Les Maserati Birdcage, quand l’ingéniosité et la beauté ne font pas la performance

Birdcage. Ce simple mot qui signifie cage à oiseau désigne en fait cinq autos de courses produites par Maserati. De superbes autos qui sont restées dans les mémoire jusqu’à être à l’origine de la création d’un concept car en 2005. Retour sur des autos magnifiques, aussi bien avec que sans leur carrosserie.

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Un contexte guère reluisant

En 1958, Maserati est au bord de la faillite. Les autos de route se vendent, mais l’activité de machines outils vient de subir un gros impayé. En plus les programmes de formule 1 et de sport proto coûtent des sous ! Le titre de champion de F1 a beau être tombé en 1957 grâce à Fangio, les programme doivent être arrêtés. En F1… on ne les y reverra plus ! En sport proto c’est différent.

Les Maserati 200 puis 300 S ont bien fonctionné et il serait dommage de ne pas continuer sur la lancée de ces programme. Avec l’objectif de briguer la victoire au Mans tout simplement ! La nouvelle voiture devra être performante tout en jouant la carte de l’économie.

La première Birdcage : la Tipo 60

La première Maserati Birdcage est la Tipo 60. C’est l’ingénieur Giulio Alfieri qui va se charger de la conception. Sur cette auto, il ne va pas assembler de gros tubes jusqu’à donner une structure simple. Il va choisir d’utiliser de touts petits tubes en chrome-molybdène pour créer une structure extrêmement complexe. Elle a cependant deux énormes avantages : une rigidité exceptionnelle et une légèreté extrême. Ce châssis pèse 35kg seulement ! On y greffe les trains roulants de la F1 250 F. Les freins à tambours sont remplacés par des disques, à la fois pour gagner en efficacité et en poids.

Le moteur est placé en position centrale, mais devant le conducteur. C’est une version améliorée du 4 cylindres en ligne 2 litres à arbres à came en tête de la 200 SI. Ce moteur sort 200 chevaux. Afin de placer le centre de gravité le plus bas possible, on l’incline de 45°. L’arbre de transmission renvoie vers la boîte située à l’arrière, juste devant le pont.
La voiture file à 270 km/h grâce à une aérodynamique poussée. Elle intègre dès la conception le pare brise qui devient obligatoire au Mans.

Débuts en compétition et première victoire

La Birdcage Tipo 60 débute aux 1000 km du Nürburgring 1959 début Juin où elle n’est engagée que sur les essais et confiée à Govoni, Tedeschi et Moss. Le même Moss est au départ du GP de Rouen le 12 Juillet et y impose la voiture avec comme principale concurrence les Lotus Climax. Les DB HBR d’Armagnac et Laureau sont dans une autre catégorie.
On va la retrouver également en Autriche ou Govoni lui offre deux autres petits succès.


La seconde Birdcage arrive, la Tipo 61

Alors même que la Tipo 60 vient de sortir, Maserati dévoile sa nouvelle arme. C’est la même base mais avec un moteur plus gros, pour jouer dans la cour des 3L. Le 2.9 litres est toujours un 4 cylindres en ligne incliné à 45°. Sauf que la puissance atteint 250 chevaux et que l’auto file à 285 km/h !

En course, la 61 démarre fort

C’est aux USA que la Birdcage Tipo 61 fait ses débuts. 4 châssis vont ainsi courir pour ED Martin, Camoradi (avec Caroll Sheby et Dan Gurney en tant que pilotes) ou encore Joe Lubin. Les performances sont là, peu d’abandons, des places d’honneur et quelques podiums à Dothan, Riverside ou à la Bahamas Speed week.

Grosse saison 1960

Les Birdcage Tipo 60 sont rares. En fait le petit moteur est surtout utilisé en Europe. Durant l’année 1960 on verra une auto abandonner à la Targa Florio et signer des places d’honneur en Italie et en Autriche majoritairement.
Une auto est engagée aux USA pour Cunningham puis Momo Corp avec là aussi des places d’honneur dans des courses de 200 ou 500 miles.

Belle année internationale pour la Tipo 61

Camoradi qui possède 3 châssis est le principal vecteur d’engagements. On retrouve ainsi une auto qui abandonne aux 1000km de Buenos Aires. Trois autos sont engagées par l’écurie aux 12h de Sebring et deux autres par Dave Causey… et les distributeurs Jaguar de New York ! Aucune ne voit l’arrivée.
La Targa Florio voit l’abandon de la seule auto engagée.

Le premier gros succès intervient un an après les débuts de l’auto, aux 1000 km du Nürburgring remportés par la paire Moss / Gurney, devant les Porsche 718 RSK. Gregory et Munaron sont 5e.

Confiants, Camoradi engage trois autos aux 24h du Mans 1960. Aucune ne voit hélas l’arrivée.

En parallèle, les victoires en SCCA sont nombreuses, de Riverside à Watkins Glen en passant par Road America. Les grands noms se succèdent au volant tels Jim Hall, Jo Bonnier ou Briggs Cunningham.

1961 : on change tout pour la Tipo 63

Alors que les Tipo 60 et Tipo 61 repartent, Maserati dévoile sa nouvelle Birdcage. Là on vise les courses internationales où les moteurs comptent plus de 4 cylindres et où les autos à moteur avant sont désormais dépassées.

La Tipo 63 utilise donc toujours cet assemblage énorme de tubes, mais rejette le moteur à l’arrière. Au niveau des trains roulants, l’arrière est suspendus via une double triangulation et donc des roues indépendantes. Le moteur reste dans un premier temps le 2.9 litres de la Tipo 61.


Débuts en course

Aux 12h de Sebring, on retrouve trois 61 et deux 63 au départ et aussi une 60. C’est celle-ci qui est la seule à l’arrivée en 19e position… Aux tests du Mans les Tipo 63 sont relativement performantes, 3e, 4e et 5e. Et à la Targa Florio deux Tipo 63 terminent 4e et 5e quand une Tipo 60 abandonne.

La performance peut sembler bonne, mais en fait les Tipo 61 sont bien meilleures que les 63 en piste. Heureusement, on introduit enfin le moteur pour laquelle cette auto est prévue : le V12 3 litres de la 250 F de Formule 1. Un moteur puissant, 320 ch, et éprouvé. Qui plus est le nez est revu et rallongé.

En course pourtant cela part mal. Aux 1000km du Nürburgring, les Tipo 63 abandonnent pendant que la Tipo 61 de Camoradi remporte une nouvelle fois la course !

Aux 24h du Mans, les Tipo 63 sont au départ. Deux sont confiées à l’écurie de Cunningham (Hansgen-McLaren et Thompson-Pabst) et une à la Scuderia Serenissima. Une Tipo 60 est également engagée par Cunningham pour lui-même et Kimberly. La désillusion est grande, Thompson et Pabst emmènent la seule 63 à l’arrivée, au pied du podium, et la 60 est 8e.

La fin de saison 1961 sera surtout brillante aux USA avec deux victoires d’une des Birdcage Tipo 63 de Cunningham à Bridgehampton puis à Road America. Les 61 accumulent également les places d’honneur.

La Tipo 64 arrive en 1962

Nouvelle année, nouvelle auto. C’est celle qui sera surnommée “Supercage”. La structure est différente de celle de la Birdcage Tipo 63 puisque les tubes sont désormais en alliage, donc l’auto est encore plus légère ! Le V12 est reconduit sur cette auto.

Cependant elle rate ses débuts, sur les deux autos engagées aux 12h de Sebring abandonnent et la Tipo 61 les imite… Même rengaine à la Targa Florio et aucune ne s’engage aux 24h du Mans. Hormis des victoires aux USA, la saison est bien maigre, les Tipo 64 ne sont pas toujours amenées sur les meeting et prennent encore plus rarement le départ.
Ces résultats vont se raréfier au fur et à mesure. Finalement c’est en 1965 qu’on en retrouve de la nouveauté.

La Tipo 65 : Objectif Le Mans

La dernière Birdcage arrive plus longtemps après. La Tipo 65 apparaît pour la saison 1965. Elle reprend le châssis d’une Tipo 63, largement modifié pour pouvoir accepter de plus gros trains roulants, surtout des pneus plus larges. L’objectif est d’insérer le V8 de 5L dans l’auto. Avec 430 chevaux une fois préparée, l’auto est différente des autos précédentes et se prépare avec pour unique objectif les 24h du Mans.

Siffert et Neerspach se qualifièrent 21e mais durent abandonner suite à des problèmes de direction. C’était la dernière des grandes échéances internationales d’une Maserati Birdcage.

Les Maserati Birdcage de nos jours

Les Maserati Birdcage, on les voit… en piste ! Les Tipo 60 et Tipo 61 sont des animatrices du Trofeo Nastro Rosso des meetings organisés par Peter Auto. C’est de là que viennent la plupart des photos qui illustrent cet article.

La Tipo 63 est plus rare, mais l’exemplaire blanc ex Camoradi est le dernier à avoir encore le nez court, qu’avaient les autos lorsqu’elles apparurent aux 12h de Sebring 1961.

La valeur de ces autos est difficile à donner. En 2006 la Tipo 65 a été vendue près d’un million de francs suisses. Mais ces dernières années c’est à plus de 2 millions d’euros que ces autos se sont vendues !


Photos : Cedric, Benjamin, Bertrand, Jacques et Antoine pour News d’Anciennes

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Benjamin
Redac-Chef à News d'Anciennes
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos.
Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

2 commentaires sur “Les Maserati Birdcage, quand l’ingéniosité et la beauté ne font pas la performance”

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