Acheter Une Ancienne : halte aux préjugés bien français

Lorsque l’on parle d’acheter une ancienne, ou même une occasion, ce sont souvent les mêmes conseils qui reviennent. À force, on pourrait croire qu’ils sont entrés dans la culture populaire, mais finalement on ne sait pas trop si leurs fondements sont réellement justifiés. Ce qui est sûr, c’est que les vendeurs savent comment cela marche, et quand leurs autos répondent à bon nombre de ces dogmes, ils n’hésitent pas à faire monter la sauce (et ils ont bien raison). Voilà pourquoi il serait bon de dépoussiérer toute cette série de préjugés. Car à cause d’eux on peut passer à côté de la belle affaire.

Le kilométrage

C’est le premier truc qui revient : « N’achète pas une auto avec trop de kilomètres ». Et à chaque fois j’ai envie de dire pourquoi donc ? Alors oui, pas besoin d’avoir fait polytechnique pour savoir que le kilométrage d’une auto joue sur son usure ainsi que la probabilité d’avoir une casse, de grosses pannes, ou de devoir remplacer certains consommables. Mais à contrario, investir dans une bagnole peu kilométrée ne vous garantira pas sa primeur, et encore moins votre tranquillité. La réalité de l’état d’une voiture étant un peu plus subtile qu’une simple histoire de compteur, il est bon de relativiser la notion de kilomètres parcourus.

Finalement, tout est question de conception, de temps et d’entretien. Une voiture avec 250.000 kilomètres très bien tenue montrera assez peu de stigmates et pourra vous emmener loin, surtout si celle-ci est de fabrication robuste. Tandis qu’a l’inverse, certaines autos sont de vraies ruines a peine passé les 50.000 kilomètres. Et n’oubliez pas une chose, l’homme et la montre abîment bien autant un véhicule que la distance qu’il parcourt, et une voiture qui ne roule pas n’est pas forcément une voiture en bonne santé. Donc si pour vous l’achat n’est pas un investissement mais juste un plaisir, n’ayez pas peur d’aller voir des caisses avec un compteur bien chargé. Les seules conditions étant qu’elles aient été suivies et qu’elles soient encore saines. Enfin ça, vous le savez déjà.

Le carnet d’entretien

Ah le sacro-saint carnet d’entretient ! Ce précieux livret qui, dans l’esprit de beaucoup, assure à lui seul le bon entretien d’une voiture et votre tranquillité de futur acquéreur. Euh…. Ouais, faudrait relativiser un peu. Si le carnet est effectivement une preuve de suivi, et la quasi garantie que celui-ci a été fait dans les normes constructeur avec des pièces constructeurs, il ne garantit certainement pas la qualité du travail. Il ne faut pas oublier qu’un bon mécanicien est la base d’un bon vieillissement. Et bien souvent, on y retrouve que des opérations de maintenances classiques. Donc bien qu’important, sa valeur est à tempérer, surtout pour des bagnoles dont la mécanique n’est pas réputée exigeante. Pour les autos de pointe il serait effectivement mieux, voir parfois nécessaire d’en avoir un.

Je ne suis pas là pour vous dire qu’il est inutile, mais pour ma part un bon dossier de factures, daté et épais comme une bible vous apportera une preuve bien plus détaillée du suivi de votre future belle. Après libre à vous de souhaiter que votre achat ait été entretenu avec des pièces constructeurs. Car il est vrai qu’elles sont quand même de meilleure facture que ce que l’on trouve sur le net. Pensez aussi à éplucher les contrôles techniques qui donneront une idée de l’état du véhicule et de son évolution. Ouais, je sais il y a pas mal de magouilles dans ce domaine alors niveau preuve ça commence à être border-line, mais tout le monde ne triche pas. Dans tous les cas, si le carnet sacré n’est pas forcément d’une nécessité absolue, il est évident que vous devez avoir des preuves de suivi et ce, qu’importe le support.

Benjamin a son carnet d’entretien… mais il lui manque 60.000 km d’infos !

Certainement pas une étrangère

La France comme garantie absolue de la voiture saine avec un compteur juste ! Why not ?! Enfin n’oubliez pas qu’un profane comme moi équipé d’un tournevis peut largement faire gagner 100.000km à sa voiture en un gros quart d’heure. Vive les compteurs à rouleaux. Tout ça pour dire que oui cela arrive qu’une voiture étrangère se voit affublée d’un kilomètrage qui n’est pas celui d’origine. Mais n’oubliez pas que dans certains pays cette opération est légale, n’oubliez pas non plus que la triche demeure aussi assez « courante » en France. Cela dit passé les 200.000km la probabilité d’un compteur remonté demeure plus faible, étant donné que la manip ne fera pas franchement gonfler le prix de vente.

En revanche acheter une auto d’origine étrangère peut avoir un réel intérêt. Pourquoi ? Parce que les configurations ne sont pas les mêmes d’un marché à l’autre. Alors votre rêve se trouve peut-être de l’autre côté de la frontière. Parce que dans certains pays au niveau de vie élevé les autos sont mieux équipées et mieux entretenues. Parce qu’en France on a tendance à vendre à prix d’or des tacots, et qu’on aime un peu trop les voitures grises intérieur noir. Parce que les contrôles techniques de certains pays sont beaucoup plus exigeants et obligent réellement à entretenir une voiture. Parce qu’en France on s’en fout un peu tant que ça roule.

Cette italienne vient d’Italie. Et alors ?

La première main à tout prix

Il semblerait que les premières mains soient mieux que les autres ! C’est une blague ou c’est juste pour se pignoler sur l’historique respectable de sa monture ? Certes, la multiplication des propriétaires augmente le risque de perdre le suivit d’un véhicule, ou que celui-ci soit tombé entre de mauvaises mains. Il est vrai aussi qu’un changement de conducteur répété peut avoir tendance à éprouver une mécanique. Mais en aucun cas la première main ne garantit l’état du véhicule, ni le soin qui lui a été apporté. Et en aucun cas elle ne vous épargnera les pannes. Personnellement, me voir surfacturer un bel historique, juste parce que c’est flatteur ou cool, ce n’est pas ma tasse de thé. D’ailleurs si je demande combien de propriétaire mes véhicules ont eu avant moi, c’est uniquement pour connaitre leur histoire. Certainement pas pour me faire peur ou les dévaloriser.

Fuyez les autos accidentées

Ah l’épreuve de la première osculation par un tiers, et le classique : « Elle a surement tapé la, outchhhhh, c’est pas une bonne affaire ! ». Qu’est-ce que cela peut me fatiguer. Finalement qu’une voiture ait tapé ou pas, je ne vois pas trop ce que cela change à condition que la réparation ait été de qualité. Il est évident qu’une voiture mal réparée ou marbrée est à éviter mais à l’inverse, il n’y a pas d’inconvénients. À y réfléchir, cela peut même jouer en votre faveur. Je m’explique, parce que là, vous devez commencer à trouver cet article vraiment étrange.

Prenons un exemple concret, celui de ma propre auto. Lors de l’achat, rien de perceptible ni de visible, il aura fallu attendre sa première osculation approfondie sur un pont pour m’apercevoir du « drame ». À la vue des nombreux éléments du train arrière anormalement propres, ma belle avait probablement tapé de ce côté jadis. À cette vision je dois bien avouer m’être liquéfié, pensant à toutes les moqueries qui allaient en découler. C’est là que, plein de flegme, mon mécanicien me sort : « Ne t’en fais pas, tu as 80% de ton train arrière presque neuf avec de la pièce constructeur ! Et en plus c’est bien monté. ». C’est vrai qu’on voyait encore les étiquettes ! Le fin mot de l’histoire étant qu’un peu maniaques nous en avons profité pour changer les 20% restants.

En y repensant il n’avait pas tort. Ce genre de couacs peut permettre d’avoir une auto avec des trains (ou autres éléments) plus frais que ce qu’ils n’auraient été sans l’accident. Et bien souvent les échanges sous assurances sont faits avec du neuf constructeur puis vérifiés après montage. Cela dit pour faire baisser la valeur d’expertise en cas d’accident il est possible que les pièces installées soient d’occasion. Quoiqu’il en soit, je préfère avoir ce train arrière proche du neuf que celui d’origine avec ses caoutchoucs vieux de 20 ans. Donc, si vous découvrez malencontreusement que votre voiture a été cartonnée ou que le vendeur vous l’annonce, ne fuyez pas, cela peut valoir le coup, ou vous aider à faire baisser la note. Et puis, cela fait partie de son histoire après tout.

Conclusion

Vous l’aurez deviné, si l’on achète une voiture c’est avant tout pour qu’elle roule, pour en profiter et se faire plaisir derrière son volant. Finalement, tout ce qui compte c’est qu’elle exécute cette tache sans encombres. Et ce n’est pas le fait qu’elle soit bornée, que ce soit une 4eme main d’origine étrangère, qu’elle ait eu un accrochage, ou qu’elle n’ait pas de carnet qui devrait vous faire fuir.

Si j’avais un conseil, à l’achat basez-vous plutôt sur des faits que des idées reçues. Éplucher les documents à votre disposition, inspecter, et essayer, seront de bien meilleurs alliés le jour de l’achat que des “on dit”. Pensez aussi et surtout à vous renseigner sur les différentes faiblesses de la belle, et les kilométrages ou celles-ci se révèlent. Et n’oubliez pas il y a toujours une sorte de pari derrière l’achat d’une voiture qu’elle soit ancienne ou d’occasion.

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Mark
Rédac-Chef Essais à News d'Anciennes
Passionné de photo et de sa BMW E30, Mark a rejoint News d'Anciennes courant 2016.
Essais, road-trip, reportages, tout l'intéresse du moment qu'il peut sortir son appareil photo.

3 commentaires sur “Acheter Une Ancienne : halte aux préjugés bien français”

  1. Très bon article, je suis tout à fait en accord avec ses propos.
    Ne pas oublier qu’une voiture marbrée est souvent mieux alignée que lors de sa sortie usine.

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