Essai d’une Ligier JS6, les débuts d’une sacrée saga

Publié le par Benjamin

Essai d’une Ligier JS6, les débuts d’une sacrée saga

Comme dirait une célèbre marionnette en latex, « sans transition ». Après une semaine parisienne à Rétromobile, on vous propose un essai complètement à part. Si vous avez lu la marque, vous avez pensé à une voiture sportive, voire une voiture de course. Et la photo vous a douché tout espoir. Oui, vous l’avez compris, la Ligier JS6 est une voiture sans permis. Alors que ce genre de voiture pullule sur les routes et aux abord des lycées, on s’est dit que cette auto des années 80 serait un parfait exemple pour retracer l’histoire d’un genre entier de véhicules… et pour découvrir des sensations de conduite qu’on pense totalement atypiques. C’est parti.

Voiture sans permis mais avec des règles

Certains appellent encore ces véhicules des voiturettes… mais dans le monde de la voiture ancienne, une voiturette ça peut aussi être une cyclecar voire carrément une voiture de course tant que l’auto est légère et mue par un moteur de petite cylindrée. Bien loin de l’esprit des VSP actuelles. Notons quand même que le terme fut inventé par Léon Bollée et qu’il désignait alors, à la fin du 19e, un tricycle à moteur… qui ne nécessitait pas de permis de conduire.

En fait, les voitures sans permis telles qu’on les connaît sont des autos qui débutent réellement leur carrière dans les années 70, après qu’on ait dépassé l’époque des micro-cars de l’après-guerre qui cherchaient plutôt à de substituer aux motos. Ainsi en 1975 c’est AROLA (qui deviendra Aixam en 1983 en contractant Aix-les-Bains et Automobile) sort sa première voiture sans permis. En fait on revient au concept de la voiturette avec trois roues… et un guidon !

En 1980, c’est au tour de Ligier de lancer sa production de voitures sans permis. La JS4 est bien éloignée des JS1, JS2 et JS3 du début des années 70 et, évidemment, des F1 qui courent depuis 1976 avec des moteurs Matra.

Ces premières autos sortent dans une espèce de vide juridique. Des règles ne tardent pas à apparaître comme l’explique le site de VSPièces qui nous accueille pour cet essai. Les premières autos sans permis sont mues par de petits 50cm³ issues des 2 roues. Néanmoins, ils se révèlent assez vite inadaptés à ces véhicules bien plus lourds. Plutôt que de limiter la cylindrée, ce qui va permettre d’utiliser des moteurs diesel plus gros, on va limiter le poids (330kg) et la vitesse maxi (45km/h) en 1992. Notons aussi que ces véhicules sont accessibles sans permis… mais qu’il faut le permis AM (remplaçant le BSR) si vous êtes nés après le 1er Janvier 1988.

Bref, quelques règles qui encadrent notre Ligier JS6 et permettent de comprendre de nombreuses choses !

Notre Ligier JS6 du jour

La première voiture sans permis du constructeur, c’est donc la JS4. En fait, elle est très semblable à notre Ligier JS6 du jour, apparue en 1983. Sur le design, pas grand chose ne diffère si ce n’est que la JS4 proposait de quatre optiques rondes qui sont devenues deux optiques carrées sur la Ligier JS6 et qu’ils sont noyés dans un boucler en plastique. C’est un tout petit changement, mais c’est plus moderne. Ce style est du à Robert Broyer, celui qui a notamment dessiné la Renault 14.

Évidemment, ce style n’a rien à voir avec la superbe JS1 dessinée par Frua. Non, ici on est dans le design industriel. C’est simple, très simple. En fait la carrosserie de la Ligier JS6 et un assemblage de surfaces vitrées et de surface tôlées qui ont un point commun : elles sont résolument plates. L’intérêt, c’est que c’est fonctionnel et que ce n’est pas cher. On touche là à une génération de voitures sans permis qui n’a rien à voir avec celles que l’on rencontre actuellement. Ici, on ne cherche pas à ressembler à une « vraie » voiture. C’en est encore plus exotique.

La face avant de la Ligier JS6 est majoritairement occupée par le pare-brise. Incliné, il descend très bas, exagérant les proportions de la voiture. On dirait que c’est une cabine posée sur un kart… mais en fait il y a vraiment de ça puisque Ligier a produit des cabines de tracteurs Renault avant de se lancer dans l’aventure des VSP !

On voit bien les trains avant, et le bas du bouclier est percé pour apporter de l’air au radiateur. Plus haut, le « pare-chocs » accueille les clignotants et encore au-dessus on retrouve les phares qui entourent une autre calandre et qui reçoit un badge « Ligier Diesel » qui a certainement fait tiquer les amateurs de sports mécaniques !

Le profil est tout aussi cubique. On ne peut s’empêcher de rigoler de la taille des roues, vraiment petites, même avec cette voiture qui l’est aussi (1,97m de long). Cependant, pour qu’elles passent, on note des extensions d’aile. Entre ces deux extensions, le bas des portes, elles aussi découpées droites, est revêtu de plastique. Pas d’ornement, pas de chrome, on ne note que le bouchon de remplissage du réservoir, à gauche, et les poignées de porte probablement empruntées à une voiture de grande série (que l’on a pas identifié) et le rétro.

L’arrière de la Ligier JS6 ? Ce n’est pas de là que viendra le salut. Il est tout aussi droit. Le pare-chocs est épais et percé par le « canon » qui sert d’échappement. Les phares sont également empruntés à la grande série. La lunette arrière est moins inclinée que le pare-brise, permettant de bien différencier l’avant et l’arrière de la voiture. D’ailleurs, c’est la lunette toute entière qui s’ouvre. N’oubliez pas de l’ouvrir en grand et de mettre l’énorme barre de maintien, il n’y a pas de vérin là-dessus !

Intérieur : basique

La carrosserie est basique et je n’en attendait pas moins pour l’intérieur. Pas la peine d’imaginer un intérieur traité avec luxe. La Ligier JS6 ramène à un mot très en vogue : la mobilité. Son but est de vous emmener d’un point A à un point B, sans fioritures.

Si le dessin est très basique, on s’étonne quand même en ouvrant la grande porte (proportionnellement à la taille de la voiture évidemment) de trouver autant d’informations sur la planche de bord. La Ligier JS6 ne se contente pas de deux cadrans et autant de voyants. Non, elle reçoit un véritable tableau de bord. Il est issu de la grande série automobile. Les plus observateurs (et fans du losange) auront reconnu l’instrumentation d’une R5. On retrouve donc le compteur de vitesse et toute une série de voyants. Seule modification apportée : le compteur plafonnera à 80km/h !

Au passage, Ligier a aussi pioché chez Renault pour le commodo qui s’occupe de l’éclairage. Pour le reste, on est loin de la R5 (y compris niveau espace à bord). Les pédales ne sont que deux et sont décalées et on retrouve également deux leviers au centre. La sellerie est en tissu et accuse son âge. Dernier point, on s’attardera sur le volant. C’est certainement la touche la plus Ligier de la JS6. Le volant fait vraiment très sportif. Je me demande si un volant comme ça ne justifie pas, à lui seul, l’achat d’un tel engin !

Technique : française et… italienne !

Non, ce n’est évidemment pas un moteur Renault (et encore moins un moteur Matra) qui équipe la Ligier JS6. Notre petite VSP française montre d’ailleurs le changement qui s’est appliqué à la motorisation de ces voiturettes dans les années 80. La JS4 était née avec un moteur Motobécane de 49,9cm³. La Ligier JS6 existait avec une cylindrée équivalente mais un moteur Derbi. Notre Ligier JS6 du jour est équipée d’un moteur diesel… et italien !

Ça va faire sourire mais le moteur qui se loge derrière le panneau arrière de la Ligier JS6 est un moteur Ducati. Oubliez les machines de Grand Prix (de toute façon c’est un diesel) puisque ce moteur est badgé Ducati mais provient en réalité d’une alliance entre Ducati et VM Motori, un géant du moteur « utilitaire ». Cela va vous étonner mais sa cylindrée n’est pas de 50cm³ puisqu’on atteint là 327cm³. Simplement, la puissance du moteur diesel de la Ligier JS6 était la même que celle du moteur essence : 5 petits canassons. C’est peu. Pourquoi le diesel ? Pour avoir plus de couple tout simplement.

Il faut noter que ce moteur est relié à un variateur pour faire tourner les roues arrières. Le principe ? Exactement le même que le Variomatic des célèbres Daf avec poulies et cônes. Le freinage est hydraulique et les trains roulants sont plutôt travaillés avec triangles inférieurs et combinés ressorts-amortisseurs. Finalement, ce n’est pas si basique que ça. Bon, pour le châssis de la Ligier JS6, c’est du tube carré, mais il faut bien faire des économies !

Maintenant qu’on a passé la bestiole en revue… c’est l’heure de se lancer sur la route.

La Ligier JS6 sur la route

C’est parti ! L’installation est plutôt aisée. La Ligier JS6 n’est pas si basse et la porte est grande. Les sièges ne sont pas très moelleux mais suffisamment larges pour que deux gaillards s’y installent. Pas de ceinture à boucler, c’est le moment de démarrer. Vous avez en tête le bruit d’une voiture sans permis ? Même avec ses 40 ans, cette JS6 fait le bruit d’une VSP actuelle.

Maintenant, il faut actionner la transmission. Non, il ne faut pas passer la première, il faut mettre la marche avant, tout simplement. C’est le levier central qui commande ça. Je l’enclenche, le pied sur le frein, au cas où. La voiture ne bouge pas et, comme sur une DAF, on l’a dit, il faut accélérer pour que le système fasse accélérer la voiture.

La Ligier JS6 s’élance. Au premier stop, c’est un peu l’appréhension. Oubliez toute voiture dotée de suffisamment de puissance pour s’insérer dans la circulation moderne. On ne peut même pas comparer à un vélo puisqu’avec de bonnes cuisses on accélérera plus vite. Mais en prenant de la marge entre deux voitures, on évite de créer un bouchon. En agglomération en tout cas.

Dans cette même agglomération on remarque un détail surprenant. Imaginez à peu près le regard des gens quand vous prenez un rond point avec une Ferrari Testarossa jaune. La Ligier JS6 n’a rien en commun avec l’italienne, pourtant le regard des passants et des autres conducteurs est à peu près identique… on a juste moins de smartphones levés pour immortaliser le moment !

Niveau conduite ? Notre petite VSP est un vrai kart. C’est vrai qu’on a une appréhension dès qu’on se met au volant d’une voiture plus haute que large. Mais le centre de gravité est très bas et l’auto vire bien. La direction n’a pas besoin d’être assistée mais il faut avouer que ce n’est pas non plus léger. En tout cas c’est suffisamment précis pour qu’on attaque correctement la corde. Bah oui, c’est une Ligier quand même !

Les maisons s’espacent, on va sortir de la ville. En tout cas au bout de la côte. La zone est limitée à 50km/h, alors… pied tôle ! Pas de souci pour être en excès de vitesse puisque la Ligier JS6 ne peut pas atteindre les 50km/h et de toute façon, ce léger dénivelé qu’aucun cycliste ne s’amuserait à mettre sur Strava suffit à faire ralentir notre équipage malgré tout l’entrain que peut mettre le moteur. Non, décidemment c’est pas aujourd’hui qu’on va accrocher le KOM.

Suit une descente. Au volant d’une Ligier JS6, comme en vélo encore une fois, ça veut dire qu’on va taper une pointe. Sauf que là on accélère à fond également. Le moteur se fait plus présent dans l’habitacle (en même temps il n’y a qu’une tôle qui l’en sépare) et donne tout ce qu’il a. On arrive à 40… 45… mais ça prend quand même quelques centaines de mètres. Ça permet aussi d’arriver dans la côte suivante à « pleine vitesse » et de l’escalader au mieux.

Sur cette première route, les virages sont avalés à fond. Les pneus sont suffisamment larges et le centre de gravité bas et ça permet d’avaler les courbes sans se poser de question. Bon, quand on approche des 90°, il faut quand même ralentir un peu. Et ça, ça s’anticipe puisque, on le rappelle, la transmission fonctionne comme un variomatic donc avec une certaine inertie et sans frein moteur.

Le freinage de la Ligier JS6 est suffisant et la voiture enroule. Au moment de réaccélérer, pareil, il y a un certain temps de latence avant que ça ne reparte. Après, personne ne vous demande d’attaquer à fond, même après avoir vu le logo Ligier, et dans la plupart des cas vous êtes de toute façon en train d’accélérer à fond !

Cette Ligier JS6 est bien marrante. Un véhicule qui offre des sensations totalement différentes de celles qu’on pourrait retrouver dans une voiture ancienne classique, quelle que soit sa puissance, mais également différente de ce qu’on pourrait retrouver dans une VSP moderne. C’est dépaysant et pas déplaisant. Par contre, il ne faut pas trop avoir la tête en l’air puisqu’on reste au volant d’une voiturette. Sur la route cela veut dire qu’il faut surveiller les rétros et essayer, tant bien que mal, de ne pas trop embêter les autres conducteurs qui roulent (tous) bien plus vite que nous.

Niveau confort ? Ce n’est pas vraiment le point fort de la Ligier JS6. Déjà, au niveau sonore, la petite VSP française est très bruyante. On est assis sur le moteur qui se fait entendre et, en bonus, ça vibre pas mal ! Par contre, niveau suspensions, c’est bien amorti. Un ralentisseur se fera sentir mais sans vous détruire les vertèbres pour autant. Heureusement que c’est bien amorti parce que le siège ne sera pas d’une grande utilité à ce niveau. On notera aussi que la position très assise sera fatigante sur de longues distances… mais ce n’est pas le but de notre engin du jour.

Allez, dernier ralentisseur, dernier rond-point et c’est fini. Je peux maintenant dire que j’ai conduit une Ligier !

Conclusion

Ce serait mentir que de dire que la Ligier JS6 est la voiture parfaite. Non, c’est un engin totalement à part. C’est totalement rustique, peu performant, mais c’est un engin qui assure son rôle principal : vous déplacer d’un endroit à un autre. Ça c’est le but premier et sa raison d’être.

Dans son rôle de véhicule de collection, la Ligier JS6 est également à part. Se pointer à son volant sur un rassemblement de voitures anciennes suscitera la curiosité. Car c’est bien ce qu’elle est désormais : une curiosité. Ces VSP ont été beaucoup moins préservées que les voitures anciennes de la même époque et en croiser une est vraiment rare. Du coup, si vous voulez vraiment attirer les regards, c’est un engin idéal. Et puis il faut bien dire, quand même, que c’est une expérience très marrante.

Pour une fois, pas de notes, vu qu’il est impossible de comparer cette auto à quoi que ce soit qui nous soit passé entre les mains… mis à part peut-être à une Vespa 400 (et encore). Pas franchement de guide d’achat non plus puisque la Ligier JS6 est une machine très rare qui attirera ceux qui veulent avoir quelque chose de très original entre les mains. Pour ceux-là, des groupes Facebook et des pros du secteur sauront apporter des réponses.

Encore un énorme merci à VSPièces pour cette expérience.
Photos additionnelles : Osenat et l’Automobile Ancienne

Ligier JS6 par News dAnciennes 10- Ligier JS6

Benjamin

http://newsdanciennes.com

Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

Commentaires

  1. Antoine Lannoo

    Énorme cet essai ! Après tout ça fait partie de la famille automobile
    Et alors ce design, c est complètement dingue

    Répondre · · 10 février 2025 à 17 h 45 min

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