Henry Dangel a fait connaître son nom en transformant des voitures du constructeur Peugeot en véhicules à quatre roues motrices. Si les 4X4 Dangel sont bien connus, l’histoire n’a pas commencé avec des tout-terrains. On vous raconte.
Henry Dangel
A l’origine de ce qu’est l’entreprise Dangel, on retrouve un homme, Henry Dangel. Il nait en 1935, à Pffetterhouse, une commune du sud de l’Alsace. Ce dernier s’intéresse très tôt à la mécanique et c’est dès ses 17 ans qu’il améliore sa première auto : une Georges Irat. Son père étant garagiste, il baigne très tôt dans le milieu de l’automobile. Son service militaire et un diplôme d’ingénieur à l’Ecole d’Electrotechnique de Grenoble plus tard, Henry Dangel choisit donc de consacrer sa vie à l’automobile. C’est en 1967 que la saga Dangel commence.
Des débuts en sport automobile
Avant de devenir le spécialiste des autos à quatre roues motrices, Henry Dangel a commencé par fabriquer des autos de sport. Ce sont de petites barquettes qui ont lancé sa carrière.
En 1964, Renault présente la R8 Gordini. Voyant un potentiel intéressant à ce moteur, Henry démarre son tout premier projet avec l’aide de son frère Bernard. C’est sur la base d’une Renault Dauphine qu’ils souhaitent tous les deux faire une voiture de course. Une première barquette équipée du moteur Gordini voit le jour, mais le projet finit par être abandonné. La toute première Mangouste est cependant encore existante et elle a même couru en course de côté au début des années 70.
Toutefois, l’idée de construire une voiture de course ne quitte pas Henry Dangel. Les deux frères persévèrent et proposent cette fois la barquette R1300, qui sera baptisée Mangouste. C’est à Pffetterhouse que l’auto sera construite. La R1300 contient à nouveau le moteur de la R8 Gordini de 1296 cm³ mais, après une petite amélioration, il passe de 103 à 120ch. La Mangouste pouvait alors atteindre jusqu’à 230km/h. Lorsqu’elle est commercialisée, la petite barquette au moteur Renault valait 26.000 francs. A l’époque, une 4CV Luxe en valait 6.560 !

Budget oblige, Henry Dangel et son frère effectuent les essais de la voiture eux-mêmes sur route ouverte, mais de nuit. Les premières courses de côte locales, comme la montée du Ballon d’Alsace, confirment le potentiel de la petite barquette. En 1970, Guy Fréquelin est alors le pilote usine de Dangel et remporte onze victoires au volant de la R1300.

De Pffetterhouse, Henry Dangel déménage à Rixheim. Après les victoires de Fréquelin, de nouveaux clients sont attirés par les barquettes Mangouste. Une évolution de cette dernière sera nommée Type 812. Cette nouvelle barquette peut toujours accueillir le moteur de la R8 Gordini mais il pourra aussi contenir celui de la R16 TS, de la Simca 1000 ou encore des moteurs Volkswagen et Porsche.
En parallèle de ses barquettes, Henry Dangel produit des kits de suspensions pour les Alpine et les Renault. Il vend puis produit également des roues BBS.
Au milieu des années 70, les constructeurs de petites barquettes trouvent un débouché inattendu, dans un contexte économique morose avec les Coupes de l’Avenir. Les barquettes sont équipées de moteur Simca 1000 Rallye 2 et les premières autos roulent en 1976. Cette barquette en est un exemple :



La Peugeot 504 : le début de l’aventure 4×4 Dangel
En 1973, le sport automobile est dans le viseur des politique à cause du choc pétrolier. Pierre Messmer, Premier ministre à l’époque, fait part de sa volonté d’interdire les sports mécaniques afin de faire face à la crise pétrolière. Henry Dangel songe déjà à des façons de réorienter son activité et la production de barquette passe au second plan.
A l’époque, les 4X4 n’avaient pas un franc succès en France et ce marché était plutôt réservé aux britanniques avec Land Rover, en Europe en tout cas. Henry Dangel y voit une opportunité et pense que ce marché pourrait fonctionner en France, à condition de proposer des produits à des tarifs raisonnables.
Ayant déjà fabriqué des kits de suspensions, Dangel imagine cette fois un kit de transmission qui permettrait de transformer la Peugeot 504 en 4X4. A l’époque, les tout-terrains sont à la mode mais l’offre sur le marché est peu conséquente, Henry Dangel se lance alors dans cette idée. La Peugeot 504 parait être un modèle de choix, grâce à sa fiabilité et sa robustesse.


C’est en 1978 qu’il soumet directement à Peugeot son projet. La firme au lion lui met alors à disposition deux 504 breaks. Quelques temps après, il se rend à nouveau dans les bureaux des ingénieurs de Peugeot… au volant de la toute première 504 4X4 ! Un an après, il créé la société Automobiles Dangel.
Henry Dangel signe un partenariat avec Peugeot afin de transformer des Peugeot 504. L’usine s’implante alors à Sentheim (68), dans la vallée de Masevaux et les premiers 504 break et Familiale sortent de l’usine en 1980. Elles seront commercialisée directement par Peugeot. Très vite, la 504 4X4 parait être l’auto idéale puisqu’elle ne fait aucun compromis entre confort, robustesse et polyvalence. De plus, elle permet aux professionnels de rouler avec des autos françaises, à une époque où les 4 roues motrices en vogue sont japonais ou britanniques.
Pour obtenir ses 4 roues motrices, la 504 est équipée d’une boîte de transfert, la P03 Dangel, qui offre une seconde gamme de rapports lents et un différentiel central verrouillable. Ce principe est spécifique à Dangel. Les ponts comportent chacun un différentiel à glissement limité. Le pont arrière est rigide, maintenu par des ressorts à lames et l’avant et à roues indépendantes. La garde au sol est relevée et atteint 23cm.

L’année 1981 marquera le lancement de la mythique Peugeot 504 Pick-up, qui elle aussi aura sa version 4X4 Dangel. Très vite, la 504 Dangel connaît un franc succès. La Gendarmerie, EDF ou encore La Poste s’intéressent à cette nouvelle version de la 504 qui s’avère être l’utilitaire idéal.
La 504 4X4 Dangel était disponible dans plusieurs motorisations. On retrouvait le moteur 4 cylindres essence de 1.971 cm3 et 96 ch, et le moteur 4 cylindres diesel de 2.498 cm3 de 76ch.



Un peu de sport
La Peugeot 504 Pick up 4X4 Dangel sera aussi engagée au Paris-Dakar en 1982. Douze 504 Dangel seront sur le raid, en plus de la 504 Dangel de Europe 1. Une seule sera à l’arrivée, la numéro 228 ornée de la livrée Esso. En 1983, ce sont dix Dangel qui sont au départ. Le Paris-Dakar est une belle vitrine pour Automobiles Dangel puisque le terrain qu’est le désert est parfait pour démontrer les capacités de l’auto à l’époque. La dernière participation de Dangel se fera en 1985. Depuis, d’autres modèles préparés à Sentheim ont pu participer mais sans la participation directe de l’entreprise Dangel.
Finalement, la 504 dans sa version tout terrain sera produite entre 1981 et 1985 à 4.310 exemplaires. D’ailleurs, 3.168 seront des pick-up. Pour être transformés, les 504 fraichement produites étaient directement acheminées chez Dangel à Sentheim. Ils étaient ensuite directement livrés au client.
Une renommée dans le tout terrain
La Peugeot 504 sera le début d’un très long partenariat entre Dangel et Peugeot, puisque celui-ci est toujours d’actualité ! C’est ensuite la Peugeot 505 qui aura le droit à sa transformation made in Alsace. La 505 produite à Sentheim sera équipée d’une transmission intégrale permanente, d’une boîte de transfert à deux rapports ainsi qu’un châssis et des suspensions renforcées.



Après ces deux succès, Henry Dangel choisit de pérenniser son entreprise en s’attaquant aux véhicules utilitaires. Il développe alors des transmissions pour les Peugeot J 5 et les Citroën C25. Ces utilitaires très lourds deviennent alors plus adaptés au travail qu’on leur demande.
Ce n’est que le début d’une grande saga puisque Dangel fait ensuite du « tout-chemin » en transformant des Citroën C15, Peugeot Boxer, ou encore la Citroën Jumper.


Toujours chez Peugeot, Dangel développera des autos qui resteront, malheureusement, uniquement à l’état de prototypes. Parmi eux, on retrouvera les 205 et 309 GTI, et la 306 Break par exemple. La 205 GTI Dangel appartient toujours à Automobiles Dangel et on peut d’ailleurs quelque fois l’observer lors des montées historiques locales. Henry Dangel développera également pour Citroën un prototype Visa à quatre roues motrices équipée d’un moteur V6 PRV en position centrale arrière !

Après la fusion entre PSA et Fiat Chrysler, Automobiles Dangel travaille désormais avec toutes les autos du groupe Stellantis.
Henry Dangel décède en 2006, à 71 ans. L’aventure Dangel ne s’est depuis pas arrêté puisque … est désormais à la tête de l’entreprise. 80% des modèles Dangel sont vendus à l’export. En plus de Stellantis, Automobiles Dangel est aussi partenaire de Toyota pour transformer les utilitaires de la marque en version 4X4.
Photos complémentaires : Wheelsage et Automobiles Dangel



Régis VIRIOT
Précision: en 1967 la 4CV n’est plus produite, il s’agit de la R4 (R1120) qui titre 4 cv et qui valait 5580 F d’après le Catalogue des Catalogues.
Peu de barquettes Mangouste ont été immatriculées comme celle en illustration (j’ai eu le tort de croire le contraire pendant trop longtemps!).
Qui est à la tête de l’entreprise? Avec seulement : « … » vous avez aiguisé ma curiosité.
· · 31 mai 2024 à 18 h 46 min
Hywelbane
J’ai eu la chance de connaitre Henry DANGEL, et lorsque je l’ai rencontré la première fois il roulait avec un 305 4 roues motrices.
Il m’avait fait faire un tour avec la 205 GTI16 transmission intégrale (celle essayé par le magasine ECHAPPEMENT).
Les 205 309 et 306 ne sont jamais sortis en raison d’une brouille avec Jaques CALVET suite à l’article d’ECHAPPEMENT.
Enfin pas sorti en France car quelques 309 GTI 4RM auraient filés en SUISSE…
J’ai cru comprendre au détour d’une conversation, mais j’en ai pas la confirmation, qu’une partie de la technologie DANGEL aurait été utilisé dans la transmission de la PORSCHE 959 (peut-être la raison pourquoi Henry roulait en Porsche 928 (dont je connais le nouveau propriétaire).
· · 9 août 2024 à 22 h 42 min