1000 miles Challenge : on l’a fait !

1000 miles Challenge : on l’a fait !
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1000 miles Challenge : on l’a fait !
Mark
Passionné de photo et de sa BMW E30, Mark a rejoint News d'Anciennes courant 2016. Essais, road-trip, reportages, tout l'intéresse du moment qu'il peut sortir son appareil photo.

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Il y a quelques mois je vous avais parlé d’une idée qui me traversait à ce moment-là. L’objectif, était tout simplement de réaliser une boucle routière de 1610 kilomètres, sans relais, en moins de 24 heures.

Un pari un peu farfelu donc indispensable qui puisait son inspiration dans les Mille Miglia, mes lectures favorites, ou encore les grandes courses de Top gear UK au début des années 2000. Plus je pensais à ce challenge, plus je me disais : et pourquoi je ne tenterais pas le truc ? Le temps a fini par passer, j’ai commencé à bosser sur l’auto, et la planification. Quatre mois plus tard, l’heure était venue de transformer le « tenter » en un « réaliser ». Si cela vous intéresse toujours autant qu’en Février voici le compte rendu de ce qui restera un de mes meilleurs souvenirs de trips routier.

Les départs, qu’est-ce que j’aime pas ça !

Samedi 12 Juin, tous les voyants semblent au vert. Le couvre-feu est repassé à 23 heures, le week-end s’annonce radieux et l’auto est prête. Cela dit la fenêtre n’est pas parfaite car ce beau temps associé à l’allègement des restrictions risque d’entrainer une forte inflation du trafic, mais surtout de nombreux contrôles routiers.

Non pas que j’ai quelque chose à me reprocher, mais surtout que je ne peux me permettre de perdre des dizaines de minutes dans des vérifications administratives. Bref ce n’est pas parfait, mais la météo étant le facteur décisif, il faut y aller car je ne suis pas certain d’avoir d’autres fenêtres en Juin, et cet été ce n’est même pas la peine d’y penser.

Il est 18 heures, j’ai l’habitude des départs mais celui-ci est vraiment particulier, et je l’apprécie encore moins que les autres. Cela fait désormais deux jours que mes nuits sont salement écourtées, difficile de fermer l’œil, impossible de faire la sieste, ces 1000 miles me bouffent. Il est vraiment temps de partir !

Plus je constate mon incapacité à me reposer plus je stresse, plus je pense à toutes les déconvenues que je pourrais rencontrer sur ce périple, ou encore la fatigue qui pourrait arriver plus tôt que prévu. C’est un cercle vicieux et à une heure quarante-cinq du départ ce n’est pas bon, faut inverser la vapeur. Au lieu de regarder la trotteuse en ruminant dans mon coin, je finis par décider de redéfinir la stratégie de route.

J’intègre les nouvelles données de l’équation. Dans l’immédiat, j’en vois deux à prendre très au sérieux : le risque de contrôles accrus en fin d’après-midi, ainsi que le trafic boosté par la météo radieuse et l’allègement de restrictions.

Initialement je pensais entamer les 300 premiers kilomètres en mode soft et mettre un coup de collier dans les Alpes et sur la remonté du Morvan. L’Yonne on peut y claquer de grosses moyennes sans excès particuliers, mais faut que ce soit calme. A 17h un dimanche après-midi, vous y croyez ? Avec les Settons dans les parages, moi pas trop. Il y aura forcément du monde et la maréchaussée dans le secteur. Pour les Alpes en fin de matinée bah c’est pareil, on risque d’en baver !

Bref, avec la redistribution des cartes, la stratégie initiale ne matche pas. Par obligation, va falloir partir fort et gagner le maximum de temps ce soir sur la N4, puis dans les montagnes cette nuit. C’est moins facile de gratter des minutes sur de la double voie à 110, mais on va jouer les atouts de la constance et de la vitesse GPS.

Avec cette nouvelle stratégie, idéalement, faudrait qu’on arrive à gagner à peu près une heure sur le planning durant la nuit. Ça nous permettra de manger, éventuellement de dormir. Mais aussi d’avoir une marge, si les Alpes et le Morvan devaient être pris d’assaut par les badauds. 19 heures, dans ma tête ça se précise enfin.

Au même moment, Alexis qui se charge de la navigation et de me relayer en cas de coup dur sonne à la porte. Ouais, je n’ai pas eu trop de mal à convaincre le garçon de se joindre à l’idée !

Bref, il est un peu plus de 19h ! On attaque les dernières 45 minutes avant le départ, alors c’est un peu la course. Le temps de torpiller une pizza, un café, de checker qu’on n’oublie rien, que la montre indique 19h45. Cette fois, faut y aller, pas le temps de penser à ce qu’on s’apprête à faire. Une dernière photo avant le départ, les encouragements de mon entourage, et c’est parti je démarre le 320. Le temps de dire : « à demain », de mettre en place la playlist, il est 19h47. Là c’est la bonne, ce sera notre heure officielle mais surtout mon objectif à ne pas dépasser demain soir.

De Troyes à Saverne : coucher de soleil, on s’apaise et ça déroule fort

Le départ se fait de façon un peu catastrophée. J’ai du mal à me concentrer. Dans ma tête j’ai déjà deux minutes de retard, et j’entends déjà le lapin de Mars entonner son air. Il serait bon de se calmer car il reste plus de 1600 bornes. La rocade file, 9 minutes plus tard j’arrive au niveau de Creney près Troyes.

Ouf, j’ai récupéré le temps perdu ! Désormais on quitte enfin l’agglo direction Saint-Dizier, là c’est le vrai départ ! À bord on se détend, on prend nos repères. À ce moment précis, je ne pense pas au challenge. C’est comme si je faisais faire un simple tour de bagnole à Alexis. Pour moi, dans vingt minutes on sera à la maison en train de boire une bonne bière en matant les bagnoles, enveloppés par la douce chaleur de cette fin de printemps.

Jusqu’à Saint-Dizier, les kilomètres de lignes droites champêtres filent. On est calé à 90 GPS, l’auto fonctionne parfaitement, ça déroule. Dehors, le soleil plongeant vers l’horizon ambiance de sa lumière dorée l’habitacle et la campagne haute-Marnaise.

À bord, l’atmosphère matche parfaitement, entre le son du B20 posé à 2500 tours, les fenêtres ouvertes, et le titre « Lady » de Modjo qui pointe son nez dans la playlist. Ces premiers kilomètres sont vraiment top, on s’évade, on évacue la tension des derniers jours ! Montier-en-Der, Saint-Dizier, il est 20h52 quand la N4 pointe le bout de son nez. Déjà 95 kilomètres d’avalés et 15 minutes de gagnées sur le book. La suite se présente pour le mieux.

La N4, on l’attaque sur un fond de Stardust, ça faisait longtemps tiens ! Tandis que le soleil se couche, je l’avoue, ces conneries m’avaient manqué. Y a pas c’est comme ça que j’aime voyager ! Cela dit, ce n’est pas le moment de flâner. Stratégie oblige, je dois me tenir aux 100km/h de vitesse moyenne imposée jusqu’à Saverne.

Avec environs 210 kilomètres pratiquement en double voie c’est jouable, suffit juste de cruiser au taquet de la limitation sans faire de pause. En somme, être efficace. Pour le moment, Alexis n’a pas trop de travail, alors il profite de cette belle fin de journée, sur fond de house, funk des années 2000, pour faire quelques clichés souvenirs. Parmi eux, on aura une petite pensée pour cette E46 modifiée façon QGDT qui nous aura bien fait marrer.

Trêve de plaisanteries, Nancy, puis Lunéville, il n’est pas tout à fait 22h quand l’obscurité commence à se faire présente. Pour l’instant la route est savoureuse et l’arrivée de la nuit est un moment aussi magique que dans mes souvenirs. Mais les insectes venant s’écraser en masse sur le pare-brise ne tardent pas à me déranger.

J’y vois de moins en moins et balancer du lave glace est aussi efficace qu’un PRV sous le capot d’une XM. Ouais, c’est inutile, mais bon le temps passe tellement vite qu’on ne voit pas le col de Saverne arriver. Il est un peu moins de 23h, circuler devient infernal avec ce parebrise. Faut qu’on fasse quelque chose et vite ! Ça tombe bien, j’ai roulé comme il fallait, alors je vais pouvoir profiter d’une pause ravitaillement pour nettoyer tout ça.

De Saverne à la Faucille : Magic night !

Saverne, Marmoutier, je suis aveugle à chaque SUV que je croise, il faut que je trouve une station à tout prix ! Enfin en voilà une ! Pendant qu’Alexis remet les 26 litres consommés depuis le départ je me charge de laver le pare-brise en courant. Ça fait très « pit stop », mais c’est marrant. Ni une ni deux on repart !

Les 20 kilomètres jusqu’à Wangenbourg sont avalés sans même que je m’en aperçoive. Le temps de faire une petite pause « photo » au pied de l’ancienne maison de vacances de mon meilleur ami qu’on attaque le col des pandours. Cela fait déjà 350km qu’on roule, Alexis peut lâcher sa calculette et enfin passer à l’action. Evidement ça cafouille un peu au début. Il n’y a pas de réseau alors il faut naviguer à l’ancienne avec la carte.

Alexis se débrouille plutôt bien, c’est important car ces routes je ne les ai pas empruntés depuis des années, alors de nuit je suis un peu rouillé pour m’y retrouver. Puis je dois surveiller le gibier tout en fournissant un travail suffisant pour faire taire le refrain d’Alice au pays des merveilles. Oberhaslach, Schirmeck, ça roule efficacement, on ne commet pas d’erreurs et sur la montre, ça paie !

Comme prévu, les minutes d’avance s’additionnent à mesure que je franchis les virages. Tant est si bien qu’on pointe au col du Bonhomme avec 36 minutes d’avance sur le roadbook. C’est une excellente nouvelle, mais il faut rester concentré car la route des crêtes s’annonce difficile à cette heure de la nuit. Coté fatigue rien à signaler. On a parcouru un quart du total et on est plus en forme que jamais !

Jusqu’au grand ballon la consigne, c’est d’enfoncer encore le clou. Sur la route, pas un chat, le GPS est revenu, et je connais correctement ce tracé rapide tout en pif-pafs. La situation est bien en main, on peut focaliser notre attention sur le gibier et l’asphalte ! D’expérience, je sais qu’à cette heure-ci, dans ce secteur, deux paires d’yeux ne sont pas de trop.

J’avais prévenu dans les instructions du roadbook, et les 30 biches, cerfs, sangliers comptés en moins de 50km illustrent parfaitement ces avertissements. A part deux freinages un peu rustres tout se passe bien. Finalement l’horloge indique 0h58 au col du grand ballon ! 460km et 55 minutes d’avance, la stratégie est payante, on peut faire une vraie pause à la lueur des étoiles.

Col du grand ballon, 1343m d’altitude, il ne fait pas froid, puis la vue est superbe entre le ciel étoilé et les éclairages de la plaine du Rhin à perte de vue. On ne pouvait pas mieux clôturer la première chaine de montagne ainsi que le premier sommet de notre périple ! D’ailleurs, c’est le moment sortir les appareils photos ! Mince j’ai oublié mon trépied, ce ne sera pas pour cette fois. Histoire de, j’essaye quand même de poser le boitier sur une poubelle en béton mais j’oublie de retirer le polarisant. Quel con ! Forcément dans le noir ça va pas, du coup je sors le portable en comptant sur Alexis pour immortaliser l’instant.

Quelques photos plus tard, il faut repartir histoire de ne pas bouffer tout ce qui a été acquis. Cette fois, direction Cerney, puis un bout de plaine avant d’entamer le Jura !

La descente du Grand Ballon se veut technique et longue. À bord on a baissé la musique, on se concentre de nouveau sur la route et le gibier. Je roule comme ça depuis 180 kilomètres, à 2 heures du matin, j’avoue commencer à me lasser des lacets. J’aimerais bien dénouer tout ça, retrouver des routes plus soft et pouvoir avancer un bon coup.

Heureusement, je me connais, sur le roadbook j’avais prévu le truc en clôturant chaque session de montagne par une section plus posée. Belfort une portion à 110 pointe le bout de son nez. Il fait nuit noire, pas un chat, les bandes blanches filent au rythme du tachymètre, et la playlist change radicalement pour soutenir cet instant.

Désormais, la Nu-disco et la lounge laissent place à de la bonne vieille Trance des familles. On remonte le volume avec le remix de « Silence » (Sarah Mclachlan) par Tiësto, une tuerie pour les amateurs du genre ! Tout comme son « Adagio for Strings » ! Paul Oakenfold et les autres artistes qui prendront le relais sont loin d’être en reste. Bref c’est le genre de musiques qui se marient parfaitement avec la vie nocturne, et qui donneraient envie d’envoyer l’aiguille du tachymètre dans le fond sur ces gros axes routiers.

Malheureusement, ce ne sera pas pour cette fois, de toute façon les lumières de Montbéliard filent déjà et nous quittons la double voie pour entamer le Jura en direction de Morteau.

Pour l’instant on ne ressent ni la fatigue, ni le temps qui défile. Dans nos têtes on a pas l’impression que cela fait bien 7h que l’on roule sans vraiment s’arrêter. C’est la magie de la nuit, pouvoir dérouler, laisser filer le temps sans s’en rendre compte, sans être parasité. A l’instar de ce genre de trips, cette vieille amie tout de noir vêtue m’avait manqué !

Morteau 3h09 malgré la pause du grand ballon on a encore 34 minutes d’avance sur le book. C’est bien mais faut continuer à bosser de concert sur la route ! Alexis fournit un excellent job jusque-là mais je sens qu’il commence à flancher. Il m’avait prévenu qu’entre 3h et 5h ça allait être dur pour lui. De mon côté je suis rompu à l’exercice, alors je continu de dévorer le Jura !

Dévorer c’est le bon mot, car j’avais fixé une moyenne assez optimiste. De mémoire il ne me semblait pas qu’il y avait autant de dos d’ânes, de radars, et de changements de limitations. Bref j’applique les règles de bases, freinages tardifs, accélérations franches, vitesse GPS.

Forcément ça rend la conduite un peu brutale mais chaque seconde est bonne à prendre, puis ça n’empêche pas mon copilote de somnoler. Pontarlier, lac de Saint Point, Mouthe, les Rousses, le Jura défile tandis que le jour commence à percer le manteau noir de la nuit sur fond d’hôtel Costes. 700 kilomètres, c’est l’heure bleue, Alexis est au bout de sa vie ! Ça tombe bien car j’ai un remontant des plus efficaces à lui proposer.

Une Red Bull ? Non, ça faut en prendre le moins possible, puis la nature offre de nombreuses solutions plus douces. Vous vous souvenez du Col de la Faucille ? Et bien, caler cette étape au moment où le soleil commence à blanchir l’horizon, c’est purement stratégique.

Mais avant ça il faut refaire le plein, cette fois j’en ai pour 37 litres. Aussitôt dit, aussitôt fait, maintenant il est temps de passer au pied du Crêt de la neige, checker notre deuxième point culminant et en finir avec le Jura ! Il est aux environs de 5 heures lorsque l’on franchit les 1323 mètres du Col de la Faucille.

Désormais j’attaque la descente sur Gex et le Genevois. Les Virages s’enchainent quand soudain la vue nous explose littéralement à la gueule ! Je suis cloué sur place !

Immédiatement je fais signe à Alexis de sortir de sa léthargie ! Il regarde devant lui en sursaut me lâchant un “purée faut qu’on s’arrête”.

Face à nous le Léman surmonté du Mont Blanc enveloppé dans une brume mystérieuse. J’ai beau être déjà passé par là, jamais je n’avais eu ces conditions. A 5h05 avec 35 minutes d’avance, on ne pouvait pas avoir plus belle récompense ! Forcément, on s’arrête, on admire, on shoot, et on bouffe nos 35 minutes.

Pas grave car de toute manière cette vue a instantanément éradiqué toute forme de fatigue ou de lassitude. Après tout c’est aussi pour ces instants sacrés qu’on s’est lancé dans ce trip ! Cela dit, il faut dire adieu au Jura, et à cette nuit magique qui nous a offert la route dans son appareil le plus délicieux.

De la Faucille au Semnoz : Cassure

C’est empli d’énergie que nous partons à l’assaut du crochet Alpin de ces 1000 Miles. Désormais notre objectif, c’est le Mont Blanc ! Mais avant ça il faut s’affranchir du Genevois et de la vallée blanche.

Une section plate, urbaine, pas forcément agréable pendant laquelle on a le soleil rasant en pleine face. Malheureusement il ne pouvait en être autrement même si j’avais élaboré une boucle en sens horaire nous évitant au maximum cette déconvenue. Du coup jusqu’à l’autoroute blanche je roule en mode Ari Vatanen au sommet du pikes peak, c’est pas ouf mais ça fait le taff.

Annemasse, la porte des Alpes, il ne me reste plus qu’à fendre les sommets sur 60 bornes jusqu’au parvis du Mont Blanc. À cette heure, après autant de montagne, les 130km/h paraissent énorme mais ça fait du bien de voir la distance filer si vite.

Pour le moment Alexis n’a plus à me guider, histoire d’être certain de pouvoir m’assurer plus tard il décide de piquer 15 minutes de sieste. De mon côté après 800 bornes ça va. Et puis tracer sur autoroute au milieu des alpes éclairées par la golden hour, sur fond d’un « Satisfy » de Nero, ça me file la gouache. En fait ça me rendrait limite con, mais je ne dois pas me laisser embarquer par mes envies de vitesse.

D’ailleurs, je suis tellement dans le bain que je n’ai pas fait gaffe au cap des 50% que l’on vient de franchir ! Pour l’instant, tous les éléments de ce trip s’articulent aussi bien que j’en rêvais et ces 1000 Miles semblent d’une facilité déconcertante.

Bonneville, Cluses, Sallanches, ça défile vite sur l’A40. En moins d’une demie heure nous nous retrouvons sur l’aire de Passy, au pied du Mont Blanc.

On est face au plus haut sommet des Alpes et d’Europe. La vue et l’ambiance valent leur pesant d’or. Imaginez le massif enneigé délicatement souligné par les premiers rayons du soleil. C’est magique, mais on n’a pas trop le temps de s’attarder. Ces adieux déchirants font partie du jeu des mille miles sur route en 24 heure. Bref il faut repartir et quitter l’autoroute en direction de Saint Gervais les Bains.

Saint Gervais, 7h01, nous n’avons plus qu’une dizaine de minutes d’avance. On a concédé un peu de temps, mais je sais pertinemment qu’avec de bonnes conditions de roulage j’aurais tout repris au Semnoz.

Alors je me remets au travail sur la D909. Etonnement, je ne ressens toujours pas les effets de la route après 11 heures sans relais. Vous me direz, on vient de se gaver de merveilles, forcément ça aide.

Et ce n’est pas le balcon des Aravis sur la route de Megève, ni la descente sur Flumet qui vont venir casser le délire ! Pour l’instant c’est juste parfait, et entre deux virages, Alexis m’informe qu’on regagne très rapidement du temps sur le book !

Au pied de la monté du Col des Aravis c’est une excellente nouvelle ! D’ailleurs c’est le moment de dégourdir le six en ligne. Par respect pour la machine, je n’ai pas trop tiré dessus jusqu’à présent, mais je vais pouvoir m’amuser un peu plus dans cette ascension.

Au menu, seconde, troisième, pifs-pafs, épingles, et pas un chat. Avec le soleil dans le dos c’est top, et sans voir le temps passer on arrive au sommet.

7h32, col des Aravis, 1498m, on a environs 30 minutes d’avance. Pour nous c’est le moment de prendre un gâteau petit déjeuner, et de faire quelques photos du point culminant de notre trip. Là-haut, c’est calme, hormis un amateur de virée à la fraiche en R8 Gordini, personne ne vient troubler cet instant.

Une grosse dizaine de minutes plus tard, j’attaque la descente en direction du Semnoz. La Clusaz, Saint Jean de Sixt, Thône, le trafic commence à se faire présent.

Pour l’instant je parviens à m’en défaire en jouant à saute-mouton, mais ces dépassements trop nombreux à mon gout annoncent une suite plus éprouvante. Nous arrivons au pied des Aravis, sur fond de Cannons “fire for you », Alexis me renseigne sur le trafic le long des berges du lac d’Annecy.

Il est encore tôt, c’est fluide, je n’ai pas besoin de changer la feuille de route alors direction Saint Jorioz pour récupérer la montée du Semnoz. Pour l’instant le travail paie bien et je nous ai octroyé une belle avance au niveau de Duingt. Reste plus qu’à espérer ne pas l’avoir perdue au sommet.

Saint Jorioz, nous quittons le lac d’Annecy, pour se faire une session de grimpette. Malheureusement l’ascension se révèle assez rapidement infecte. Les cyclistes sont déjà de sortie, mais ce ne sont pas eux les plus gênants. Non, ce sont les camionnettes de touristes, les campings cars et autres bagnoles toutes plus grosses les unes que les autres coincés entre 15 et 40km/h.

La route est large, mais sinueuse, et sans visibilité. Faute de couple à la relance je suis cloué derrière ces limaces. Impossible de doubler dans ces conditions et la montée prend des airs de calvaire. À bord la tension grimpe, même Alexis qui est du genre posé commence à perdre son sang-froid. Quelle plaie !

Le temps nous file entre les doigts, il n’y a rien à faire. On fulmine ! Par chance, sortie de Leschaux j’ai une fenêtre. Je craque la première, balance tout dans le rouge, et double les gêneurs d’une traite. Jusqu’au sommet je n’ai plus le choix il faut arsouiller un peu. Coup de bol je crois qu’on a désormais la route à nous seul !

9h15, 963 kilomètres, nous sommes au sommet du Semnoz avec quand même 40 minutes d’avance. La vue est belle, la situation est confortable, mais l’ascension nous a un peu dégouté. Moralement on est plus dans le même état d’esprit, maintenant il faut en finir rapidement avec les alpes avant qu’il n’y ait vraiment trop de monde !

Du Semnoz à Lons le saunier : Le mur du milieu de plein fouet

L’étape critique d’un roadtrip c’est lorsqu’on a passé ce qu’on considère comme le point le plus éloigné et qu’on entame le retour. La montée du Semnoz a vraiment été pénible et on sait qu’on attaque le retour laissant les meilleurs moments derrière nous.

C’est dans cet état d’esprit qu’on longe les hauteurs du lac du Bourget, via la route de la Chambotte. La section est cool, mais à l’approche des 1000 bornes je n’ai plus spécialement envie de cols et de balcons étroits à même les falaises. Là je veux juste rouler normalement et respirer. Alexis l’a bien compris. Même si je ne suis toujours pas claqué, il a remarqué que je commence à être un peu irascible. De mon côté je constate que le Semnoz lui a aussi porté un coup au moral.

Vars, 10h41, kilomètre 1000, on a plus que 16 minutes d’avance lorsqu’on franchit le Rhône. Comme prévu, le tracé s’élargit pour reposer les esprits. Mais ce n’est pas pour autant que la situation s’améliore. Ça ne va pas, on perd trop de temps.

Lons le Saunier n’est plus qu’à 130 bornes, et coincé dans le trafic, il me semble impossible de gagner quoi que ce soit. Cela dit je garde espoir et continue de miser sur la remontée rapide du Vouglans entre midi et deux. Mais avant ça il faut rejoindre Oyonnax… Enraciné dans le flot des Picasso lâchés à 50km/h je vais devoir encore laisser filer quelques précieuses minutes. Pour moi c’est comme si ce fichu lapin était assis derrière nous entonnant son air avec toujours plus d’insolence : « Self control !».

Saint Germain de Joux, enfin notre salut est la ! Enfin, on quitte la D1084 et son trafic. Ces 20 kilomètres sur petite route de montagne sont les derniers du genre ! Vous la voyez venir la session d’attaque jusqu’à Echallon ? Vous, peut-être pas, mais nous, ça fait bien 60 bornes qu’on rêve d’être tranquilles !

Sortie de Saint Germain, je déboite sans attendre une Seat et un Duster à la conduite calamiteuse. Je ne suis pas là pour claquer du 160, mais j’aimerais bien dépasser les 50km/h. Bref, pendant les quelques minutes qui suivent, Alexis se transforme en vrai copilote m’informant du profil de la route en temps réel. Pour nous c’est l’occasion d’arracher quelques secondes au lapin de Mars, mais surtout de tester notre fraicheur et d’oublier le dénouement désastreux des alpes.

Midi, on est à Oyonnax ! Je n’ai pas gagné de temps mais j’ai limité la casse. Le 320 réclame un peu de boisson, il faut qu’on s’arrête. Ce sera le dernier « pit stop » pour la belle. Afin d’assurer les 550 kilomètres restants, on la gave à raz du bouchon. Oyonnax – Lons le Saunier, je mise beaucoup dessus, et j’espère qu’entre midi et deux les touristes seront sur les berges du Vouglans, pas sur la route.

Malheureusement ce n’est pas le cas. Cette section se transforme en chemin de croix. On ne dépasse presque jamais les 70km/h alors qu’on pourrait enquiller à 90. Tic tac, les minutes m’échappent et je ne peux rien faire, y a des bagnoles et des camping-cars de partout ! C’est infect mais on n’a pas le choix, il faut subir !

Durant ce périple le calcul mental des moyennes m’aide à savoir ou j’en suis niveau fatigue. Alors à Lons le Saunier je fais un bilan avec Alexis. Cette fois, on est dans le rouge ! La moyenne à tenir pour rentrer dans les 24h est passée de 60km/h aux Aravis à 68km/h à Lons le Saunier. Sur route c’est beaucoup.

Pour nous ça pue, mais ça veut surtout dire qu’on ne va pas pouvoir manger et qu’il va falloir impérativement charbonner pour inverser la tendance avant le Morvan ! C’est le tribut à payer pour espérer boucler dans les temps !

Paradoxalement, j’implore l’arrivée de la plaine de Saône et de la torpeur qui va avec ! Bref, il est 12h20 et le mur du milieu a vraiment fait des dégâts. Que ce soit sur le plan moral ou physique on est pas loin de lâcher l’affaire. Mais il faut passer outre et ne pas abandonner !

De Lons le Saunier à Château Chinon : Sauvetage Charolais !

La plaine de Saône et le Charolais m’inquiétaient lorsque j’avais tracé le roadbook. Par habitude, je sais que je suis faiblard entre midi et deux. Hors ces régions proposent des routes carrément monotones. Etrangement, sur le terrain, cette section ne me fait plus peur. A bord je suis fermement décidé à remonter la pente savonneuse sur laquelle nous nous trouvons !

L’absence de trafic, les villages limités à 70, et les grandes lignes droites deviennent même mes meilleurs alliés ! Le temps de dépasser un camping-car Suisse à peine plus rapide qu’un cycliste que je me remets au travail. Enfin ça déroule, et enfin je reprends du plaisir derrière le volant ! Moralement ça fait du bien et physiquement ça suit. Bref je retrouve la pêche même si je sens l’hypoglycémie pointer.

A bord la notion de temps s’inverse. Jusqu’à ce matin on avait l’impression de n’avoir roulé qu’une heure ou deux, mais à 13h j’ai l’impression d’être parti il y a une semaine. Faut dire qu’on a vu énormément de choses très contrastées depuis le lever du jour et cette intensité a tendance à fausser la notion du temps.

Trêve de divagations, nous arrivons sur Tournus. Il est 13h07 et je commence à reprendre la situation en main sous les indications précieuses d’Alexis. Le temps de faire un crochet par le très joli centre-ville que nous filons sur Cluny et son abbaye !

Toujours pas un chat, la campagne est belle, la route un peu technique, et Alexis pique clairement du nez. De mon côté ça va, mais je sens que j’entre en pilotage automatique, et que je manque clairement de carburant.

Pas de conneries, on s’arrête à Cluny même si la situation est encore fragile. Je n’ai pas très faim mais, je me force à manger un autre biscuit petit déjeuner. Alexis engloutit sa demie pizza, s’en suivent deux Red Bull et retour à bord, à nos places respectives. Mine de rien, cette pause à fait du bien. Désormais il nous faut rejoindre la Loire à Digoin.

Le trafic se charge mais la RCEA ne traverse pas de villages, alors quoiqu’il arrive la moyenne est favorable, et puis on ne tarde pas à récupérer un tronçon a 110.

400 kilomètres qu’on avait pas eu le droit à ce luxe, bon sang que ça fait plaisir de ne plus avoir à penser au trafic et à comment doubler. Ça fait du bien ! Je sais je le répète souvent. En fait je suis en train de bénir la RCEA, tandis que nous franchissons Charolles puis Paray le Monial !

Quelques minutes plus tard, c’est sur les bords de Loire, à Digoin que nous pointons. Désormais on parle en moyenne nécessaire et plus d’avance ou de retard sur le book. La bonne nouvelle c’est qu’on est retombé à 63km/h et qu’on va être tranquilles pendant encore 100 km.

Finalement, la plaine de Saône et le Charolais se sont très bien déroulés. On a su tirer parti de cette campagne déserte et ça nous a sauvé la mise. Maintenant on peut se détendre et savourer la remontée vers Troyes.

Dans nos têtes c’est certain, on va boucler dans les temps. Pour moi c’est certain, je suis encore suffisamment bien pour ramener le 320 derrière le volant ! Histoire de fêter ça on remet un peu de musique. Quoi de mieux que “So flute” de Saint Germain pour accompagner cette remontée qui prend désormais des airs de balade sous le soleil dominical ? Bref, un dernier arrêt avant Château Chinon, et à 16 heures le Morvan est à nous !

De Château Chinon à Troyes : Boucler la boucle !

Cela fait bien 20 heures que je conduis, et bizarrement je ne ressens pas vraiment les effets pervers que l’on peut rencontrer lors de ce genre d’expérience. Alors attention je ne dis pas que l’exercice est facile. Mais à ce stade, je m’attendais à bien pire voir même à ne plus être au volant.

Finalement, le plus compliqué, c’est de gérer le manque d’alimentation. Je n’ai pas vraiment mangé sur la route, et je commence à puiser dans la réserve. Ça se voit, un rien m’agace et je commence à m’engourdir. Pour l’instant rien de grave, la lucidité est toujours bonne, tout comme la concentration et le niveau d’éveil.

Et puis à 200 kilomètres de l’arrivée le moral est excellent ! C’est le plus important et c’est lui qui va nous permettre de finir. A bord on pense déjà à la maison, mais il faut patienter. D’abord on se fait le tour du lac des Settons.

Fin d’après-midi oblige, il y a du monde, ça coince mais à ce stade on s’en fout un peut même si on garde un œil sur la montre. Le temps de larguer les quelques motards du dimanche et se tape une bonne tranche de routes tournoyantes entre vallons et bocages. Le Morvan c’est top, et contrairement aux estimations, on est plutôt tranquilles pour le moment.

Avallon, on a 22 minutes d’avance sur le book, la vitesse moyenne requise est désormais raisonnable avec seulement 50km/h à tenir. C’est dans la poche ! Mais il ne faut pas se laisser happer par le retour ni baisser la garde. Preuve en est avec l’accident évité de justesse à Lucy le bois. Un Néerlandais garé, s’engage sans clignotant au dernier moment, nous refusant la priorité. Il ne regarde pas ses rétroviseurs, et il est trop près (10m tout au plus). Bref à 45 je ne pourrais jamais m’arrêter, pas la peine d’essayer. Je ne panique pas. Je klaxonne et l’esquive en remettant les gaz visant le peu d’espace qu’il me restera avec le trottoir lorsque je serais à son niveau. Cette fois c’était chaud ! Cela dit, ma réactivité est un bon témoin de mon niveau de forme après 22h de conduite.

Evidemment, cet évènement nous a un peu échaudé mais on passe vite à autre chose et je détale dans la campagne Icaunaise. Tonnerre, plus qu’une grosse centaine de kilomètres. Pour nous c’est à l’autre bout de la rue, on savoure !

Ces routes que je connais par cœur me donnent la pêche, tout comme à Alexis qui a fourni un travail exemplaire jusque-là. Je ne suis plus engourdi, je ne ressens plus le manque de sucre. La joie et l’adrénaline ont pris le relais tandis que l’on arrive à Chaource. Cela fait bien 150km que je n’ai plus besoin de navigation mais Alexis tient son rôle jusqu’au bout, m’indiquant les points de contrôles de gendarmerie à éviter.

Pargues, Villemoyenne, je ne me suis pas trompé, la cavalerie est de sortie et j’adapte légèrement le tracé sous les indications d’Alexis. A cette heure-ci, les minutes sont trop précieuses ! Mesnil Saint Père, il est 18h40, cette fois je suis définitivement à la maison. Le temps de faire un petit check au lac de la forêt d’orient et je repars à l’assaut des 45 derniers kilomètres.

A ce moment j’ai un peu perdu la notion du temps, les bornes filent si vite, tout semble désormais si proche si facile. J’ai à peine eu le temps de jeter un œil au moulin de Dosche que je me retrouve sur la rocade de Troyes. On ne roule pourtant pas bien vite mais après autant de kilomètres c’est l’effet que ça me fait. Creney, ça y est la boucle est bouclée. Sur ces mille miles, il n’en reste plus que dix de double voie à 110.

À bord on ne réalise pas encore ce qu’on vient de faire, c’est comme si on rentrait d’un simple tour. Les seules choses qui pourraient trahir l’expérience c’est le visage extenué d’Alexis, ma dégaine de cocaïnomane, l’état de la bagnole et les pneus bons à changer.

Paradoxalement les dix dernières minutes sur fond de « For you » par Victoriya semblent plus longues. Dernier rond-point sous cette air de circonstance, et le capot moucheté du 320i franchit la ligne d’arrivée.

Il est 19h20, on a 27 minutes d’avance sur les 24h, et 3 minutes de retard sur le roadbook en ayant rallongé le trajet de 8km. Machinalement je rentre directement la voiture sans même saluer mon entourage qui guettait depuis quelques minutes le son du M20. Je coupe le contacte et là, tout retombe.

Autant Alexis semble éclaté mais conscient et heureux d’avoir participé challenge, autant je donne l’impression d’émerger d’un rêve. Je suis à l’ouest, peu démonstratif et je n’ai qu’une idée en tête : ranger mes outils. Dans ma tête le vide s’est installé, comme si rien ne s’était jamais passé. Je n’ai tout simplement rien à dire, j’apprécie juste d’être sortie de ma bulle d’acier. Même si dans le fond j’aurais aimé que cela ne s’arrête jamais. Drôle de dénouement non ?

Conclusion

Avec du recul j’en ai pensé quoi de ce 1000 Miles challenge ? J’ai toujours un peu de mal à mettre des mots sur cette expérience. Mais je dirais que c’était violent et ouf.

Violent sur le plan physique, mental, mais aussi violent en terme d’intensité, de contraste et de contenu à assimiler en une seule journée.

Ouf parce tout était beau, parce que passer la nuit dans les Vosges, la matinée dans les Alpes et l’après-midi dans le Morvan en ayant checké la Loire, bah c’est la magie de l’automobile. Ouf aussi, parce qu’il y avait un réel défi n’en déplaise aux boomers, et autres Marseillais. Bref de la conception à l’exécution, ça restera probablement une de mes meilleures expériences derrière un volant. En espérant que ce voyage par la lecture vous ait plu.

Pour ceux que cela intéresse je vous invite à lire cet article que j’ai découvert peu après mon retour. Le thème est le même mais c’est en moto du côté de la Bretagne que cela se passe, il suffit de cliquer ici.

Pour terminer voici 2-3 questions en mode débriefing avec Alexis

Comment expliquer l’absence de somnolence et de fatigue physique sur la route ?

Mark : Je dirais tout simplement qu’à force d’expérience, ce trip a été bien préparé. J’ai pu créer un roadbook qui m’était taillé sur mesure. Il ne faut pas croire mais rien n’était laissé au hasard. Ce genre d’expérience exige une grande précision et ne laisse aucune place à l’approximation. Les heures, les changements de vitesses, de type de routes, les points d’intérêt, tout était calculé sur mes rythmes et pour pallier à mes faiblesses. Même la playlist ! Puis j’étais tout simplement en forme.

Evidemment Alexis a joué un rôle clé en me délestant de l’orientation dans les endroits que je ne connaissais plus, et m’assistant lorsque j’avais besoin de son attention. Il m’a permis d’économiser énormément d’énergie tout en découvrant « Ma » notion de road trip. Sans lui j’aurais probablement réussi la boucle, mais peut-être pas à l’heure, et probablement pas aussi “frais” à l’arrivé. On a bossé en équipe et ça a payé.

Il ne faut pas non plus oublier ma brave 320i. Du haut de ses 250.000km elle s’est révélée être une routière redoutable, « sobre » et fiable malgré l’âge. En près de 24 heures sans s’arrêter de tourner elle ne nous a causé aucuns soucis. Pourtant avec la montagne, la chaleur, et le rythme imposé, il y avait de quoi. On en dira ce qu’on voudra mais je trouve ça fort pour une caisse de 33 ans. En somme, c’est un bel outil pour ce genre de trip. Au cas où certains l’auraient oublié, l’outil c’est important, on ne fait pas une géométrie avec un râteau. Ce n’est pas de la triche, juste du bon sens et de l’intelligence.

Alexis : Pour être sincère j’ai eu deux coups de barre, mais majoritairement, le fait d’être un duo soudé a permis d’effectuer ce trajet sans encombre, on a su se tenir en forme quand il le fallait et on a su se laisser du mou aussi. Aucune tension l’un envers l’autre n’est apparue et heureusement, seule l’excitation du départ, la sensation du bout du monde, et l’impatience de l’arrivée nous guidait. Fait marquant à souligner, je n’ai eu aucun problème de jambes lourdes ni de crampes aux fessiers qui sont pourtant des choses redondantes lorsque j’effectue de longs trajets.

C’était un peu débile et dangereux comme idée ?

Mark : Sur le papier même si j’adore le concept je dirais que oui. Dans la réalité l’exercice était maitrisé et assuré. Finalement le seul danger de réel de l’expérience est venu de l’inattention d’une tierce personne. Personnellement je me suis entrainé pour ce genre de conneries. J’ai appris à me connaitre et par-dessus tout, je savais dans quoi je m’engageais et quels seraient les signaux pour m’arrêter. Puis rien ne nous obligeait à finir. Donc non, dans la pratique ce n’était pas plus dangereux que n’importe quelle autre session ou départ en vacances.

Alexis : Oui et non. Oui pour le néophyte, non expérimenté. Ceci dit… Il faut être sacrément frappé pour vouloir enquiller une boucle de 24h ! Mais cela ne rappelle-t-il pas les belles heures d’antan, où l’on a connu les différents défis comme le tour du périph’ Parisien en Alpina, un Paris-Marseille aussi vite qu’un TGV en moto… Bref, un morceau de passion mécanique et de dépassement de soi. Un bon exercice de vie !

On aurait pu en faire plus ?

Mark : En 24 heures avec ce tracé dans ces conditions, non. Par contre sans limite de temps oui on aurait probablement pu rajouter 3-400km à cette boucle avant de vraiment prendre des risques inconsidérés. Cela dit une bonne pause et un repas auraient été nécessaires. D’ailleurs Alexis est rentré à Dijon sans encombres le soir même.

Alexis : Personnellement oui, mais pas 500 kilomètres de plus non plus, mon visage en témoignait, je ne m’étais jamais vu avec d’aussi grosse cernes et une aussi grosse sensation de lourdeur. Malgré tout, 15-20 minutes après l’arrivée j’ai retrouvé un vrai coup de jus qui m’a permis de rentrer chez moi non s’en en mettre un coup au chrono !

Il y a eu un contre coup ?

Mark : Peu après l’arrivé oui. Je ne cache pas que quand tout s’est arrêté j’ai commencé à avoir des vertiges. Faut dire que j’ai passé ma journée concentré, focalisé sur le mouvement, et que j’avais à peine mangé. J’étais aussi bien incapable de suivre une discussion. En revanche le lendemain comme si de rien était, levé 5 heures pour aller laver la belle, et les jours suivants aucuns signes de contre coup.

Alexis : Oui, dès mon moteur coupé dans mon garage, toute la pression est retombée et je n’ai eu qu’un dernier souffle à accorder à ma demoiselle avant de sombrer dans l’ivresse du sommeil. Etant un gros dormeur, mon aurore à moi fût aux alentours des 14h le lendemain. Suite à cela, la vie a repris son court et… Rien à signaler hormis un défi que je saurais préparer et maîtriser à l’avenir.

Si on te proposait de le refaire ?

Mark : En conducteur, oui, mais qu’est-ce que cela m’apporterait ? Rien. Si je devais le refaire une seconde fois, ce serait en tant que navigateur ou assurance retour pour le conducteur. Assurer et partager les connaissances ça me semble une belle forme de recyclage pour cette expérience.

Alexis : Au volant, oui, en navigateur de Mark oui. Comme je lui ai régulièrement dit, il a la chance d’appartenir aux personnes qui ont mon entière confiance (impossible sinon d’imaginer une quelconque addition ou de ne pas effectuer un frein fantôme furtif). De ce fait, peu importe ma place dans l’habitacle, mon ticket est déjà réservé !

Est-ce que tu conseillerais de le faire ?

Mark : Si on a ce qu’il faut pour, oui sans hésiter. Ce sont des expériences vraiment particulières, difficiles, grisantes et enrichissantes. En revanche, si on n’a ni l’expérience ni le savoir requis non faut pas y aller. C’est pour ça qu’Alexis a préféré le faire en navigateur plutôt qu’au volant de son auto.

Alexis : Concernant l’expérience humaine et la sensation de liberté, oui. Pour le côté sécurité, non. En effet, ce défi demande une très grosse préparation, et surtout savoir rester humble. Malgré ma présence dans l’élaboration de ce road trip, 15 jours avant le départ je n’ai eu d’autres choix que de m’obliger à naviguer Mark. Je commençais à angoisser, il me semblait préférable d’effectuer ce premier jet en tant que navigateur malgré mes 170 000 kilomètres en seulement 4 ans de permis et mes longs trajets en solitaires.

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1000 miles Challenge : on l’a fait !

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