Les Autos de l'Équipe : la Lancia Delta de Julien

Les Autos de l’Équipe : la Lancia Delta de Julien

Ce confinement est l’occasion pour vous d’en savoir un peu plus sur les autos de ceux qui composent l’équipe de News d’Anciennes et qui en dit parfois beaucoup (c’est mon cas) sur les catégories d’anciennes que chacun apprécie. Pour ma part, à quelques exceptions près, je n’aime que les voitures de compétition (originales ou street legal) et dérivés. À mon tour de vous présenter ma voiture à pédales : une Lancia Delta HF Integrale. Andiamo !


Ma Lancia Delta en quelques mots :

Il s’agit d’un modèle HF Integrale KAT, KAT pour catalysée, un modèle produit pour le marché suisse. Première mise en circulation en novembre 1989, arrivée en France chez un frontalier au début des années 2000, puis en Seine et Marne chez la personne à qui je l’ai achetée en 2009. Nous y reviendrons plus tard.

Quelques infos sur le modèle, qui est assez spécifique et peu répandu (2700 exemplaires construits et aucun pour la marché Français à l’époque) :


La version KAT, sortie en 1989, n’a pas pu s’offrir le moteur 16 soupapes pour des questions de norme anti-pollution. Exit donc la Delta 2.0 16v de 200cv, le bloc est un 2.0 8v non pas de 185cv (comme les 8v « classiques ») mais de 177cv avec l’adjonction du système antipollution (catalyseur, sonde lambda, vanne EGR, récupération des vapeurs d’huile et divers recirculations d’air et d’huile, rien ne se perd…)

En 1989, Lancia a donc sorti la version 16v de son intégrale… Et les mises à jour par rapport à la version 8v sont nombreuses (outre le moteur)… Les trains roulants sont différents, les jantes sont passées de 6,5Jx15 à 7Jx15 pour une monte de pneus passant de 195x50r15 à 205x50r15. La transmission évolue également pour une répartition du couple passant de 56%/44% à 47%/53% afin d’obtenir une auto plus facile faire tourner sur les spéciales de rallye asphalte. Esthétiquement, le capot est bombé pour accueillir la culasse 16v, et le bloc compteur est différent.

Qu’à cela ne tienne, Lancia offre donc au marché Suisse une version hybride de la Delta, qui bien que ne pouvant bénéficier de la motorisation la plus puissante, pourra se consoler avec les autres caractéristiques de la Delta HF Integrale 16v ! Pour faire simple, une Lancia Delta HF Integrale KAT, c’est une 16v (avec tous les éléments et évolutions spécifiées ci-dessus) sur laquelle un bloc 8v « dépollué » a été greffé. Le turbo est différent de celui des modèles 8v, la gestion également, de sorte que les performances ne soient pas en recul bien que l’auto soit moins puissante (couple plus linéaire, comme sur la 16v, contrairement à la 8v et son turbo plus gros et plus brutal mais avec une plage plus faible).

 

 


Pourquoi elle ?

Contexte : j’avais 20 ans, vraiment envie d’une voiture à caractère sportif, sans pour autant envie de prendre une Clio RS2 172 ou 182 comme beaucoup (bien que ce soit une très bonne auto). En premier lieu, je regardais surtout les Porsche 944 et les Alfa GTV 916 V6 3.0 et V6 2.0T. Je me souviens, on passait des heures avec les copains sur zeperf, à checker les performances des voitures pour avoir une voiture plus ou moins équivalente à une Clio RS et qui me plaise esthétiquement.

Je suis allé voir deux 944. La première n’était pas très bien conservée, pas mal bosselée, suivante. La seconde, plus propre, mais elle validait mon ressenti de la première essayée : c’est un GT, on est bien assis, il y a l’ambiance Porsche avec l’instrumentation, mais c’est plat… Il y a du couple, mais pas de sportivité. Pas pour moi.

J’essaie ensuite un GTV 2.0 V6 turbo, là on est dans le sport. Mais la voiture n’a aucune aura, et pour les hérétiques, c’est une voiture tuning. J’ai 20 ans, pas envie d’être regardé sans arrêt ni d’être arrêté par la maréchaussée en permanence. Le cœur gros je décide de ne plus regarder ce modèle (je suis Alfiste à l’époque je roule en 147 comme daily et j’adore cette voiture).

 

L’évidence…

Puis avec un ami on se met à regarder les Delta. Au début ce n’est pas trop le coup de cœur mais plus je vois des annonces plus j’apprécie la voiture. On en trouve une pas loin de chez nous, je téléphone, on discute avec le proprio, bon feeling on va la voir. Elle est gris foncé, pas la couleur que je préfère, mais allons-y. Le modèle vu n’est pas pour moi, pas mal modifiée, un peu corrodée, sellerie abîmée, trop de travaux pour moi. Mais je suis sous le charme, l’essai est hyper concluant. Je reverrais toujours la tête de mon pote dans le rétro (tête penchée qui touchait le ciel de toit avec ses 1m90 mais une banane jusqu’aux oreilles). C’est sûr et certain, je suis en quête d’une Delta ! Ça sent l’essence, ça marche fort, ça freine pas mais ça tient la route, le modèle est mythique. Tout pour me plaire.

Armé de nombreuses lectures sur l’achat de ce modèle, j’épluche les annonces chaque jour, pendant… 6 mois. Je suis étudiant, j’ai un budget correct pour le modèle mais tout de même serré. À mon prix il y a du correct et des rêveurs qui vendent des épaves au prix des voitures roulantes avec CT ok et peu de travaux. En octobre je tombe sur l’annonce de mon Graal, dès la parution j’appelle et je vais la voir à 30min de chez moi… Lorsque je la vois, je n’y crois pas. Kilométrage raisonnable, historique limpide, rouge avec toit ouvrant, pile ce que je cherchais, 100% d’origine, très bon état général, très peu de corrosion (un peu sur la baie de pare-brise et la lunette arrière, classique, mais rien d’autre), véhicule bien traité, pas de fissures de caisse, bon contact avec le propriétaire.

Essai routier impression validée, l’auto est très saine, rien à redire. C’est elle. Je fais une offre le jour même au propriétaire. Il réfléchit et me rappelle le lendemain pour accepter. 10 jours passent, le CT passé je viens la récupérer. Le propriétaire, ému, me laisse partir avec, l’aventure commence !

Quelques moments à son volant

Ce n’est pas une auto pour faire du tourisme à la base, et à son volant, difficile de rester raisonnable… C’est un pousse au crime. Beaucoup de ballades sportives le week-end sur des routes de campagne à arsouiller quand la visibilité est bonne. Quelques rallyes touristiques. Ce que j’apprécie particulièrement, c’est que pour ceux qui n’y connaissent rien, c’est juste une voiture cubique qui ne suscite aucune émotion ni réaction, mais pour ceux qui connaissent, l’accueil est très amical.

Beaucoup de motards qui en doublant ralentissent à notre niveau et nous saluent ou font un signe du pouce. Ou en encore les personnes qui possèdent de modèles voitures typés sport (Leon FR, Cupra, Golf GTI, etc, vous m’avez compris) qui veulent tirer la bourre juste pour le plaisir. C’est assez plaisant et tant que c’est respectueux aucun problème.

Mon meilleur souvenir est un rallye historique, le WRC Ile de France, organisé chaque année par Christophe Rio, qui réunit chaque année de belles autos principalement orientées rallye type Cosworth (Escort + Sierra), Delta, Lotus, 911, Stratos, BX 4TC… J’ai participé avec l’ami grâce à qui ma recherche d’ancienne avait permis d’aboutir sur l’achat d’une Delta. Nous avons passé une super journée dans la vallée de l’Essonne et la Juine avec ¾ de plein consommé sur 250km ! Joli score.

Mais sur cette voiture, j’ai plus de souvenirs sous le capot qu’à son volant, donc allons-y.

Ce que j’ai fait dessus :

Des bêtises. De jeunesse. Cela résume assez bien.Dans l’année qui a suivi son acquisition, j’ai fait remplacer l’embrayage, un parallélisme et une vidange.

Oui mais voilà, je suis maniaque, la voiture a un peu de rouille sur la baie de pare-brise, la lunette arrière et le moteur a des suintements d’huile à chaque jointure…

Alors un an après son acquisition, j’entreprends une réfection complète du moteur. Dépose et démontage complet, j’envoie la caisse en carrosserie et j’attaque le remplacement de tous les joints, coussinets, segments, je remplace le turbo, passe en collecteur et ligne inox, remplace les disques et plaquettes, ressorts d’amortisseurs… Beaucoup de pièces y passent. Les soupapes sont un peu marquées, je les remplace, la culasse passe au surfaçage, je rode les nouvelles soupapes, joints de queues de soupapes neufs. Le moteur est prêt à être remonté. Il s’est écoulé un an et demi. C’est long mais la voiture est à 100km de chez moi et j’ai peu de week-end à lui consacrer.

Elle part chez le mécano pour greffer le moteur dans la voiture à nouveau. Quelques détails dont une fuite d’huile sur un joint défaillant sont à régler. Mais mon job est prenant et je ne peux pas m’en occuper. La voiture est roulante mais pas terminée. Elle reste au chaud comme cela pendant 1an, 2 ans, 3 ans, 4 ans… Quasi 6 ans ! J’ai alors une maison avec un garage et je la rapatrie pour pouvoir la terminer.

Mais bien que le moteur soit refait à neuf, elle n’a pas tourné depuis plusieurs années et la tâche est trop complexe pour que je sois serein à la redémarrer comme si tout avait été changé hier. Alors je la confie de nouveau à quelqu’un pour vérifier le travail fait dessus et terminer ce qu’il reste à faire. Il termine le travail et reprend la partie faisceau moteur.

Mais lors de la remise en route définitive, la veille du jour où je dois la récupérer, je passe au garage pour le premier essai routier. Chauffe ok, pas de bruit suspect elle tourne rond. Sortie du garage, quelques dizaines de mètres, première petite accélération perte totale de pression d’huile… Oups.

Stop, coupe contact. Redémarrage, retour au garage au ralenti. Diagnostic express casse de pompe à huile. Démontage la semaine suivante, une cale de jeu latéral de vilebrequin était absente (ma faute, mais j’avais demandé à ce que le bas moteur soit vérifié, ça n’a pas été fait. Bingo). C’était en février de cette année. Le moteur est à ce jour chez le motoriste pour diagnostic des éléments endommagés lors de la casse de la pompe à huile.

Et maintenant ?

Je suis tenace. La dernière mésaventure sera couteuse, ce n’était pas prévu et la digestion est difficile car j’avais demandé à ce que ces points soient vérifiés et ça n’a pas été fait. Mais ce n’est que partie remise. Dans quelques mois les travaux seront terminés et je pourrais reprendre, enfin, son volant.

De mon expérience dans ces travaux, tenant compte des réussites et des échecs, j’ai tiré des enseignements. J’aurais sans doute mieux fait de profiter plus de la voiture avant démontage, car la restauration, si on sous-traite le minimum, prend du temps et de l’espace en plus des finances. Pour une restauration rapide (moins d’un an), assurez-vous de bien posséder ce triptyque avant de vous lancer, ça peut éviter des péripéties, jamais agréables.

La Delta est une superbe auto, avec un comportement sportif sans concessions, comme on savait le faire à l’époque (on se tuait aussi beaucoup plus sur les routes, la sagesse a du bon il ne faut pas trop cracher sur les modernes). J’aimerais particulièrement retourner à l’Eifel Rally Festival, avec les copains, mais cette fois en anciennes sportives ! Un régal cet événement pour les fans de rallye.

Et promis, lorsque cette petite rouge sera de retour sur la route, un reportage paraîtra, pour je l’espère votre plus grand plaisir. En tout cas, pour le mien c’est certain !

 

 

Julien
Rédacteur - Photographe à News d'Anciennes
Julien est le troisième à avoir rejoint News d'Anciennes. Passionné de photo, il est propriétaire d'une Lancia Delta qui (re)roulera un jour, mais aussi cycliste et motard.

2 commentaires sur “Les Autos de l’Équipe : la Lancia Delta de Julien”

  1. super cette Deltat, mais les frais doivent être enormes, moi j’ai une plus petite Delta de 1997, ref 1,8 ,turbo, avec tous les accessoires sur ce vehicule bien pratique j’en suis tres content j’ai fait 120000 sans grosses reparations, un pôt d’echappent et unpeude carosserie, c’est tout , mais je recherche une piece electronique qui l’a bloque et ne pu plus circuler, qui coute seulement 30 euros, une sorte de regulateur de pression,et je recherche cette piece tres difficile a trouver, pouvez vous si vous avez un tuyau sur cette piece quitte a la remplacer par un autre moyen ,c’est vrai cette voiture me manque beaucoup, ,et je comprends tres bien votre joie de conduire votre voiture beaucoup plus puissante que la mienne,
    evidemment j’ai une autre voiture encore plus rare, un Volswagen Synchro de 1987, avec un moteur de 2l,3, un monstre, c’est une integrale ,4X4,, elle est extraordinaire et tres recherchée, mais je ne la vend pas, je vous parle comme çà, ,
    c’est cette Deltat je voudrai trouver la piece, manquante, si vous avez un tuyau, prenez un contact avec moi Edouard Rousseau 0549863257 ou au garage Fontaine a Pouzay 37 dans l’Indres et Loire,, a l’avance merci

  2. Bravo, bel article. Je me suis complètement retrouvé dans l’expérience que vous avez vécu. J’ai moi aussi acheté la même auto en version kat aussi mais à 21 ans. Tellement sous le charme de l’auto je n’ai pas pris suffisamment de temps pour l’analyser. Résultat le moteur casse au bout de 15 km… Et je n’ai pas assez d’argent pour le faire faire. Mon père décide alors de m’aider à le démonté pour le refaire et l’ampleur des travaux est finalement énorme car tout à été mal bricolé ! Après 7ans à passer tous mes vendredi et pas mal d’argent aussi pour trouver les pièces spécifiques à cette auto j’ai enfin pu la conduire. C’est un plaisir immense et il faudrait maintenant que je travaille sur la carrosserie qui n’est pas très saine non plus. Et comme toujours, d’autres problèmes surviennent au moment et viennent compliquer la donne. Mais je ne regrette pas mon achat, la conduire c’est juste un pur moment de bonheur !

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