Bugatti Type 38, au volant d’une GT de son temps

Bugatti Type 38, au volant d'une GT de son temps
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Bugatti Type 38, au volant d'une GT de son temps
Benjaminhttp://newsdanciennes.com
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

À la une sur News d'Anciennes

Un rêve ? Absolument. Une appréhension ? Certainement ! Quand Osenat me convie à venir essayer une des autos qui sera proposée à une de ses prochaines ventes, c’est rare que je ne trouve pas d’auto qui me soit inconnue. Pour le coup, il y a deux auto françaises des années 20 qui me font de l’œil. Deux autos construites à Molsheim. Et c’est finalement à bord de la Bugatti Type 38 que je vais faire un tour.

La Bugatti Type 38 en bref

C’est elle qui vient remplacer la Type 30 à partir de 1926. L’empattement est allongé, l’auto se veut vivable avec des carrosseries cabriolet 4 places qui permettent de faire du Grand Tourisme (même si le nom est encore peu utilisé dans le monde automobile), mais on trouve aussi des coupés à 2 places, plus sportifs, mais toujours civilisés.

Car c’est ça la Bugatti Type 38 : une auto civilisée, conçue pour être performante, mais sur la route. Pour ça, elle utilise de nombreuses solutions venant de la reine des courses de l’époque : la Type 35. Ainsi le 8 cylindres en ligne de deux litres est identique à celui des 35A. L’essieu avant en reprend le dessin, utilisant simplement des barres au lieu des tubes. Elle se dote également de freins de grand diamètre, 33 cm, utiles quand on voit les performances de l’engin.

Au final, on se retrouve avec une version routière de la Type 35 (même si les différences sont là). Construites entre avril 1926 et la fin de l’année 1928, ce sont 386 autos qui rouleront sur nos routes… et il n’en resterait qu’une quarantaine !

Notre Bugatti Type 38 du jour

C’est une belle auto que l’on a devant nous. Avant de détailler sa forme, je me permet un petit aparté sur l’authenticité des Bugatti. Pour ceux qui ne seraient pas au courant, les autos de la marque alsacienne sont des voitures anciennes très particulières puisque leur authenticité est évaluée avec le nombre de pièces d’origine qu’elles ont toujours. Ainsi, on peut trouver des Bugatti qui seraient des copies totales, des Bugatti avec quelques éléments d’origine seulement, etc. Plus ces éléments sont nombreux, plus l’auto est authentique, plus elle sera chère.

On regardera du coup la concordance entre plusieurs éléments : la carrosserie, le moteur, la boîte, le pont sont les plus scrutés, tous les autres seront un plus.

Concernant notre Bugatti Type 38 du jour, sa forme n’est pas l’originelle. Les sources parlent d’une carrosserie de type Weymann qui aurait été remplacée par une autre caisse dans le style des torpédos de Lavocat et Marsaud. Par la suite, elle recevra la carrosserie présente de nos jours, dans le style des Torpédo Grand Sport de l’usine.

On retrouve donc un avant typiquement Bugatti sur notre auto du jour. Le radiateur reprend la forme de celui de la Type 35. Fin, haut, il est surmonté par le logo de la marque et son bouchon sert à contrôler la température de fonctionnement. La grille du radiateur est d’ailleurs protégée par une grille rapportée et fixée autour du bouchon.

L’avant permet de voir toute la mécanique. La géométrie et le fonctionnement des suspensions sont limpides, même chose pour la direction. Les câbles de frein et les poulies sont bien visibles.

Les énormes phares Marchal sont haut et ils sont doublés par d’autres, plus petits, situés plus bas. Les roues sont vraiment tout en avant de l’auto et surmontées par de petits garde-boue, un apanage très sportif de l’époque.

Le profil de la Bugatti Type 38 montre une certaine simplicité. Le capot est assez long et un pare-brise légèrement incliné et parfaitement plat le termine devant l’habitacle. Du côté droit on retrouve la roue de secours et du côté gauche c’est la porte, la seule, qui permet d’accéder aux 4 places. Les roues à rayon attirent l’œil, les garde-boue arrière, encore plus enveloppants que ceux de l’avant, aussi.

L’arrière est simple : il se termine par une pointe arrondie. Le réservoir est bien visible sous la carrosserie avec son bouchon à gauche. On retrouve également la présence d’un coffre à bagage avec un couvercle.

En tout cas cette carrosserie sied parfaitement à notre auto et à son époque. Sportive, simple, elle en impose sans être ostentatoire. Beau travail !

L’habitacle : simple et efficace

Oui, on ne parlera pas d’intérieur pour cette Bugatti Type 38 puisque, même quand la capote est en place, la majeure partie de l’habitacle reste ouverte aux vents et à la pluie. Ça met dans l’ambiance !

La planche de bord noire est bien pourvue en compteurs. Vitesse, régime moteur, pression d’huile, témoin de charge et jauge à essence sont secondés par une montre. Le tout vient de chez Jaeger. Le luxe !

Ils sont tous placés au centre puisque derrière le volant, ce sont les commandes. On trouve une molette pour allumer les phares, une clé de contact, une manette pour l’avance à l’allumage et une autre qui est un accélérateur à main. Le volant est énorme vu de 2021, mais c’est commun sur les autos de cette époque.

En dessous on retrouve deux pédales à gauche et une commande à roulette pour l’accélérateur. Le levier de vitesse est planté, droit comme un I, sur sa grille et derrière lui c’est le frein à main qu’on retrouve.

Les quatre sièges sont bien étroits. Avec leur cuir patiné, ils mettent dans l’ambiance. Bon, par contre, il faudra faire attention au gabarit des occupants des places arrières. Si on recule un seul des sièges avant, il n’aura plus de place. D’ailleurs la banquette arrière voit son dossier servir de fermeture au coffre à bagages.

Sous le capot : la bête

Sous le capot de la Bugatti Type 38 on retrouve donc un 8 cylindres en ligne. Ce moteur de 1991 cm³ est le même que celui des Type 35A. Le A est important puisque c’était la version de base. Le vilebrequin tourne alors sur des roulements à billes et pas à aiguilles et ces paliers ne sont “que” 3 et pas 5. Au rayon des autres différences, on retrouve également un allumage par distributeur et pas par magnéto.

Cela dit, le moteur reste évolué pour l’époque. Avec trois soupapes par cylindres commandées par un arbre à came en tête, il permet de sortir pas moins de 65 ch. Le double de certaines populaires de même cylindrée qui sont alors sur les routes.

Ce moteur est relié à une boîte 4 qui permet d’emmener la Bugatti Type 38 à 130 km/h. Un joli chiffre pour l’époque, néanmoins pénalisé par le poids de l’auto : environ 1100 kg.

Pour le reste de la technique, on retrouve donc des freins à câbles de grand diamètre, un boitier de direction avec des systèmes de renvois. Bref, une auto évoluée de l’époque… qui m’impressionne énormément !

Au volant de la Bugatti Type 38

Bien avant de démarrer le moteur, je vais quand même tester une chose toute simple : est-ce que je rentre dedans ? La réponse est rapide : oui mais c’est pas très pratique. Le siège est réglé pour l’ancien propriétaire, plutôt avancé. Le volant est très près de moi, mais c’est un souci que je retrouve également dans des autos bien plus “jeunes” que la Bugatti Type 38. Le problème vient plus de mon genou droit qui est coincé entre le volant et la carrosserie. On passe alors par une séance de démontage et remontage du siège, et c’est beaucoup mieux.

Maintenant, il va falloir démarrer. Pour le coup, heureusement que Baptiste est avec moi, parce que la procédure n’est pas vraiment innée. D’abord, il presse les deux petits poussoirs situés sur les carbus jusqu’à ce qu’ils soient bien remplis. Ensuite je met le contact et j’attrape la boucle du câble situé sous le tableau de bord. C’est la commande du starter ! Je vérifie que je suis bien au point mort et mon pied gauche vient chercher un bouton présent sur le tablier : c’est lui qui actionne le démarreur.

Dans un bruit très métallique il se met en route et le moteur part. Un ou deux coup d’accélérateur plus tard, je relâche le starter. Je continue pour autant à accélérer un peu histoire que le moteur se stabilise. C’est chose faite. Bon, maintenant c’est le moment de vérité : je vais conduire une Bugatti Type 38, sur la route, au milieu des SUV diesel !

Le point de patinage de l’embrayage est trouvé assez facilement. Pour ce qui est de l’accélérateur, malgré la forme de la commande et sa course réduite, c’est plus facile que ce à quoi je m’attendais. La belle alsacienne démarre. Le bruit monte vite, mais je préfère rester encore en première jusqu’au stop qui signifie mon entrée dans l’arène, connue comme le réseau secondaire d’île de France.

Le voilà qui s’approche, c’est le moment de m’arrêter. Le freinage de la Bugatti Type 38 n’a rien à envier à certaines populaires qui accusent 20 à 30 ans de moins. Évidemment on est loin d’une moderne, évidemment le dosage reste compliqué puisqu’il faut vraiment appuyer fort pour ressentir l’effet du freinage, mais au moins je m’arrête là où je veux, et pas au milieu de la route.

Peu de visibilité à droite, plus à gauche. Personne n’approche, c’est parti. Le démarrage est toujours aussi facile et le moteur pousse bien. Très vite la première n’est plus d’aucune utilité et je passe la deuxième. Évidemment le passage ne se fait pas à la volée. Déjà parce qu’il faut passer par un double débrayage, la boîte n’étant pas synchronisée, et puis également à cause du maniement de la boîte. Le levier est grand, haut, et la grille est minuscule. Du coup les débattements sont courts. Pour autant ce n’est pas forcément si facile de rentrer le bon rapport. En tout cas sur les premiers mètres, je m’y fait vite.

La Bugatti Type 38 est bien à son aise sur la route. Le 8 cylindres permet d’évoluer assez bas dans les tours à une vitesse tout à fait compatible avec la circulation moderne. Ne me faites pas dire de bêtises : je ne roule pas si vite. Je suis encore loin des 80 km/h, il faut que je me familiarise avec la direction maintenant. Parce que ces énormes roues, fines, elles aussi me font un peu peur.

Le volant, tout aussi énorme, les commande plutôt bien. La Bugatti Type 38 tourne, j’avoue que je tourne presque trop. Je n’ai pas eu besoin de changer de vitesse dans cette grande courbe, le moteur est suffisamment performant pour relancer comme il faut pour la suite. Je laisse à Baptiste le soin de régler l’avance en fonction de notre vitesse.

Petit à petit, je me détend. La Bugatti Type 38 n’est pas aussi simple à conduire qu’une citadine moderne, mais elle n’est, au final, pas beaucoup plus compliquée que la Type 57 Galibier que j’avais essayé il y a quelques années. Son gabarit fait que je me sens d’ailleurs plus à l’aise dans les virages au volant de cette auto de 1926 que dans la grosse berline de l’immédiat avant-guerre.

Aucune auto moderne n’est suffisamment dérangée par notre présence et notre allure pour nous doubler. C’est un bon point. Les virages un peu serrés demandent de redescendre un rapport. C’est toujours un peu long pour bien débrayer une première fois, bien passer au point mort, bien débrayer une seconde fois et décomposer le mouvement de la main gauche pour rentrer le rapport inférieur. Mais j’avoue que je pourrais m’y faire assez vite.

Un village arrive. Il est avalé de façon très facile. Le feeling particulier de la direction est compensé par la faible largeur de la Bugatti Type 38 et la parfaite visibilité que j’ai depuis le siège de droite. Les ralentisseurs, si communs, ne sont qu’une formalité. Ils sont bien moins cassants dans cette auto à grandes roues et à la garde au sol élevée que dans la plupart des modernes. Le confort est d’ailleurs bon et c’est plus dû aux trains roulants qu’aux sièges qui ne sont pas si épais.

Je me décrispe et j’apprécie enfin. Je ne vais pas mentir en disant que j’ai totalement assimilé le mode d’emploi mais ce village était un des points noirs du parcours du jour. Et tout s’est passé à la perfection. La Bugatti Type 38 est une parfaite voyageuse et sait vous le rendre si vous prenez soin d’elle.

Encore quelques kilomètres et c’est bon. J’en ai fini de ma prise en main de cette Bugatti Type 38. Je descend avec la satisfaction de m’en être plutôt bien tiré, et la fierté d’avoir conduit un morceau d’histoire, un mythe de cette époque là.

Conclusion :

Un sacré moment. La conduite d’une Bugatti Type 38 est quelque chose d’assez incomparable. Parler de sa difficulté ou de sa facilité de conduite est compliqué puisque c’est le genre d’auto dont le maniement ne s’improvise pas. Soit vous avez déjà fait, soit vous avez un bon instructeur et c’était mon cas.

Une fois cette partie passée, on se retrouve au volant d’une auto très agréable. Une vraie plongée dans un passé oublié où le conducteur était un pilote, surtout au volant d’une auto performante comme celle-ci. On redécouvre des sensations et une conduite assez exigeante, bien plus que dans des autos qui ne sont que 10 ans plus jeunes (une Traction ou la Celtaquatre par exemple). Et puis on se retrouve au volant d’une auto performante mais plutôt confortable. Une vraie GT en fait !

Dernier point, la Bugatti Type 38 est une expérience même lorsqu’on est pas au volant. Et si vous avez une véritable appréhension, c’est certainement comme ça que vous l’apprécierez le mieux !

Les plusLes moins
Un vrai perfectionnement technique…… d’époque
Un blason prestigieuxUne auto de connaisseur
Une auto sécurisante…… qui demande un temps d’adaptation

Pour le coup, je passe sur la partie notation. La Bugatti Type 38 est, comme beaucoup d’autos de ce genre et de cette époque, une auto à part qui ne peut pas vraiment se comparer aux autres…

Conduire une Bugatti Type 38

Avec une quarantaine d’exemplaires survivants, conduire une Bugatti Type 38 n’est pas si courant, que ce soit en France ou à l’étranger.

Le modèle qu’on vous présente ici sera proposé aux enchères le Lundi 21 Juin par la maison Osenat.

C’est donc une auto qui roule bien, et c’est un plus. On ajoutera aussi à son crédit que de très nombreux éléments sont d’origine. Châssis, boîte, pont arrière, essieu avant sont d’origine. Sa carrosserie est donc relativement récente quand à son moteur il n’est pas d’origine. Son premier moteur ayant été prélevé pour construire une Type 35A, c’est un moteur argentin qu’on trouve sous le capot. Il perd en authenticité mais sa réputation est excellente. L’auto est estimée entre 300 et 400.000 €, vous trouverez son historique et les infos complémentaires sur le site d’Osenat par ici.

Merci à l’équipe d’Osenat de nous avoir proposé cet essai. Maintenant on est parés pour la marche suivante, à suivre…

Fiche Technique de la Bugatti Type 38
MécaniquePerformances
Architecture8 cylindres en ligneVmax± 130 km/h
Cylindrée1991 cm³0 à 100 km/hNC
Soupapes24400m daNC
Puissance Max65 ch à 5700 tr/min1000m daNC
Couple Max250 Nm à 4000 trs/minPoids / Puissance16,9
Boîte de vitesse4 rapports manuelle

TransmissionPropulsion
ChâssisConso Mixte
Position MoteurLongitudinale avantConso Sportive
FreinageTambours AV et AR
Dimensions LxlxhDépend des autosCote 2021Dépend de l’auto
Poids1100 kg à vide

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Bugatti Type 38, au volant d'une GT de son temps

Sur le même thème

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Nos derniers articles