Histoire de la Fiat S76, quand Turin lâche la Bête !

Histoire de la Fiat S76, quand Turin lâche la Bête !
bertrand
rédacteur et photographe à news d'anciennes. Passionné d'histoire et de véhicules anciens, il rejoint la rédaction de news d'anciennes en 2015. Armé de son fidèle Nikon, il écume les rasso et salons pour vous les faire découvrir.

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C’est l’auto de tous les superlatifs dont je vais vous parler aujourd’hui. Grosse, énorme, bestiale, quand la Fiat S76 apparaît dans ce 20e siècle naissant, elle aurait pu être la voiture de Dante. Mais avec sa robe rouge, son moteur crachant des flammes, on l’a supposée être un véhicule de Belzébuth sorti tout droit des enfers. C’était juste une machine inventée par des hommes pour un record, et avec son moteur de 28 litres, elle devait le pulvériser ce fameux Record Mondial de Vitesse Terrestre…

Et soudain la bête apparut !

En ce début de siècle automobile, la mode est aux records. Un record battu et c’est autant de presse et donc de publicité gratuite pour votre marque, que ce soit dans l’aviation ou dans l’automobile. Du côté de Fiat et après une vingtaine d’années d’existence, les affaires vont plutôt bien, prospèrent même. Mais la direction commence à être un peu agacée que ce soit d’autres marques qui soient mises en lumière grâce à leurs records décrochés.

C’est donc tout naturellement que Fiat se tourne vers le plus prestigieux, le Record Mondial de Vitesse Terrestre. Apparu quasi en même temps que la naissance de l’automobile en 1898, en moins de deux ans il fait tomber la barre des 100 km/h ! Il faudra attendre une dix ans pour la barre suivante des 200 km/h.

Ce dernier tombe dans les mains d’un Français, Victor Héméry, qui pilotait une 200 PS Blitzen-Benz, Benz éclair, en français. La voiture est un monstre de plus de 21 litres pour 4 cylindres. Cette fructueuse tentative avait lieu sur le circuit, tout neuf, de Brooklands. Il pulvérisa le kilomètre à 202,700 km/h exactement, le 6 Novembre 1909.

Fiat S76, la fureur du dragon !

Alors que l’allemande est basée sur un moteur maison. Les Italiens n’ont pas d’équivalent en stock. En ce temps-là les moteurs ne tournaient pas très vite, il fallait donc augmenter la cylindrée pour atteindre une puissance suffisante. Pour notre S76, les sorciers se tournèrent donc vers une motorisation qui faisait déjà ses preuves, mais dans le département aviation, celui d’un dirigeable pour être précis.

Ils jettent leur dévolue sur un gargantuesque 4 cylindres bibloc, deux fois deux cylindres, et 28.353 cm³ au total. Le moteur est fortement remanié, avec l’ajout d’un arbre en came en tête, un allumage triple bougie et quatre soupapes par cylindres. L’équipe en ressort 300ch, ce qui en 1910 est juste une prouesse et le monte sur une auto une folie.

La voiture prête et ses mensurations laissent pantois. Jugez par vous-même, un poids de 1,9 tonne en ordre de marche, 1,55 m de haut pour 3,75 m de long. La bestiole est très haute et ne possède pas de freins à l’avant. Comme c’est courant à cette époque, il est à main pour les roues arrière, grâce à un levier et on ajoute une pédale pour agir sur la transmission. La boite de vitesse possède quatre rapports, la transmission se faisant par chaîne. Pas d’amortisseur non plus, la suspension des essieux est seulement assurée par des lames semi-elliptiques, à l’avant comme à l’arrière.

Elle est essayée dans les rues de Turin, elle crache des flammes de plus d’un mètre sous un vacarme d’enfer, c’est là qu’elle attrape son surnom de « Belva di Torino » la Bête de Turin était née !

Fiat S76, la bête des records !

Pour sa première sortie officielle en 1911, la Fiat se retrouve sur le circuit de Brooklands, avec Pietro Bordino. Après quelques tentatives, il passe les 200 km/h. L’équipe constate que la voiture est donc capable de battre le record. Mais le circuit ne convient pas à la bête.

On remet donc quelque temps après. Cette fois c’est sur la plage de Saltburn-By-The-Sea. Cet endroit est bien connu, pour ses courses de vitesse. Mais le sable humide et peu compact ne s’accorde pas du tout à la lourde Fiat. Pietro ne dépasse pas les 180 ! Pire encore, et après quelques essais, l’italien perd le contrôle à 190, heureusement plus de peur que de mal, la voiture s’embourbe dans le sable. Mais Bordino prend peur et jette définitivement l’éponge.

C’est à ce stade que l’histoire devient un peu opaque, on ne sait plus si c’est vraiment à ce moment que Fiat revend sa voiture à un prince russe. Le fait est que Boris Shoukanoff la ramène en Russie et essaye de la piloter lui-même. Mais la bête ne laisse pas dompter comme ça, et il décide de passer le volant à un pilote dont c’est le métier et de, bien sûr, tenter de battre le record.

Par un froid matin de décembre 1912 à Ostend, il y a beaucoup de monde rassemblé sur la longue avenue longeant la mer. Cette fois c’est le Français Arthur Duray qui prend position derrière l’énorme volant de la Fiat. La voiture s’élance dans un fracas assourdissant, elle prend de la vitesse et accroche les 225 km/h, victoire pour le français ? Hélas non, car à la suite d’un problème technique dans le chronométrage, le record n’est encore pas validé. Mais l’Arthur est enthousiaste, la voiture marche fort et il pense que cette piste est trop courte et qu’avec une plus longue, il pourrait accrocher les 230, voir les 240… mais la Fiat rouge ne redémarra plus…

La bête renaît de ses cendres !

Ce qu’on est sûr en revanche, c’est que le prince revend son auto au brésil. De là elle se retrouve en Australie, où elle fut retrouvée. L’usine Fiat avait conservé un second exemplaire, sorte de mulet, là aussi les informations sont assez floues sur son utilisation pour les records. Mais ce dernier est démonté et recyclé pendant la Première Guerre.

Il faut attendre les années 2000 pour qu’un Anglais la retrouve en Australie, mais l’auto a souffert et n’existe plus que partiellement. Seuls le châssis et quelques éléments de carrosserie sont encore présents, mais sans moteur. Ce dernier est retrouvé chez Fiat qui l’avait conservé de son second exemplaire. Duncan Pittaway prend le pari de la reconstruire, il croise donc le châssis de la n°1 avec le moteur de la n°2. Puis avec le reste des pièces, quelques plans d’époques ainsi que des photos il reconstruit la bête. C’est chose faite en 2014, l’auto tourne.

Bravo a cet anglais et toute son équipe, pour avoir ressuscité cette magnifique auto. Quasiment 100 ans après, The Beast est de nouveau prête à rugir !  

Fiat S76, l’auto de Lucifer ?

Et pour rugir, elle rugit, croyez-moi sur parole ! Après l’avoir croisé en 2016 sur le salon Retromobile, j’avais raté se prestation extérieure, trop de monde étant présent, je m’étais découragé.

C’est en septembre 2019, lors de la commémoration de la course de côte de Gaillon, que j’ai pu faire sa connaissance de plus près. Le reportage est à lire ici. Et j’avoue que sa légende est vraie, c’est vraiment la “chariotte du diable” !

Cette Fiat pourrait être un mix entre une locomotive et un tank maléfique. Je me souviens de son apparition, de son énorme radiateur, de la longueur de son capot, sans parler de sa hauteur sur pattes. Mais ce dont je me souviens surtout, c’est du bruit et des flammes que crachait son moteur quasi maléfique ! À cause de la taille des flammes de près d’un mètre, les gens reculent à son arrivée, sans parler du bruit bien sûr, mais c’est un régal !

Ce qui m’a également frappé c’est qu’au premier coup d’accélérateur, la voiture semble étrangement maniable, presque svelte ! En tout cas, ce fut un vrai plaisir de voir cette Fiat S76 en vrai, on peut se rendre compte du phénoménal travail de reconstruction de Duncan. Grâce à lui, une légende a été ressuscitée !

On se prend à rêver que la bête vienne au prochain VRM 2021 ce serait génial de la voir sur notre autodrome national !

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