 7000£ qu’a coûté l’auto et l’engagement aux 24h du Mans, Alain de Cadenet a trouvé de bon sponsors. Tout d’abord le cigarettier Camel, mais surtout le fabricant d’huiles Duckhams qui a donné son nom à l’auto. Ce n’est pas une première, Howmet, impliqué dans la TX à turbine (dont on parle ici) l’a déjà fait et Inaltera le fera plus tard. Les couleurs jaunes et bleu vont se faire remarquer !

C’est Chris Craft qui est chargé de déverminer l’auto à Silverstone où il couvre une vingtaine de tours. Quelques bruits de couloirs font état de tests “sauvages” sur l’autoroute M4, d’autres plus certains évoquent des essais sur les routes mancelles peut avant le grand rendez-vous.

Les 24h du Mans 1972

Gordon Murray n’est pas serein au pesage car il trouve son auto trop lourde, puisque les éléments sont dimensionnés très largement (comme Chapman, le poids est pour lui une fixette). Malgré tout elle est la plus légère des sports 3 litres !

Les essais sont surtout utilisés pour la mise au point par Alain de Cadenet mais c’est Chris Craft qui fera le temps de qualification avec un beau 4’03″09 qui classe la Duckhams LM en 11e position. Encourageant pour une première.

La course voit l’équipage bien s’accrocher. 10e à la fin de la première heure, De Cadenet se retrouve 9e quand son accélérateur grippé lui fait perdre près de 12 minutes vers 20h. 15e à 21h elle la Duckhams LM est 10e à 21h mais retombe à la 14e place dans la nuit quand on doit changer les disques de freins. Le moteur quand à lui ne montre pour l’instant aucun signe de fatigue.

9e au petit matin, le rythme est toujours bon et la Duckhams LM est même 5e à la 19e heure. Mais à la 22e heure une averse envoie Chris Craft dans les rails à Arnage. Le capot avant y reste et la réparation durera plus d’une heure. Finalement c’est à la 12e place que de Cadenet et Craft boucle leur tour d’horloge. Et le moteur a tenu bon !

La Duckhams LM ne s’arrêtera pas là !

Après cette première aventure réussie, la seconde course ne se passera pas comme prévue. Aux 6h de Watkins Glen, le Cosworth ne tient pas la distance !

On retrouve cependant la Duckhams LM en 1973. Alain de Cadenet l’a faite modifier, au niveau des capots avant et arrière, plus longs, afin de gagner en vitesse de pointe. De Cadenet et Craft partiront cette fois de la 15e place. La concurrence s’est renforcée et les Ferrari officielles sont dans la place !
Des soucis dans la première heure la relègue en queue de peloton avant que ce ne soit l’embrayage qui achève l’aventure à la mi-course.

La Duckhams LM, une F1 pour les 24 Heures !

On ne retrouvera la Duckhams LM en course que l’année suivante. Rebaptisée De Cadenet LM, le fabricant d’huile a réduit la voilure, elle a une nouvelle carrosserie sans queue longue. Elle va courir en dehors de la classique mancelle, à Zeltweg en Intersérie avec une belle 6e place.

Mais pour les 24h, Alain de Cadenet ne sera pas au volant en course, victime d’une fracture du bras peu de temps auparavant. John Nicholson, qui révise le Cosworth, sera au volant avec l’indéboulonnable Chris Craft. Cette fois ce sont les suspensions qui vont se révéler problématique. Après le bris d’un tirant dans la pitlane, un autre cassera et entraînera une sortie de piste définitive à la 15e heure. La cause est vite trouvée : les Dunlop vibrent bien plus que les Firestone précédemment utilisés.

C’est la dernière apparition de la Duckhams LM sous sa forme la plus connue. Par la suite elle est en effet vendue à Colin Hawker qui l’engagera en Super Saloon, toujours avec un DFV mais une carrosserie de VW Type 3. Il la rebaptisera d’ailleurs DFVW. Elle gagnera de nombreuses courses, il ne faut pas oublier qu’on est loin de la saloon car avec des éléments de F1 et une conception Gordon Murray.

La Duckhams LM de nos jours

Remise en configuration originale en 2002, la voiture est passée chez Ascott avant d’être vendue à Jacques Nicolet. À son volant la Duckhams LM a retrouvé des couleurs et des résultats. C’est en effet lui qui a remporté le Plateau 5 du Mans Classic 2018, devant les nombreuses Lola T70 !

Par la suite l’auto a été mise en vente et on attend maintenant de la revoir. Au Mans en 2021 ?

Source principale : Passion et Mans
Photos additionnelles : les24heures

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