Aujourd’hui on commence une nouvelle série qui vous donne rendez-vous chaque deuxième du mois. Dans histoire de carrossiers on va rendre hommage à ces maîtres qui ont habillé les plus belles autos du monde pendant des décennies. On commencera par évoquer les français. Le premier auquel on s’intéresse, c’est Jacques Saoutchik.
De Iakov Savtchuk à Jacques Saoutchik

Le vrai nom de ce grand carrossier n’est pas Jacques Saoutchik. Lorsqu’il naît à Minsk en 1880 il est baptisé Iakov Savtchuk. Sa famille est Ukrainienne et Juive. À ce moment là dans la grande Russie des Tsars, les Juifs sont en quête de reconnaissance. Ils fondent diverses associations et tentent de se faire reconnaître comme une « nation » russe, au même titre que des lettons ou des kazakhs par exemple. Mais la situation vire très vite au vinaigre et les premiers pogroms s’organisent. La famille Savtchuk émigre à Paris.
Iakov a une formation d’ébéniste et de menuisier. Il participera notamment au démontage de l’exposition universelle de 1905 mais sera reconnu pendant la Grande Guerre. Servant comme ambulancier volontaire, il obtient la nationalité française en 1918. A la fin du conflit il s’associe dans une société d’ébénisterie et quelques temps plus tard, après s’être marié, il lance sa propre entreprise. Il a alors francisé son nom et est devenu Jacques Saoutchik.
Jacques Saoutchik le carrossier
Installé rue Jacques Dulud à Neuilly sur Seine il travaille d’abord à l’habillage de modèles de luxe. Ceux-ci n’ont pas encore adopté la carrosserie monocoque et les structures en bois sont donc nécessaires. Évidemment les habillages intérieurs sont également un des savoir-faire de la société.
Très vite, la société se lance également dans le formage des métaux. Le savoir-faire nécessaire à la création complète de carrosserie est alors établi. Sa première création se fait sur une Isotta-Fraschini au début des années 20. La réputation des ateliers Saoutchik se fait vite et les clients les plus fortunés du monde affluent.

Le roi de Norvège ou de Siam, le Shah d’Iran, ou l’Empereur d’Ethiopie sont alors des clients qui lui demandent d’habiller les plus grandes marques automobiles de l’époque. Les françaises Bugatti, Delage, Delahaye, Talbot-Lago, Hispano-Suiza, côtoient les Rolls-Royce, les Isotta-Fraschini, Bucciali et Mercedes.


Au milieu des années 30, c’est l’apogée de la production. Le style est très Art-Déco et aérodynamique. Si on connaît les gouttes d’eau de chez Figoni et Falaschi, certaines créations de Saoutchik en sont très proches.
Surtout il n’hésite pas à proposer quelques audaces : l’ouverture des portières par effacement, l’ouverture parallèle en 1939 mais aussi les toit-ouvrants.
Quand certains font leur pub avec les palmarès de course, les réclames de Saoutchik mettent en avant les prix récoltés dans les concours d’élégance !



Au sortir de la guerre, l’activité reprend. En 1950 les ateliers habillent la voiture présidentielle de Vincent Auriol, une Talbot-Lago Record. Les autres créations de l’époque se font sur les marques françaises restantes, Delahaye et donc Talbot par exemple. Mais les ateliers s’attaquent aussi à des marques étrangères comme les Cadillac ou Pegaso.
En 1952 c’est son fils Pierre qui prend la direction de l’affaire. Mais les grands carrossiers ne sont plus à la mode. Elle va plutôt vers la modernité, les carrosseries monocoques d’usine sont alors plus technologiques.
Jacques Saoutchik décède en 1954 et son entreprise ne lui survit que deux petites années…



Ses carrosseries de nos jours
Les créations de Saoutchik n’ont pas forcément la même aura que celles de Figoni ou de Chapron. Pour autant quelques modèles sortent du lot et son particulièrement recherchés. Les carrosseries les plus osées sont de celles-ci.
On notera par exemple la Mercedes-Benz 680S Grand Sport « Avant-Garde » carrossée en 1928 et Best of Show du Concours d’Élégance de Pebble Beach. Une reconnaissance absolue !


Quelques autres réalisations :
La Delahaye 135 MS vue en couverture, une auto de 1949 exposée en 2016 à Epoqu’Auto :



L’unique Mercedes 630K « La Baule », proposée aux enchères par Gooding & Co à Scottsdale en 2016 :

Une Talbot Lago T26, Grand Prix du Salon de Paris 1950 proposée par Bonhams à Quail Lodge en 2018 :

Une autre Cadillac Serie 62 :

La Talbot-Lago T26 Grand Sport de 1950, exposée à Chantilly Arts et Elegance 2016.



Autre auto vue à Chantilly en 2016, une Hispano Suiza J12 de 1934 :


Toujours au même endroit, même marque, une K6 de 1933 :


Photos additionnelles : Le Chat sur Mon Epaule, Pebble Beach Concours, Wikipédia
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