Concepts et Études, épisode 3 : l’Hillman ZImp, dernier baroud avant Chysler

Parce que toutes les autos anciennes ne sont pas arrivées sur nos routes, on va vous proposer d’en découvrir une chaque mois. Rendez-vous pour cela le 3e dimanche de chaque mois. Aujourd’hui abordons l’Hillman ZImp (pour Zagato Imp).

La Carrozzeria Zagato à le vent en poupe…

Avec la création de la catégorie GT en 1949, les voitures de séries recarrossées ont le vent en poupe, et Zagato tire les marrons du feu. Tout le monde ou presque demande à l’officine milanaise une carrosserie profilée. De Fiat à Ferrari, en passant par Jaguar, Bristol ou encore Maserati, la liste est longue. On notera d’ailleurs qu’Elio Zagato gagne l’épreuve du circuit de l’Avus 1955 au volant de la Fiat 8V issue de son officine.

… mais il faut faire tourner la boutique

Du fait de la demande grandissante, il faut quitter le format purement artisanal. Il faut donc de plus grands bâtiments. Elio relocalise à Terrazzano, à proximité de la future usine d’Alfa Romeo. L’idée de rhabiller une voiture populaire commence à germer. Cela permettrait en effet d’assurer un fond de roulement, entre deux commandes en série limitée.

De son côté, le groupe Rootes est en retrait face à BMC, surtout sur le segment des citadines, où la Mini rencontre un succès sans égal. La nouvelle Imp (lancée en 1963) vient justement se poser comme une alternative à la Mini, et un modèle iconique, à l’instar des diaboliques Cooper, séduit Lord Rootes.

L’Hillman Imp aura droit à de nombreuses déclinaisons

Le périple des Hillman ZImp

Tout commence par la création de British Zagato Ltd. Cette entité, basée à Kingston-Upon-Thames, sert à contourner la taxation en vigueur au Royaume-Uni concernant les véhicules importés. A sa tête, on retrouve Peter Thomas, qui servira d’intermédiaire entre les italiens et les britanniques.

Le dessin est réalisé par un certain Ercole Spada, à qui l’on doit déjà l’Aston Martin DBA GT Zagato ou l’Alfa Romeo SZ. On a vu pire CV, n’est-ce pas ? Le dessin tendu qu’il réalise n’est d’ailleurs pas sans rappeler la Lancia Fulvia, notamment de profil.

Deux voitures sont achetées par Peter Thomas dans une concession de la région d’Oxford. Il les achemine par la route jusqu’à Terrazzano, laissant à sa femme le volant de la seconde ! Elles rejoignent une troisième voiture achetée d’occasion.

Les trois prototypes seront réalisés en une mois, afin d’être présentés au Salon de Londres 1964. Malheureusement, la précipitation a laissé quelques traces de marteau non rectifiées sur les carrosseries en aluminium. Autre signe de rush, sur les trois prototypes, un seul est équipé de paupières de phares mobiles.

Avec son poids tombé à 630kg (au lieu des 725 de sa donneuse), et sa carrosserie plus profilée, l’Hillman ZImp annoçait des performances tout à fait respectables. D’autant plus que British Zagato envisageait de pousser le moteur à 46 chevaux, au lieu des 39 d’origine.

Un projet cinq étoiles, mais…

L’Hillman Imp souffre d’énormes soucis de fiabilité. C’est la première voiture de série au Royaume-Uni à proposer un moteur tout aluminium (oui, derrière cette placide citadine se cache en réalité un moteur Coventry-Climax), et les mécaniciens ne sont pas encore habitués à ce matériau.

Les soucis sont également dus à un manque de qualification de la main-d’œuvre en charge de l’assemblage des moteurs. Ces derniers sont assemblés en Écosse, dans la toute nouvelle usine de Lynwood. L’usine a été bâtie sous la pression du gouvernement britannique afin de fournir des emplois dans des zones particulièrement touchées par le chômage. Hélas, les ouvriers locaux ne sont pas rompus à l’industrie automobile et ont un fort penchant pour la grève.

Ajoutez à cela les couts de la navette Ryton-Lynwood (1000 km aller-retour) et l’Imp devient un bourbier financier.

Le Pentastar coupe court à l’Hillman ZImp

Au début 1964, Chrysler entre au capital du groupe Rootes. Le groupe américain poursuit ses emplettes européennes après les rachats de Simca et Barreiros. Le soleil commence alors à poindre derrière les nuages.

Hélas, Lord Rootes décède en décembre 1964. Dépassé par les évènements, son fils laisse trois membres de Chrysler rejoindre le directoire du groupe.

Le sort de l’Hillman ZImp est définitivement scellé. Chrysler juge la voiture trop chère. Les accords avec Zagato tiennent du gentleman agreement, il n’y a aucun papier signé. Il est donc aisé pour les nouveaux dirigeants de tout annuler.

Aussi étonnant que cela puisse paraitre, les trois prototypes ont survécu jusqu’à aujourd’hui. Deux d’entre eux (9053PG et CUD180B) sont en état concours, et le troisième (CUD181B) était, aux dernières nouvelles, en cours de restauration. D’ailleurs on croise assez régulièrement CUD180B dans le Southwest, restez à l’affût !

Crédits photo : News d’Anciennes, Brightwells

Pierre
Rédacteur à News d'Anciennes
Tombé dans la marmite automobile quand il était petit, il a rejoint l'équipe de News d'Anciennes en 2015. Expatrié en Angleterre depuis Mai 2016, il nous partage les évènements de là-bas.
En dehors de ça, il partage une bonne partie de son temps sur la route entre une Opel Ascona et une Mazda RX-8.

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