Dossier : blanc ou jaune, plein phare sur l’éclairage de nos anciennes

De tous temps, il a fallu éclairer la route pour pouvoir circuler de nuit, mais il a aussi fallu se signaler. Mais depuis les voitures à tractions animales où une lanterne voire 2, à la limite, suffisaient, les choses ont quelque peu évolué. Comment bien voir et faire en sorte de bien être vus sont 2 problématiques lumineuses à laquelle nous allons apporter une réponse pour éclairer vos choix…

Petite histoire de l’éclairage automobile

Depuis que la voiture automobile a été en mesure d’effectuer des voyages suffisamment longs, il a été indispensable de pouvoir éclairer la route empruntée, qui, dans le temps, n’était que rarement goudronnée. L’éclairage à l’avant a permis d’anticiper les dangers de ces routes piégeuses. Bien entendu, ils furent initialement extrapolés des lanternes des calèches et autres locomotives : des lampes à l’huile ou à carbure-acétylène. Dans les deux cas, la flamme est une flamme jaune orangée et non blanche qui est produite, liée aux impuretés de l’huile et au calcium de la chaux produite par la réaction et qui se dépose en gangue sur le caillou de carbure.

Cet équipement perdurera tant que l’électricité et l’ampoule électrique à filament n’auront pas été fiabilisées. Et oui, Thomas Edison a inventé l’ampoule électrique à filament en bambou, qui dure 30 h, le 22 octobre 1879, soit à peu près au même moment où les premières automobiles ont vu le jour. La première ampoule à filament carbone apparaît en 1881, inventée par Lewis Howard Latimer, ingénieur à la Edison Company. Enfin, Carl Auer von Welsbach met au point le filament osmium-tungstène en 1906, créant ainsi l’ampoule électrique à filament moderne… Ouf !

Tout cela pour dire que techniquement, les lampes à combustion n’ont pu être remplacées sur les voitures qu’à partir de 1906. Et là encore, la lumière émise est chaleureuse, émettant du blanc au jaune. Pour mieux éclairer, l’ampoule doit en effet briller plus fortement et, plus elle brille, plus la lumière semble blanche à l’œil. Cette variation d’intensité lumineuse, à puissance électrique identique, est obtenue par des sections de filaments différentes, le filament le plus fin, et en conséquence le plus fragile, chauffant plus et brillant plus.

Bien plus tard, les lampes à incandescence halogènes ont fait leur apparition, mais pas avant 1959 et leur invention par Edward G. Zubler et Frederick Mosby. Dans ces lampes, le tungstène peut atteindre des températures plus élevées par encapsulation du filament dans une ampoule de verre contenant un mélange de gaz rares, aujourd’hui essentiellement un mélange brome et iode. La lumière émise, très puissante, est blanche. Ces lampes sont également plus robustes et ont une durée de vie supérieure aux lampes à incandescence antérieures, les résidus de tungstène pouvant se redéposer sur le filament.

Pourquoi tout cet historique des ampoules ? Tout simplement pour mettre en lumière (admirez le jeu de mot !) le fait qu’avant 1959, l’éclairage de vision nocturne des voitures était plutôt jaune-orangé que blanc pour des questions de technologie initialement et de robustesse de l’éclairage par la suite. Toute cette litanie ne sert bien entendu à rien pour les éclairages de position, servant à signaler la présence du véhicule et qui ont très vite été rouges grâce à l’adoption de verres teintés.

Du côté de la réglementation

Ceci explique probablement pourquoi, le phare jaune était imposé en France par Arrêté du 5 novembre 1936 du Ministère des Travaux Publics. Cet arrêté allait même à stipuler qu’utiliser des phares blancs sur un véhicule arborant une plaque d’immatriculation française était de fait passible d’une amende !

Il se dit que cette interdiction serait liée à la volonté du gouvernement français de l’époque de reconnaître ses véhicules par leur éclairage, en prévision d’une guerre. Thèse évoquée, donc, mais peu étayée relevant au final probablement d’une légende urbaine.
Une autre explication possible, d’origine médicale et basée sur des essais (très) empiriques, rendrait au Front Populaire la volonté de protéger ses concitoyens au prétexte d’une sécurité accrue, par l’adoption du jaune plutôt que du blanc pour les feux de croisement. En effet, un compte-rendu de l’Académie des Sciences de 1934 (tome 199 selon certaines sources) traitant notamment d’optique physiologique et de la teinte jaune des lumières de phares maritimes et d’aviation, mentionnait ceci : “Les observations faites par les usagers, et particulièrement par ceux qui ont une éducation scientifique, montrent que le projecteur éclairé en lumière jaune éblouit moins que la lumière blanche, et que lors de la rencontre entre deux automobiles, la durée de la période de réadaptation de l’œil après éblouissement est notablement diminuée. La lumière jaune donne lieu à une moindre quantité de lumière réfléchie sur le brouillard en temps de brume, ou sur les gouttelettes liquides en temps de pluie. Elle paraît augmenter la valeur des contrastes et réduire ainsi la fatigue oculaire.

Malgré l’évolution technologique et de meilleures capacités d’éclairage en blanc, la réglementation française n’a pas évolué jusqu’en… 1992 ! Et ce n’est pas par volonté propre. L’influence de l’Europe grandissant, l’Arrêté de 1936 a donc été abrogé par le Décret n°92-494 du 4 juin 1992 « modifiant certaines dispositions du code de la route relatives à l’éclairage et à la signalisation », et notamment ajoutant à la lumière jaune, une lumière blanche pour les feux de croisement et les feux de route.


Mais l’épée de Damoclès européenne était déjà présente au-dessus des têtes de nos politiques et autre réglementeurs depuis les années 70. Plus précisément, c’est en 1976, le 27 juillet exactement, que l’Europe produit le premier texte visant à l’harmonisation des dispositifs de signalisation lumineuse des véhicules à moteur entre ses états membres. Ce texte est la directive du conseil du 27 juillet 1976 (76/756/CEE) concernant le rapprochement des législations des États membres relatives à l’installation des dispositifs d’éclairage et de signalisation lumineuse des véhicules à moteur et de leurs remorques.

Ce texte stipule notamment au §3.10 qu’aucun feu rouge ne doit être visible vers l’avant. Les conditions d’utilisation d’un feu rouge vers l’avant sont même strictement décrites : « il faut qu’il n’y ait pas de visibilité directe d’un feu rouge pour l’œil d’un observateur se déplaçant dans la zone 1 d’un plan transversal situé à 25 m en avant du véhicule »

Caractéristiques de vision avant – extrait de la directive du 27 juillet 1976

En parallèle, ce même article mentionne qu’aucun feu blanc ne doit être visible à l’arrière, hors feux de recul… Ce qui fait sens, puisque une auto roulant en marche arrière roule dans le sens opposé du véhicule qui le suit, c’est-à-dire, en quelque sorte en marche avant… Tout le monde a suivi ?
Là encore, le feu blanc vers l’arrière doit respecter certaines règles : « il faut qu’il n’y ait pas de visibilité directe d’un feu blanc pour l’œil d’un observateur se déplaçant dans la zone 2 d’un plan transversal situé à 25 m en arrière du véhicule ».

Caractéristiques de vision arrière – extrait de la directive du 27 juillet 1976

Mais il est important de garder en tête que ce document Européen n’a aucune force de loi, puisque c’est une Directive et non un Règlement. Il a pour vocation d’orienter la rédaction des textes nationaux, sur lesquels l’Europe a droit de regard avant toute publication.

Etat de la réglementation aujourd’hui

Le 13 juillet 2009, cette Directive et ses amendements divers a été abrogée par un Règlement : le Règlement Européen No 661/2009 « concernant les prescriptions pour l’homologation relatives à la sécurité générale des véhicules à moteur, de leurs remorques et des systèmes, composants et entités techniques distinctes qui leur sont destinés ». Cette réglementation très orientée sécurité et protection de l’environnement (contrôle des émissions polluantes), si elle précise les feux obligatoires et leur position sur les véhicules ainsi que les éclairages facultatifs et les conditions d’application, elle en oublie totalement les problématiques de couleur des feux.

Mais au niveau européen, rien n’est simple. Et lorsqu’un Règlement attend son acte délégué ou une décision pour une mise en application complète, on fait avec ce que l’on a, c’est-à-dire en l’occurrence l’ancienne directive jusqu’à la publication du document annexe (acte délégué ou décision) qui précisera les modalités de lecture et de mise en application du Règlement…

Ainsi, et jusqu’à nouvel ordre, c’est-à-dire son abrogation et son remplacement par un autre texte, l’Article R313-3 du Code de la Route français modifié reste applicable dans sa version consolidée à ce jour. Cet article prévoit dans son alinéa que « sauf dispositions différentes prévues au présent article, tout véhicule à moteur doit être muni à l’avant de deux feux de croisement, émettant vers l’avant une lumière jaune ou blanche permettant d’éclairer efficacement la route la nuit, par temps clair, sur une distance minimale de 30 mètres sans éblouir les autres conducteurs. »


Mais alors, pourquoi depuis 1992 les ampoules des voitures neuves sont blanches ?

La brèche de la Réglementation Européenne étant ouverte, et pour faire l’impasse sur des doubles stocks (ampoules jaunes et ampoules blanches), excessivement couteux, sachant que les culots et les puissances des dites ampoules sont eux-mêmes standardisés, les constructeurs automobile en ont vraisemblablement profité pour appliquer le blanc partout et délaisser le jaune. Et les dernières évolutions n’ont pas tendance à inverser les choses ! Elles mettent même en évidence que les nouvelles technologies, comme les LED, les ampoules au Xénon, voire les lasers et les OLED (Diodes ElectroLuminescentes Organiques, actuellement testées en compétition), ont des puissances d’éclairage largement supérieures dans le blanc (et le violet) et des durées de vie également rallongées. Pour résumer, le blanc permet de rationaliser les productions, et reste plus lumineux, éclaire mieux et plus longtemps.

Le blanc est omniprésent, donc, mais contrairement aux plaques d’immatriculations noires pour les véhicules de collection dont l’usage est strictement limité à certains véhicules ayant un certificat d’immatriculation portant la mention « véhicule de collection » (à ne pas confondre avec assurance collection), les phares jaunes n’ont, en France, aucune restriction d’utilisation… à ce jour !

Alors, phares blanc ou jaunes pour l’éclairage de son ancienne ?

En fait, c’est un peu comme on veut, du moment que les obligations mentionnées au code de la route en terme d’éclairage sont respectées (extrait accessible ici).

Pour ceux qui choisissent le blanc, et pour plus de confort de vision par un meilleur éclairage, préférer de faire évoluer la technologie de votre ampoule plutôt que sa puissance. Cela limitera les risques liés à l’excès de puissance qui sont essentiellement un échauffement du réseau électrique (risque de court-circuits), et une surchauffe du globe optique (risque de détérioration voire d’éclatement).

Quant au choix du jaune, il repose finalement sur 3 critères majeurs :

  • la qualité de vision nocturne recherchée
  • la recherche de l’état original de l’auto, le fameux matching number (à lire ici)
  • la nostalgie, peut-être le critère le plus puissant.

Ces 3 critères, séparément ou non, ont conduit à maintenir en production les ampoules jaunes au « code européen », au design de culot retrouvé sur de nombreux véhicules depuis les années 70. Certaines ont également été développées en types H1 et H4.

Enfin, des globes jaunes adaptables sur les ampoules blanches P43t et P45t, afin de permettre aux possesseurs de voitures anciennes principalement, et à d’autres occasionnellement, de préserver cette identité culturelle française du phare jaune. Mais attention, l’utilisation de ces globes implique de se conformer strictement aux ampoules P43t et P45t, tout excès pouvant mener à une surchauffe ayant pour conséquence une défaillance électrique voire un éclatement de l’ampoule.

Si vous voulez trouver la bonne ampoule en 6V, 12V ou 24V, n’hésitez pas à aller sur le site des Classic Elec Auto rubrique ampoules.

Derniers points : ampoules grillées et boîte de lampes

Le code de la route prévoit que le nombre de feux de croisement ou de feux de route soit de 2, ni plus, ni moins, et que tout véhicule doit être équipé de feux en état de fonctionner. Si un feu, et a fortiori les 2, dysfonctionne, ce sera une amende pouvant aller jusqu’à 180 € voire, même, une immobilisation du véhicule. Car, si le code de la route n’impose pas de posséder à bord une boîte d’ampoules de rechange, il faut pouvoir changer (ou faire changer) immédiatement une ampoule défectueuse. Il est donc vivement conseillé d’avoir à bord cette petite boîte qui peut vous sauver un parcours ! Et n’oubliez pas non plus le gant de coton ou de soie qui limitera le risque de se brûler au retrait de l’ampoule grillée et qui permettra de ne pas déposer de gras à la surface de l’ampoule de remplacement ce qui aurait pour conséquence de générer une surchauffe et de réduire sa durée de vie.

Encore une chose. Nul n’est besoin de changer simultanément les 2 ampoules si seule l’une des 2 grille, mais c’est parfois conseillé pour homogénéiser l’usure et limiter le déséquilibrage de l’éclairage de la route.


Fabien
Un lion et un cheval cabré m'ont fait aimer les voitures de mon enfance... Un livre, «La maîtresse d'acier» de Pierre Coutras, et des légendes, Fangio-Moss-Hawthorn, m'ont conduit à me passionner pour des bolides plus ancien.
A mon tour de partager avec vous.

5 commentaires sur “Dossier : blanc ou jaune, plein phare sur l’éclairage de nos anciennes”

  1. Avec les voitures américaines, nous n’avons aucun problème : les phares sont toujours blancs.
    Scellés, (ampoule et cuvelage d’une seule pièce) on change le tout en cas de défection.
    Il va sans dire que, pour ce qui concerne les phares, la boîte d’ampoules prend tout de suite un volume conséquent, à l’image ce celui des voitures . . .

  2. Pas si particulier que cela compte tenu du nombre d’amateurs de voitures américaines (voir l’action récente de la FFVE à propos de la fameuse taxe additionnelle des plus de 36 cv).
    Donc, si les possesseurs d’américaines n’ont pas de problème avec la couleur des phares, ils en ont un pour se procurer les pièces de remplacement. Ils n’en trouvent pas dans le premier Norauto venu, ni même dans le second.
    Alors, prévoyance étant mère de toute les vertus, mieux vaut toujours avoir, au fond du coffre et quelque soit leur encombrement un jeu de ces phares scellés.
    Robert-Louis BREZOUT-FERNANDEZ

    1. Avoir les ampoules jaunes d’époque est un «must have»! Mais pas de panique, les ampoules jaune restent disponibles pour ceux qui apprécient cette lueur nocturne!

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