Casting d’Anciennes : l’Aston Martin 2 litres dans Gonflés à Bloc

Publié le par Gilles Chaput

Casting d’Anciennes : l’Aston Martin 2 litres dans Gonflés à Bloc

Nouveau format sur News d’Anciennes. Chaque mois on va revenir sur une voiture qui a marqué les esprits en étant un élément important d’un film. Gilles, un de nos fidèles lecteurs vous replonge ainsi dans des classiques de tous âges. Pour commencer, direction l’Italie.

Gonflés à Bloc en bref

Titre original : Monte Carlo or bust
Réalisateur : Ken Annakin
Production franco-italo-britannique de 1969.
Couleur
Acteurs principaux : Tony Curtis, Terry Thomas, Susan Hampshire, Mireille Darc.

Synopsis :

En cette année 1920, un rallye international est organisé avec l’objectif de décerner un titre honorifique aux constructeurs et pilotes automobiles en vogue. L’épreuve mythique regroupe des champions illustres venus des quatre coins de l’Europe, s’affrontant au cours d’une étape ultime pour rejoindre Monte-Carlo. Mais avant de franchir la ligne d’arrivée et brandir un trophée, les équipages vont parcourir des milliers de kilomètres. Les mécaniques ne sont pas seules à être soumises à de rudes traitements, les as du volant usant de stratégies plus ou moins glorieuses afin de dissuader leurs concurrents.

La voiture vedette :

Aston Martin a de tout temps été considérée comme une marque prestigieuse. Le catalogue des véhicules reste élitiste, associé très souvent à des motorisations puissantes, des finitions exemplaires qui donnent un véritable sens à l’appellation grand tourisme sportif. Il est intéressant d’observer qu’à travers les époques, les aléas économiques contraignant les constructeurs à s’adapter coûte que coûte, Aston Martin a su préserver ce label haut de gamme. Une crise économique dévastatrice, deux guerres mondiales et un choc pétrolier n’ont pas découragé les investisseurs, redressant à chaque fois les finances pour que le nom illustre perdure.

Autre point particulier de l’histoire de la marque : systématiquement les modèles présentés ont été mis à l’épreuve des grands prix internationaux. Dès les années 20, Aston Martin souhaite s’imposer comme un constructeur de premier plan. Mais les ventes ne sont pas suffisantes et il faudra l’intervention de la famille Benson pour sauver l’entreprise de la faillite.

Malgré ce mécénat, ce n’est qu’en 1926, avec le rachat d’Augusto César Bertelli que les productions se pérennisent et atteignent l’année 1947. La persévérance d’engager des prototypes dans des courses internationales paye : victorieuses de grands prix (trois années consécutives au 1000km du Nürburgring), les autos sont auréolées d’une gloire indéniable et deviennent incontournables sur un marché en plein essor.

La genèse de l’Aston Martin 2 litres de 1936 illustre parfaitement cette détermination. Conçue, préparée et optimisée pour les 24h du Mans de cette même année, elle ne peut briller sur l’épreuve mythique faute de… mouvements de grève en France avec annulation pure et simple de l’événement sportif. Pourtant le bolide est prêt : moteur Renwick et Bertelli dont la cylindrée est portée à 1949 cm³. Son poids de 1020kg et ses collecteurs d’échappement côté gauche de la carrosserie façon aviation, dégagent une impression d’assise au sol avant-gardiste. Redoutable avec les quatre roues fixées aux extrémités du châssis, elle affiche même une certaine sobriété.

La voiture du film :

Sorti en 1969, le film «  gonflés à bloc » ne dément pas le pedigree et les ambitions de cette sportive. Elle est engagée dans un rallye, avec une étape déterminante pour rejoindre la ville de Monte-Carlo. Le film vient à point illustrer ce besoin de défier des concurrents. Cinq équipages ont pour feuille de route un lieu de rassemblement imposé à Chambéry. Partis d’Écosse, de Suède, d’Athènes, de Lisbonne et de Sicile, les participants batailleront sur un tracé voulu intraitable pour des prétendants au titre de meilleur pilote.

C’est Tony Curtis qui se retrouve au volant de la trépidante anglaise. Notons que cette anglaise est une vraie voiture de film, très différente des exemplaires d’Aston Martin 2 Litres qui ont couru au Mans notamment.

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Il est suivi de près par Terry Thomas, dont le rôle consistera durant toute la course à user de veuleries, de manigances et de tricheries sans limites pour ralentir ses adversaires. Entre alors en scène un équipage féminin revendiquant l’accès aux compétitions, intrépide pour défendre le genre avec une séquence d’anthologie où Mireille Darc donne la réplique à un certain Bourvil !

La place de l’auto dans le film

Gonflés à bloc rejoint ces grandes productions cinématographiques des années soixante où les budgets alloués aux choix des comédiens, aux décors naturels, semblaient sans limites. Le staff technique a sillonné les routes européennes du nord au sud pour fixer sur la pellicule les prouesses de ces autos d’un autre âge. Il ne faut pas oublier d’où l’on vient et si nos voitures contemporaines sont fiables, performantes, c’est grâce à la témérité de quelques pionniers de l’asphalte !

Le film démontre bien que l’audace des pilotes n’était pas basée uniquement sur une volonté altruiste, mais se réclamait aussi d’ambitions personnelles et d’appâts du gain. Mais cela reste une comédie, les ruses employées et les trahisons nous font sourire. Nous suivons avec plaisir les routes arides de l’Espagne, les plaines interminables du centre France et les premiers lacets du contournement des Alpes, ce qui conforte l’idée partagée selon laquelle peu importe la destination puisque l’aventure commence dès les premiers tours de roues.

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Il faut d’abord situer l’histoire racontée dans son contexte. Les rallyes automobiles dans les années 1920, les brevets et les innovations technologiques sont indissociables de la révolution industrielle du début de siècle. L’audace des ingénieurs est à son comble, mais elle va de pair avec le rôle essentiel joué par des investisseurs misant sur le modernisme et des marchés potentiels.

Les rallyes sont alors des terrains expérimentaux pour décrocher des titres et obtenir la reconnaissance des constructeurs, gages de mécénat assurant les productions. A cela s’ajoute, bien sûr, l’objectif de cibler une clientèle aisée.

Une comédie, dans le registre accessible aux réalisateurs, permet de forcer le trait du thème choisi, voire de proposer une caricature. Filmé en 1969, le sujet traité offre un regard distancié et acéré. La compétition représente une joute entre rivaux afin d’accéder à la victoire, aux palmes des distinctions, alors pour cela, tout est permis. Les années 1920 sont cataloguées d’années folles : les aventuriers des aéroplanes ou des automobiles font figures de casse-cous. Chevaliers des temps modernes, leurs montures et les innovations liées à la conception alertent parfois par un côté « apprentis sorciers « . Il ne faut pas oublier que cette révolution industrielle prometteuse, c’est aussi deux conflits mondiaux et une récession économique sans pareil.

Dans gonflés à bloc, les équipages sont hétéroclites et reflètent parfaitement le chaos de l’époque :

  • Une voiture est prétexte à convoyer des sommes d’argent importantes, dissimulées dans de fausses roues de secours…
  • L’industriel anglais, tricheur incorrigible, utilise successivement deux autos identiques durant la course afin de s’assurer de franchir la ligne d’arrivée.
  • Deux italiens misent leurs économies pour valider un modèle lucratif et retrouver un rang digne de leurs illustres aïeux. Ceci relègue tout de même au second plan l’honnêteté des participants où l’esprit sportif se voit largement égratigné par des intérêts d’arrivistes avides de gains financiers.

Et on notera enfin qu’avec le registre de la comédie, on peut aussi prendre quelques libertés historiques. Nous sommes dans les années 20 et la voiture qui nous intéresse… est apparue en 1936 ! Qu’à cela ne tienne, nous ne sommes pas face à un film qui se veut à moitié (ou totalement) documentaire comme peut l’être Le Mans.

Au volant avec Tony Curtis :

Une fois de plus le comédien endosse le rôle d’un dilettante qui vient de rafler à un industriel la moitié de ses actions… au poker ! Sûr de lui et avec un certain goût du risque, il ne s’oppose pas à une nouvelle mise, participer à un rallye : le vainqueur empochera la totalité des gains et pourra ainsi diriger l’entreprise à sa guise en marge d’un testament pourtant légué à Terry Thomas !

L’Aston martin rentre également en scène, mais qualifiée de jouet sans avenir, elle oppose les deux hommes et devient l’objet d’un acharnement sans pareil pour ne pas franchir la ligne d’arrivée. Malgré plusieurs sorties de piste sous l’œil perfide de Terry Thomas, la voiture de sport tient le rythme et Tony Curtis devra user de sa caisse à outils plusieurs fois pour réparer les dégâts subis à chaque étape : pare choc arraché, rotule de direction endommagée, sans compter un deuxième passager imprévu qui ne peut que ralentir la marche du pilote.

Et comment faire lorsqu’un adversaire sans scrupule glisse un somnifère dans votre verre, la veille d’une grande étape ? L’Aston Martin se conduit si facilement, avec ce qu’il faut de couple, des vitesses bien étagées pour ne pas caler… on pourrait presque la confier à quelqu’un qui n’a pas le permis de conduire !

Pour faire revivre les heures de gloire d’une automobile qui laisse présager un avenir radieux pour la marque dont elle porte l’emblème, mieux vaut visionner le film que tenter d’en saisir le volant, les retombées financières seront moins douloureuses…

On n’oublie pas…

Gonflé à Bloc présente donc une Aston Martin 2 litres comme voiture centrale. Mais on parle aussi d’un rallye, donc on va y retrouver des concurrentes ainsi que des voitures appartenant au décor. On retrouve ainsi une étonnante et caricaturale Mercedes SSK (construite pour le film), une Peugeot 172 M, une Alvis 12/60 Sport ou une Lea-Francis 12/40 P-Type et quelques Ford A.

Photos : Wikimedia Commons, IMCDB, et production

Un petit trailer pour la route :

Gilles Chaput

Passionné de véhicules anciens et de Cinéma, Gilles vous propose régulièrement ses chroniques "Casting d'Anciennes"

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