Au volant d’une Lotus Esprit Turbo SE, pas de light, mais du sport

Au volant d'une Lotus Esprit Turbo SE, pas de light, mais du sport
Benjaminhttps://newsdanciennes.com
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

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La base quand on écrit un article sur une Lotus : parler d’un moteur pas très très puissant, s’étendre sur les qualités du light is right et conclure que c’est une auto parfaite pour les virage. Sauf que la voiture que nous a confié Osenat (et qui sera proposée lors de leur vente du 25 Janvier dont on reparle très vite), c’est une Lotus Esprit Turbo SE et qu’en fait, pas grand chose de ce que j’évoque ne s’applique vraiment. C’est parti pour l’essai d’une voiture pas comme les autres.

L’histoire DES Lotus Esprit

La voiture a eu tellement de vies que parler de LA Lotus Esprit est un peu limité. À la base c’est Chapman qui conçoit cette auto… très égoïstement pour un usage strictement personnel. Sauf que la recette est bonne et Lotus y voit un moyen de s’attaquer à des autos de la classe supérieure, Porsche 911 et berlinettes Ferrari en tête.

Cette recette c’est quoi ? On reprend le châssis poutre de l’Europe et on l’élargit à l’arrière pour lui greffer le moteur 2 litres 16 soupapes de 160 ch qu’on a vu apparaître… sur la Jensen-Healey, mais qui est bien un Lotus. On habille finalement le tout d’une carrosserie très proche du concept commandé à Italdesign et dévoilé en 1972.

La Lotus Esprit est née en 1975 et les premières autos arrivent sur les routes en 1976. La nouvelle Lotus n’est pas très light, elle accuse 1220 kg sur la bascule !
Plus tard appelée version S1 elle est remplacée par la S2 en 1978 avec le moteur porté à 2174 cm³ mais la même puissance. En 1980 on greffe un Turbo au moteur qui porte la puissance à 210 ch. La S3 qui apparaît en 81 envoie le signal que les autos sont fiabilisées.

La vraie nouveauté arrive en 1989 quand Peter Stevens reprend le style en le modernisant et l’arrondissant et en greffant un aileron à l’arrière. Lotus en profite pour troquer la boîte de Citroën SM contre une Renault. La Turbo SE apparaît alors avec une puissance de 264 ch et 20ch de plus avec un overboost ponctuel. En 1994 la S4 adopte la direction assistée et l’effet de sol puis les versions S approcheront des 300 ch. La dernière version apparaît alors que l’auto a 20 ans en 1996. C’est la V8 de 350 ch qui vise le marché américain et qui restera en production jusqu’en 2004.

Au total en près de 20 ans ce sont 10675 autos qui auront été produites.

Notre Lotus Esprit Turbo SE du jour

La ligne : arrondie en gardant l’esprit

On ne peut pas le nier. La ligne des premières version était très tendue, avec beaucoup de surfaces planes. La version de 1989, qui est également l’année de cette auto que nous confie Osenat, est plus ronde et plus moderne. Du moins pour l’époque.

Cela dit on a pas perdu l’idée de la Lotus Esprit d’origine. Les lignes adoucies restent tendues. L’avant est au final très proche de celui de la Elan M100 sortie la même année c’est lui qui a reçu le plus d’attention. L’arrière est lui plus proche de la voiture originelle, même si l’aileron la différencie. Celui-ci est greffé avec un certain succès. Au final les vitrages sont certainement les éléments les plus proches des premières Esprit.

La Lotus Esprit Turbo SE veut qu’on sache l’identifier. Les badges distinctifs s’installent sur les ailes arrières tandis que derrière l’arche de roue avant on indique bien qu’il s’agit désormais d’un design Lotus.

En tout cas la ligne reste harmonieuse. Large et basse, l’auto paraît longue… et résolument sportive. Elle n’a peut-être plus la personnalité, ni la finesse, des origines mais reste bien proportionnée et elle attire suffisamment l’œil des des badauds qui la prennent pour une Ferrari voire une Lambo !

L’intérieur : déconseillé aux grands gabarits et aux petits clostro !

Non, le cuir étendu n’est pas réservé qu’aux Jag, Aston, Bentley et Rolls. La Lotus Esprit Turbo SE ne joue pas le Light et ça se ressent. L’intérieur crème de notre modèle du jour a plutôt bien vieilli. Mais on remarque quelques traces d’usure au dessus du frein à main situé sur le seuil. C’est assez logique car ce seuil est assez large, et il faut bien rentrer dans notre auto. Si vous dépassez allègrement le mètre quatre vingt, vous aurez d’ailleurs du mal à le faire.

Le tableau de bord de notre modèle est plaqué bois pour aller encore plus loin dans le côté luxe ! L’instrumentation est riche, température et pression pour l’eau comme pour l’huile, compte-tour et tachymètre, pression de turbo, on est paré pour bien surveiller l’auto… Si ça fonctionne. Car Lotus a toujours gardé un côté artisanal qui n’a fait que prononcer la tendance des anglaises à avoir une électricité aléatoire (au mieux).

On s’étonnera quand même du tunnel central plutôt volumineux. Pas de roues avant motrice, ni de moteur avant, mais comme le châssis est une poutre, faut bien le caser quelque part. Aucun risque que vous n’effleuriez “accidentellement” la cuisse de votre passager(ère) ! Bref, c’est pas très large, il faudra faire avec.

Moteur : il a fait ses preuves

Ce moulin 100% Lotus, c’est important de le signaler est bien caché. Mais quand on le regarde, on ne le manque pas. Tout de rouge peint, il affiche la couleur. Si le reste de l’auto est sobre, lui vous rappelle qu’on est dans une Lotus et que le sport reste dans l’ADN de la Lotus Esprit Turbo SE. Avec 265 ch de base et 285 si on a besoin de se tirer la bourre avec une NSX (par exemple) on a une cavalerie largement suffisante à notre disposition. Reste maintenant à s’en servir.

Au volant de la Lotus Esprit Turbo SE

Monter dans l’auto n’est pas si difficile. Il faut dire que je n’ai pas opté pour la doudoune que le temps imposerait pourtant et que je ne suis pas non plus un géant. Par contre, j’ai besoin d’une précision, et je dois redescendre. Déjà ça se complique. Là je vous recommande de vous être assoupli AVANT, et je me demande comment on fait quand on a bouffé trois heure de route.

Bref je me réinstalle. La position de conduite est bonne et le fait qu’on soit coincé entre la porte et le tunnel fait oublier qu’on a les jambes un peu décalées. Alors il faut d’abord que je désactive l’alarme. La clé est dans le trousseau qui est sur le contact. Là il vaut mieux qu’on vous l’ai dit avant, il y a un bouton à pousser pour la dégager. Une fois l’alarme désactivée, on peut lancer la mécanique.

Si vous aimez narguer votre voisin qui roule en Zoé, optez pour une Mustang à l’échappement libéré ou une italienne. Notre Lotus Esprit Turbo SE ne fait pas plus de bruit que n’importe quelle auto avec un 4 cylindres de deux litres. Ni à l’extérieur, ni à l’intérieur d’ailleurs. Les pédales ne sont pas très dures et offrent un feeling assez progressif. J’appuie sur celle de gauche, je passe la première, qu’il faut bien pousser, et voilà.

La Lotus Esprit Turbo SE démarre sans trop de bruit et s’insère assez facilement dans la circulation urbaine. Le moteur fait preuve d’une belle souplesse qui engage à passer la seconde. À ma première tentative, c’est raté. Le fait que le levier soit assez haut me fait faire un mouvement pas forcément très naturel et le cran qui maintiendra la vitesse enclenchée m’a fait croire qu’elle était rentrée. Deuxième tentative, c’est bon. Bonne résolution pour la suite : bien décomposer.

Route qui s’ouvre : sportive qui se réveille

Une fois le rond-point marquant la séparation de la N7 et la N6 dépassé, la grande ligne droite que j’ai devant moi m’indique que je vais pouvoir tester le moteur. Je vais le faire progressivement, la température extérieure n’aide pas notre 4 cylindres à chauffer.

En troisième j’appuie un peu plus sur la pédale de droite. Le moteur se fait plus présent, sans être vraiment bruyant pour autant, et un bruit de succion se fait entendre. Ah, le Turbo ? Oui, l’aiguille de pression marche et m’indique que c’est bien lui. Je suis loin d’avoir le pied au plancher mais déjà je sens la poussée s’intensifier. On verra ça plus tard.

La direction est toujours aussi ferme. Pas lourde, ferme. Et très précise. Pas besoin de corriger sans cesse, pas besoin non plus de trop tourner pour prendre un virage. Même en accélérant un peu et en trouvant des virages plus serrés, le feeling reste le même. Si vous vous demandez ce qu’on appelle un scalpel, voici un exemple. L’amortissement de la Lotus Esprit Turbo SE est excellent. Certes notre auto, avec les pleins et le bonhomme dépasse la tonne et demi, mais elle est loin de se vautrer. Pour autant sur les nombreuses bandes rugueuses qui préviennent des virages sur cette route les vertèbres ne souffrent pas outre mesure. D’ailleurs les bandes se multiplient, voilà “l’escargot” et on va voir ce qu’on va voir.

Sportive sans aucun doute

Les freins n’avaient pas été franchement sollicités jusqu’à présent et révélaient un feeling très classique. Même en tapant un peu plus dedans, rien à redire de ce côté. Ça freine vraiment, et en plus en ligne.

Au moment de tourner, la voiture se place vraiment là où je veux avec toujours ce délice de feeling dans la direction, sans avoir besoin de tricoter avec les bras. Au moment de réaccélérer l’absence d’électronique de cette version se rappelle à moi. L’arrière n’était pas loin de vouloir dessiner une belle virgule. Le gras de la route est le premier responsable de cela, mais en tout cas la Lotus Esprit Turbo SE me prévient que si je veux jouer, elle répondra. L’enchaînement de virage passé, voilà une belle ligne droite qui s’ouvre.

Allez, le moteur est presque chaud, on va voir si ça se confirme. Accélérateur pas au fond (la route n’inspire pas confiance) et revoilà ce petit bruit… et le coup de pied aux fesses suit. Franchement je ne m’attendais pas à ressentir un effet turbo en me levant ce matin, encore moins dans une Lotus. C’est bluffant et c’est grisant. Je ralentis même pour en reprendre une dose sans pour autant exploser les limitations de vitesse.

Parce qu’en fait, les vitesses que peut atteindre cette auto… sont bien au delà de ce que la dame Chantal peut envisager. La Lotus Esprit Turbo SE reste une sportive. Et une vraie.

Mais elle sait aussi se montrer docile. Quand le rythme redescend, elle peut cruiser. Le moteur ne vous cassera pas les oreilles, surtout en 5e, les bras sont bien là où il faut sur le volant tandis que vos deux coudes sont posés de part et d’autre. Le siège est confortable. L’auto radio fonctionne. Bref, tout va bien sur la route vers Fontainebleau.

Conclusion : pourquoi tu me parles de ta Porsche ?

Au final, quand on descend de la Lotus Esprit Turbo SE, avec difficulté, d’accord, on se demande pourquoi elle n’a pas plus de succès. Le prix d’une telle auto en fait une concurrente à bien des sportives contemporaines, Porsche comprise. Certes une 964 pourra prendre le dessus en performances pures. Mais elle n’aura pas le charme de notre anglaise du jour.

Qu’est ce qu’on peut lui reprocher ? À celle-ci pas grand chose. Tout marche, et marche bien. Mais dans Lotus Esprit Turbo SE il y a Lotus et il est vrai que quand ça ne veut pas marcher, ça peut être un casse-tête. Mais est-ce que ça vaut le coup de se priver du plaisir de la conduire pour autant ?

Un grand merci à l’équipe d’Osenat Automobiles pour le prêt de cette auto et aux établissements Rousseau pour leur accueil.

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Points fort Points faible
Feeling de conduite lightPoids pas light
Effet Turbo étonnantHabitacle exigu
Perfs de premier planFiabilité généralement incertaine
Rapport prix/perfs
Image Au volant d'une Lotus Esprit Turbo SE, pas de light, mais du sport
Entretien Au volant d'une Lotus Esprit Turbo SE, pas de light, mais du sport
Plaisir de Conduite Au volant d'une Lotus Esprit Turbo SE, pas de light, mais du sport
Ergonomie Au volant d'une Lotus Esprit Turbo SE, pas de light, mais du sport
Facilité de conduite Au volant d'une Lotus Esprit Turbo SE, pas de light, mais du sport
Note Totale Au volant d'une Lotus Esprit Turbo SE, pas de light, mais du sport

Rouler en Lotus Esprit Turbo SE

Pas si facile d’en trouver une. Il faut dire qu’elle n’est pas très courante avec moins de 2000 autos fabriquées. Le prix d’achat reste mesuré. Celle-ci sera donc proposée chez Osenat le 25 Janvier et l’estimation est comprise entre 25 et 30.000 €. Franchement au regard des prestations, c’est justifié, surtout que c’est actuellement dans la fourchette basse du modèle et qu’on le répète, dans celle-ci tout fonctionne.

Par contre, en effet, avant d’en acheter une, mieux vaut déjà vous être intéressé aux professionnels proches de chez vous qui pourront s’en occuper. Une Lotus Esprit Turbo SE reste artisanale et même si l’électronique n’est pas présente, les pannes électriques guettent. Quand au reste, les durites ont tendance à mal encaisser la chaleur de l’ensemble et il faut les changer régulièrement, tout comme la pompe à eau du chargecooler.

Fiche Technique de la Lotus Esprit Turbo SE
MécaniquePerformances
Architecture4 Cylindres ligneVmax263 km/h
Cylindrée2174 cm³0 à 100 km/h5,4 s
Soupapes16400m da13,5
Puissance Max265 ch à 6500 tr/min1000m da25 s
Couple Max354 Nm à 3900 trs/minPoids / Puissance5 kg/ch
Boîte de vitesse5 rapports manuelle

TransmissionPropulsion
ChâssisConso Mixte10 L/100 km
Position MoteurLongitudinale centraleConso Sportive20 L/100km
FreinageDisques ventilés AV, pleins ARCote 1989552.200 Frs
Dimensions Lxlxh435 x 186 x 114 cmCote 201930-40.000 €
Poids1425 kg

Photos additionnelles : Osenat

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1 COMMENTAIRE

  1. Bonjour, en 1991 époque GM /LOTUS Un souvenir , ambiance k7 (Pretty woman), au volant de l’Esprit SE sa découverte. A Hethel le pilote d’essai Lotus Français (au volant !) me fit découvrir les perfs aussi incroyable qu’inconnue de l’Élan SE M100 Quelques années plus tard la S4 2.2 overboost rodage 10000km ! En suivant carnet et conseils Lotus Hethel ; que du bonheur sur de très nombreuses années. Puis sa version cabriolet eh oui même châssis poutre plus légère moins de 1000 kg et encore plus rare la M100 no cat .1992. Effet de sol, tenue de route une ambiance Brtish par Lotus , what else …

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