Comment évaluer le prix (et la conformité) d’une voiture unique ?

Comment évaluer le prix (et la conformité) d'une voiture unique ?
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Comment évaluer le prix (et la conformité) d'une voiture unique ?

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C’est le genre de problème qu’on a pas envie de résoudre. Lorsqu’on est devant une voiture unique, que ce soit un prototype, une carrosserie spéciale, une voiture de course ou une création artisanale, comment évaluer cette auto avant sa vente ? On a posé la question à quelques spécialistes.

Une voiture unique qu’est-ce que c’est ?

En préambule on va cadrer la question. Par “voiture unique” on entend pas, ici, la seule dans sa configuration. Non, on va ici plus loin.

Les voitures uniques dont on parle ici peuvent être réparties dans plusieurs catégories.

D’abord les prototypes, de grands ou petits constructeurs. Des concepts créés mais jamais sortis, il y en a beaucoup (on a même une rubrique dédiée, c’est par ici). C’est courant chez les grands constructeurs, mais il y a aussi les créations éphémères des artisans qui n’arrivèrent jamais sur les routes.

Ensuite on retrouve des autos “commandées”. Si certains constructeurs s’y remettent ces dernières années, il faut bien dire que la rationalisation avait eu raison de ces commandes unitaires. Quand un riche patron, un chanteur, un pilote, pouvait commander un châssis avec tel moteur et telle carrosserie. Évidemment ce genre d’autos se retrouve plutôt du côté des “sportifs” que des généralistes.

Parce que justement, du côté des généralistes, ce sont souvent des artisans qui créaient des autos uniques à partir d’une base connue. Les exemples sont nombreux, on vous a parlé de la 403 Coupé Bernard, par exemple, mais c’est loin d’être la seule.

Les carrosseries aussi font des autos uniques. En se replaçant dans les années 20 ou 30, une série d’auto donnait parfois des dizaines d’autos uniques. En effet, il suffisait qu’un client fasse habiller sa Delahaye 135 Coach autre part que chez Chapron, Figoni et consorts pour créer une auto unique.

Enfin il faut évidemment parler des autos de course. Même les grands constructeurs ne produisaient pas toujours plusieurs exemplaires de leurs bêtes. Mais surtout, le monde de la course a été particulièrement propice au développement de châssis et carrosseries artisanales. Les autos uniques sont donc nombreuses de ce côté là.

La question du prix

Lorsqu’on a une voiture unique, pas toujours facile de mettre un prix dessus au moment de la vente. Pourtant il faut bien s’y résoudre, personne n’est éternel. Et puis il existe de véritables passionnés qui sont toujours à la recherche de ce genre d’autos pour leur collection.

Et puis n’oublions pas non plus la question de l’assurance. Parce que toutes ces autos uniques ne sont pas cantonnées à leurs garages respectifs, il faut, bien, les assurer.

Jérôme Weytens de Classic Expert nous parle de ces expertises un peu spéciales :

Il n’est pas courant pour nous d’expertises des autos uniques. Sur les 5000 expertises que nous réalisons annuellement, elles doivent représenter moins d’un dizaine de véhicules, ce qui reste donc anecdotique.

“Cependant, le travail de l’expert s’en trouve décuplé. En effet, la première chose à faire est d’identifier le véhicule. Et dans le cas de modèles uniques, cela peut se compliquer, rien que dans la recherche des différents numéros d’identification. Ensuite, il convient de se documenter sur le véhicule, afin de connaitre sa configuration originelle pour la comparer à sa configuration actuelle et révéler les éventuelles modifications.”

À partir de là, deux cas se présentent. Soit le véhicule a été homologué à titre isolé lors de sa construction et tout va bien s’il n’a pas été modifié depuis, mais dans les cas contraires (absence d’homologation ou modifications substantielles) le dossier se corse car le véhicule ne peut circuler sur voie ouverte à la circulation publique (le code de la route interdisant les modifications sur les véhicules).”

Bien sûr la valeur est impactée par les constatations effectuées précédemment, mais dans tous les cas, le travail de recherche pour définir la valeur est là aussi plus important. Qui a construit le véhicule ? Quels éléments constituent le véhicule des éléments de grande série ou des pièces « nobles » ? S’agit-il d’une réplique d’un véhicule ayant existé ? Qui a possédé le véhicule ? Quel est le palmarès de l’auto ? Et puis, comme d’habitude, quel est son état ?

Tous ces éléments nous permettent de définir une valeur. Dans tous les cas, les infos fournies par le propriétaire sont primordiales pour les différentes étapes du dossier.

Pour ce qui est du prix, nous avons demandé comment l’évaluer à Loïc Maschi, spécialiste véhicules anciens chez Bonhams.

Qu’est ce qui ajoute de la valeur ?

“Beaucoup de choses permettent d’ajouter de la valeur à une auto unique. Pour le coup, certains critères se rapprochent des estimations que nous proposons pour n’importe quelle auto. Ainsi la marque est importante. L’esthétique, les performances regardés ainsi que l’historique et le palmarès éventuel, évidemment. On ajoutera aussi le fait que l’auto, même unique, puisse être éligible à des courses ou des concours. Souvent, pour les créations de grandes marques du moins, on retrouve facilement la trace de ces autos uniques qui ont été exposées, qui ont couru, etc.”

Pour le moment, on reste sur du classique. Mais qu’est ce qui change avec une auto unique ?

“Si l’auto est très connue, dans le cas d’une carrosserie unique sur une base connue, qui s’est distinguée en course ou en concours, ce sera un vrai plus. Souvent on peut aussi remonter au créateur de l’auto. Si le constructeur est un artisan, mais s’il est reconnu, cela ajoutera de la valeur à l’auto.”

On peut aussi regarder du côté du premier propriétaire, celui qui a commandé l’auto, cela apportera un certain cachet à une auto méconnue, surtout dans le cas où le propriétaire était une star de l’époque. C’est particulièrement le cas avec les autos des années 20 et 30. Les anecdotes et la documentation qui va avec son particulièrement intéressants. Cela permet d’appuyer sur le côté unique et pas seulement de comparer l’auto à une autre, similaire sur le papier.”

Maintenant, comment réellement déterminer le prix ?

“Même si l’auto est unique, elle se rapproche d’autres productions. On va donc regarder les autos équivalentes de son segment, ce qu’elles valent et essayer de placer l’auto unique par rapport à ces concurrentes.”

“Et puis il reste un point crucial, c’est la conformité de l’auto. Plus l’auto, en 2021, sera conforme à ce qu’elle était à sa sortie, mieux ce sera.”

Ça, on en parle plus bas !

Qu’est ce qui retire de la valeur ?

“Là encore, les critères négatifs peuvent-être nombreux. On regardera tout d’abord la qualité de la réalisation. Une auto belle de loin n’est pas forcément parfaite au niveau de ses ajustements ou de son assemblage et ces critères seront à prendre en compte au moment de donner le prix de l’auto.”

Quelque fois, ces autos uniques sont très connues… mais ont disparu. Comment évaluer les répliques ?

“Les répliques des autos uniques, qu’elles soient plusieurs ou elles aussi uniques, sont forcément moins chères que l’originale. Et pour le coup, quelle que soit la qualité de la réalisation, on ne pourra pas l’évaluer de la même façon.”

Comment évaluer le prix (et la conformité) d'une voiture unique ?

“Dans tous les cas, l’un des critères qui pourra faire perdre de la valeur à une auto unique, c’est la demande qu’on pourra avoir pour cette auto. C’est la loi du marché. Son effet sera moins important sur une voiture de course mais il ne faut pas se leurrer : une carrosserie unique au dessin moyen sera moins chère, au final, qu’une carrosserie plus répandue mais plus jolie.”

La conformité

Reste maintenant un autre paramètre quand on envisage l’achat ou simplement de rouler avec une auto unique : sa conformité.

Loïc Maschi est clair sur cette conformité :

“Pour ces autos uniques, lorsqu’on ne parle pas de voitures de course mais de route, la carte grise peut-être un gros problème. Les autos uniques d’avant-guerre ont plus souvent des certificats d’immatriculation, ou d’autres documents équivalents selon les pays, qui correspondent réellement à l’auto. Pour les réalisations d’après-guerre, on peut retrouver des autos fabriquées sur des certificats d’immatriculation de voitures donneuses et qui ne reflètent pas exactement la nature de l’auto.”

Effectivement, le problème est réel et Jérome Weytens nous confie :

Il est primordial que le véhicule possède un certificat d’immatriculation conforme à ce qu’il est. En effet, le code de la route interdit la circulation sur la voie publique des véhicules modifiés. Un véhicule construit sur la base d’un modèle de grande série et en reprenant le certificat sans homologation isolée (types mines portant la mention MOD pour modifié, carrosserie en accord avec la carrosserie réelle du véhicule, puissance fiscale en accord avec la motorisation présente…) ne peut donc rouler que sur circuit ou sur route fermée à la circulation publique. Dans le cas de véhicules construits par des grands carrossiers de l’époque, les véhicules ont été homologués mais nombre de véhicules construits après-guerre possèdent le certificat d’immatriculation du véhicule donneur malheureusement.

C’est le cas par exemple des pur-sang Argentines, répliques de Bugatti, qu’il est théoriquement impossible d’immatriculer en France, les constructions ayant moins de 30 ans. Cependant, l’existence de ces autos a le mérite de préserver les modèles originaux qui, vues leurs valeurs, ne seraient pas présents sur les circuits pour faire le show pour le bonheur des spectateurs. Pour autant, elles ne peuvent circuler en dehors de ces manifestations.

Concernant l’assurance, la loi française impose que tout véhicule soit assuré. Pour ce qui est des véhicules conformes, les assureurs spécialisés peuvent donc assurer ces modèles uniques. Cependant, sans cote existante, lors de la souscription, il sera demandé de fournir une expertise afin de fixer contractuellement la valeur et ainsi définir le montant de la prime. Pour les véhicules dont le certificat d’immatriculation n’est pas en corrélation avec les modifications réalisées, il existe quelques assureurs spécialisés qui proposent des contrats dédiés type « Hotrod » par exemple. Cela permet de ne pas être confronté à une déchéance de garantie pour non-conformité en cas de sinistre.

Enfin, lorsqu’on parle de conformité, il faut aussi regarder l’aspect historique. Là encore, certaines libertés peuvent avoir été prises.

Loïc Maschi : “Quand il s’agit de répliques d’autos uniques, il est compliqué de juger de la conformité à l’originale puisque souvent, celle-ci n’existe plus. On se base uniquement sur la documentation existante et la plupart du temps c’est le propriétaire de l’auto qui dispose des meilleures sources. Mais ces libertés peuvent exister sur des autos qui ont perduré et qui ont été restaurées avec plus ou moins de soins, de moyens et de savoir-faire. Et puis il existe les vrais casse-tête avec des auto pas documentées, hormis par des photos de famille. Leur conformité est particulièrement compliquée à juger.”

Conclusion :

Vous l’aurez compris : voiture unique = cas unique. Contrairement à une Renault 4, il est difficile d’appliquer des critères simples et déjà bien connus à l’évaluation du prix et de la conformité d’une auto unique.

Si vous êtes dans ce cas là, faites appel à un expert !

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