La Saab 96, du coupé rustique à la bête de rallye

Même si le prochain Tour Auto est reporté (on en parle ici) on devrait y voir une Saab 96, comme les années précédentes. Pourtant, rien ne prédestinait ce rustique coupé suédois à devenir une bête de rallye. On revient sur son histoire.


Une évolution de la 93, à tous points de vue

En 1955 Saab lance la 93, à la suite de la 92. Une auto compacte, à quatre place et deux portes. Mais il faut la moderniser rapidement et c’est ainsi que naît la Saab 96 en 1960. On ne peut nier le lien de parenté, le dessin de Sixten Sason reprend les formes de la 93… qui elle même était très proche de la 92.

Une Saab 93

Un coupé donc, avec une large vitre arrière… et un panneau en dessous qui ressemble à une porte sans en être une. L’avant permet de différencier les deux modèles, la 93 ayant une calandre “en fer à cheval”, la 96 a une calandre en trois parties, deux grilles horizontales entourant une autre verticale. C’est l’avant qui a été inauguré par la 95, un break sorti six mois plus tôt.
L’autre différence esthétique se retrouve au niveau de la partie arrière, entièrement redessinée, moins fluide et avec un pavillon plus haut et une lunette arrière plus large, panoramique comme c’est la mode à l’époque.

L’héritage technique de la 93 se ressent

La base technique de la Saab 96 reste très proche de sa devancière. La longueur comme l’empattement gagnent 4 petits centimètres mais c’est tout. On garde la double triangulation à l’avant, le train arrière rigide et les freins à tambour.

Le moteur est celui inauguré sur la 95. Ce trois cylindres 841 cm³ se distingue car c’est un deux-temps ! Il développe 38 ch à l’origine et est accolé à la boîte à trois vitesse (première non-synchronisée) de la 93, quand la 95 recevait une boîte à 4 rapports. L’originalité de la boîte réside dans son mode “roue-libre” qui permet de désolidariser le moteur et la boîte dans les descentes notamment. L’objectif est de limiter le besoin de lubrification important du 2 temps dans ces phases.

Avec 900kg sur la balance, l’auto est assez peu performante, c’est vrai.

Le modèle connaît quelques petites évolutions, surtout sur le moteur. En 1964 la puissance passe à 42ch. Mieux, sur les versions Sport et Monte Carlo on propose trois carburateurs et une injection d’huile. Résultat : une puissance de 57 ch et enfin la boîte à 4 rapports.

La Saab 96 passe au 4 temps… secrètement !

La Saab 96 est à peine révélée que déjà on pense à la faire évoluer. Les moteurs 2 temps se font rares et les 4 temps sont la nouvelle norme. On va donc mener des recherches pour trouver un nouveau moteur. Il viendra forcément de l’extérieur, Saab n’a pas les moyens de le développer.

Entre 1962 et 1964 ce sont trois moteurs qui sont testé : le V4 de la Ford Taunus 12M, le V4 de la Lancia Appia et le 4 en ligne de la Mini. Mais le PDG fait stopper le projet. Les ingénieurs le court-circuite, passent par l’actionnaire majoritaire qui relance le projet.

On ajoute alors d’autres moteur à ces tests : le 4 cylindres suédois B18 de chez Volvo, un Triumph 1300, le moteur de l’Hillman Imp mais aussi des mécaniques Opel et VW. Bien que le moteur Volvo s’avère le meilleur compromis entre fiabilité et performances, le V4 Ford est choisi. Il est plus compact et donc plus facile à adapter.

C’est un véritable commando qui a été formé. Les ingénieurs stoppent d’eux-même les commandes composants du trois cylindres entraînant des imbroglios avec le service achat. Finalement à quatre semaine du début de la production, l’usine entière de Saab est mise au courant.

Un changement de moteur, mais pas que !

Ce nouveau moteur arrive donc sous le capot en Août 1966. Déjà en 1965 la Saab 96 avait été modifiée et son porte-à-faux avant avait été agrandi pour proposer plus de place sous le capot.

En 1966 le nouveau moteur est donc installé. Le deux-temps reste cependant en production, des sigles V4 différencient les versions.
Avec 1498 cm³ et 65 ch l’amélioration des performances est notable. Saab en profite d’ailleurs pour installer des freins à disque à l’avant de la 96 sur la V4, couplé à un circuit de freinage doublé. On propose aussi des ceintures de sécurité trois points, et un

Les évolutions de la Saab 96

En 1968 la Saab 96 connaît un premier lifting. La calandre est désormais chromée et le pare-brise comme la lunette arrière sont agrandis. Par contre les versions 2 temps disparaissent du catalogue. Saab continue de produire la 96 mais a également sorti une nouvelle auto plus moderne, la 99.

Un autre gros changements arrive en 1969. Exit les phares ronds, remplacés par des optiques carrées. Les pare-chocs gagnent aussi des caoutchouc pour mieux absorber les chocs.

Ensuite on fera évoluer la Saab 96 avec parcimonie. Les versions US, déjà plus puissantes, reçoivent le moteur 1700 en 1971 avant d’être arrêtées en 1973. Entre-temps la 96 a reçu des essuie-phares (pour la neige, on est en Suède) en 71 et des sièges chauffants l’année suivante.
En 1975 des bumpers plus imposants, similaires à ceux de la 99 sont installés à l’avant.
En 1976 la puissance régresse à cause des normes anti-pollution suédoises mais en 77 l’adoption de carbus Solex double corps faire remonter la cavalerie à 68 ch.

La voiture ne sera pas retouchée avant son retrait en 1980. Ce sont alors 527.241 autos qui ont été produites !

La Saab 96 en course

À défaut d’être née performante, elle est rustique. C’est un des critères principaux pour s’engager en rallye à l’époque.

Le fer de lance de cet engagement sera d’abord Erik Carlsson. Il a même développé une technique de freinage du pied gauche pour permettre à son moteur deux-temps de rester dans les tours et d’être performant ! Et bien lui en a pris ! Au volant des Saab 92 et 93 il s’était déjà illustré. Avec la 96 il va remporter plusieurs rallyes internationaux. Il gagnera ainsi trois fois le Rallye de Grande Bretagne (le RAC) en 60, 61 et 62. Il accrochera deux victoires consécutives au Monte-Carlo en 62 et 63 et une au San Remo en 1964. Sa femme Pat Moss Carlsson utilisera aussi une Saab 96 pour remporter la Coupe des Dames sur le Monte-Carlo en 64 et 65.
Tout ça avec le trois cylindres !

Et les victoires de la Saab 96 en rallye ne s’arrêtent pas à son palmarès. On note d’abord 8 victoire en Suède : 60 et 61 pour Skogh, 66 pour Andersson, 71, 72 et 73 pour Blomqvist avec une V4 et 76 pour Eklund. Ensuite au RAC, Lampinen gagne en 68 et Blmoqvist en 71. Au Rallye de Finlande on notera les victoires de Bremer (60), Lampinen (63, 64 et 72) et de Blomqvist (71).

Il faut aussi dire que le service compétition de Saab faisait des merveilles. Les deux-temps pouvaient dépasser les 60ch. Pour les V4, les versions 1600 et 1700 dépassaient parfois les 150ch !

Tout cela en fait logiquement une auto présente sur le Rallye Monte-Carlo Historique. Pour ce qui est du Tour Auto par contre, on le doit à la seule participation en 1963 de l’équipage Hazera – Grand qui abandonnera.

Les Saab 96 de nos jours

Pour ce qui est de la cote on parlera DES Saab 96. Car elle n’est pas la même entre les versions 2-temps et les V4. Les premières, plus anciennes, plus originales, plus rustiques sont aussi plus chères. Comptez entre 10 et 12.000 €.

Pour les 96 V4 le prix monte moins, et vous en trouverez entre 7 et 10.000 € pour les modèles préparés… et prêts à prendre le départ des rallyes historiques !

Photos : Remerciements à David Dallimore de Great Western SAABs, Artcurial, Wikimedia


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Benjamin
Redac-Chef à News d'Anciennes
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos.
Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

2 commentaires sur “La Saab 96, du coupé rustique à la bête de rallye”

  1. Quelle jolie “bouille ” , SAAB a toujours fait des voitures différentes sauf sous GM qui a tout fait pour faire disparaître la marque.0

  2. Encore une Saab !!! Merci, merci… Venez faire un tour du côté de Montbrison, au rassemblement organisé par l’association CARMS. Vous y verrez à coup sur une très rare et magnifique Saab 92, 100% dans son jus.

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