La Howmet TX, première sur des bien des points

C’était une des autos phares des 500 Ferrari contre le cancer puis du Grand Prix de l’Age d’Or. La Howmet TX fut une voiture qui marqua les esprits, par son mode de propulsion évidemment, mais pas uniquement.

La conception d’une auto novatrice

Née des idées de pilotes, et première auto à utiliser le « branding »

En 1963 et 1965 Rover et BRM viennent au Mans avec une étrange auto mue par une turbine à gaz. L’auto n’est pas ridicule et donne beaucoup d’idée dans le monde automobile. Par contre l’auto a été victime d’ennuis qui l’ont passablement retardé.

Ray Heppenstall est un pilote américain qui a la fibre technique. En 1967 alors même que la Turbine fait son entrée en Indycar, il travaille sur les problèmes des Rover-BRM. Il ne travaille pas tant sur la turbine que sur le châssis qu’il veut simplifier.

Il ne trouve pas forcément les appuis qu’il lui faut pour la turbine. Heppenstall a cependant l’idée d’en parler à Tom Fleming, pilote lui aussi, mais surtout vice-président de Howmet Corporation, une société qui fabrique des turbines pour l’industrie aérospatiale. La marque Howmet va aider le projet, via un sponsoring inédit : la voiture prendra le nom de la marque !

Heppenstall va utiliser des turbines à gaz TS325-1 qui viennent de chez Teledyne. Elles auraient dû se monter dans des hélicoptères légers mais le projet a avorté. La première turbine alimente la seconde. L’ensemble est performant : 77 kg pour 350 chevaux… à 57.000 tr/min ! En plus de cela le couple est important, 880 N.m. Cette turbine transmet donc sa puissance aux roues via des réducteurs… mais pas de boîte de vitesse ! C’est inutile vue le couple ! Un différentiel peut néanmoins être modifié pour adapter le rapport de pont au circuit.
Par contre on doit installer un moteur électrique sur l’auto, pas de boîte de vitesse veut aussi dire pas de marche arrière !

L’innovation de la Howmet va résider dans deux soupapes de décharge situées entre les turbines. Elles ont pour but de réduire le carburant arrivant dans les turbines, réduire ainsi la puissance et finalement limiter le temps de latence entre deux coups d’accélérateur. Un turbo-lag… mais en pire. Les soupape se ferment progressivement à mesure que l’accélérateur est pressé. C’est pour cela que l’auto aura trois pots d’échappement : un pour chaque turbine et un pour la soupape.

Aucune équivalence n’existe, l’auto courra donc dans la catégorie des moins de 3L !

Un châssis récupéré et adapté

Une fois que Heppenstall et Fleming ont trouvé leurs turbines, leur sponsor, il s’agit de doter la Howmet TX d’un châssis. Heppenstall veut un moteur central arrière et pense d’abord à une éprouvée Cooper Monaco. Mais il se ravise et vend le châssis.

Finalement sa chance va se retrouver dans l’explosion de l’engouement pour la série Can-Am. De nombreux constructeurs de châssis se sont intéressés à la série, en partant du constat simple qu’un big block américain dans un châssis léger et robuste peut emmener vers la victoire ! Ainsi sont nés les voitures de McKee Engineering dont le patron est Bob McKee.
C’est lui qu’Heppenstall va solliciter pour lui fournir des châssis.

La première Howmet TX, qui portera le n° de châssis GTP1 est un châssis de Can-Am adapté. Le second sera par contre spécifiquement construit pour devenir une Howmet TX et sera plus long de 57 mm. Les trains sont doublement triangulés, les freins sont à disques, bref du classique.

Pour la carrosserie McKee va dessiner une voiture au cockpit fermé, pour être éligible en Groupe 6. Le pare-brise est emprunté à la Porsche 906. La taille du logement du moteur est limitée mais les deux turbines vont se loger à merveille sous le capot haut concocté par l’américain.

Au final c’est une auto légère avec seulement 685 kg sur la balance !


Une seule saison en course : 1968

Les débuts observés de la Howmet TX

La première course de la Howmet TX ne se fera pas en catimini en SCCA mais aux yeux du monde entier aux 24h de Daytona. Les autos sont d’ailleurs sur l’affiche ! Finalement seule le châssis neuf, GTP2, sera engagé, l’autre auto servant de mulet et de banque d’organe !

Les pilotes sont Heppenstall, Lowter et Thompson. Les essais confirment les interrogations des autres pilotes puisque la Howmet TX s’installe d’emblée en 7e position sur la grille de départ, derrière les deux Ford GT40 MkII du J.W. Automotive Engineering (aux couleurs Gulf, l’histoire de l’équipe à lire ici) et les Porsche 907 LH.
Avec un réservoir de 120L l’auto n’est pas dans les premières à ravitailler et monte progressivement jusqu’à la 3e place ! Au 34e tour la soupape va se bloquer. La puissance délivrée est énorme et ne peut être réduite. Elle arrive trop vite sur un virage, sort et tape une barrière, c’est l’abandon. Pour en savoir plus sur cette course, on en a parlé dans cet article consacré à l’un des quatre (!) vainqueurs, Vic Elford.

La course suivante est toujours aux Etats-Unis aux 12h de Sebring 1968. Toujours le même trio de pilote, mais c’est cette fois de la troisième position, toujours derrière une GT40 et une 907 que la Howmet va partir. La course est bonne, mais à force de ramasser des débris, les fixations de la turbine vont lâcher et contraindre la voiture à l’abandon à mi-course.

Un passage en Europe au goût amer

Le championnat du monde des voitures de sport 1968 fat ensuite étape à Brands Hatch pour les 6h. Dibley, un pilote local, fera équipe avec Thompson. L’auto est bien qualifiée, en 6e position, mais la soupape va de nouveau lâcher, cette fois après 7 tours seulement.
Dans une course sprint, la Howmet va être trahie par son démarreur lors d’un arrêt au stand.

Retour aux Etats-Unis pour les premiers succès !

La Howmet TX retourne donc aux USA pour disputer de plus petites courses en SCCA. Elle termine ainsi sa première course au Cumberland 200 en prenant la 2e place avec Heppenstall au volant.

La confiance monte encore d’un cran mais à Grattan dans le Michigan c’est un nouvel abandon.

Le 8 Juin à Huntsville, Heppenstall gagne la première course du meeting et remet ça le lendemain. Ce sont les deux premières victoires de la Howmet TX et les premières d’une auto à turbine en course automobile !
Le 15 Juin il remet ça. Il remporte la première course le Samedi à Marlboro avant de remporter la seconde course le lendemain !

Le championnat du monde des voitures de sports se présente aux Etats Unis à la mi-juillet avec les 6h de Watkins Glen. Les deux Howmet TX sont engagées. Thompson et Heppenstall se qualifie 8e, juste devant Dibley et Tullius sur la GTP1 qui dispute là son premier vrai week-end !
En course, GTP1 va se contenter d’une anonyme 12e place mais GTP2 avec le patron au volant va prendre la 3e place, loin des deux Ford GT40 de tête, mais première de sa classe ! Et elle marque des points au championnat pour la première fois.

Un mois plus tard Heppenstall va engager son auto à Donnybrooke en SCCA où il va prendre la 3e place. Le plein de confiance est fait, place aux choses sérieuses !

Les Howmet TX aux 24h du Mans 1968

Particularité de la saison 1968, les « événements » du printemps ont entraîné un décalage des 24h du Mans à la mi-Septembre. Les deux Howmet y sont engagées.

Pour venir au Mans, c’est Pechiney, société française spécialisée dans l’aluminium et le pétrolier Gulf qui sponsorisent l’équipe. GTP2, frappée du n°22, est pilotée par Heppenstall et Thompson, GTP1 est confiée à Dibley et Tullius. Elle portera le n°23.
La voiture leader va se qualifier 20e et la seconde 24e. C’est loin, mais les longues lignes droites pénalisent les autos.

La course ne va pas être plus réjouissante. La 23 va vite devoir ralentir à cause d’un problème d’injection de carburant. L’auto va repartir mais au ralenti. La seconde auto va connaître une fin brutale suite à une sortie de piste dans le virage d’Indianapolis.
La 23 continuera, devra s’arrêter au stand pour réparer un roulement, repartir, et finalement se faire disqualifier pour une distance courue insuffisante.

Clap de fin sur la course, et reconversion

Alors que Heppenstall est déjà en train de préparer la saison 1969 et notamment l’introduction d’une boîte de vitesse, Howmet décide de couper le budget. La course auto se termine donc avec quelques succès en SCCA et une 4e place au Championnat du Monde des Voitures de Sport 1968.

Mais les deux Howmet TX vont être utilisées pour… des records de vitesse ! Le châssis GTP2 est réparé et préparé pour ces records. L’auto est découverte, renforcée et du lest permet de la faire rouler en catégorie de moins de 1000 kg et de plus de 1000 kg.
La Howmet va fixer des records en août 1970 sur le speedway de Talladega. Trois records sont fixés dans chaque catégorie en départ arrêté, le 1/4 de mile, le 1/2 kilomètre et le kilomètre.

Les Howmet TX aujourd’hui

Les autos ont été revendues à Heppenstall en 1971 mais dépourvues de leurs turbine. Il s’en séparera par la suite.

GTP1 a été restaurée et a comme fait d’arme une victoire de classe au Concours d’Elegance d’Amelia Island.

GTP2 a été restaurée par McKee à la demande de Chuck Haines, équipée d’une turbine Allison et terminée en 1996. Vendue par Christie’s à sa vente du Mans Classic 2006, l’auto est achetée par un français, Xavier Micheron. Il va faire restaurer et fiabiliser la soupape. Il va courir avec plusieurs années, dont Le Mans Classic en 2012. L’auto filera finalement rejoindre la collection RofGo de Roald Goethe. Merci l’autocollant Gulf !

Deux autres châssis ont existé. GTP3 qui a été assemblée par McKee lors de la restauration de GTP1, à partir de pièces détachées et également propriété de Chuck Haines. L’autre GTP4 a longtemps été la propriété de McKee qui l’a finalement vendue à Xavier Micheron. C’est cette auto qu’on a pu voir à Sport et Collection et au Grand Prix de l’Age d’Or 2017.

Photos : Ambroise Brosselin, Raphael Dauvergne, Dave Friedmann collection, Racing Sport Cars, Thibaut et Gaëtan pour News d’Anciennes, Ascott Collection.

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Benjamin
Redac-Chef à News d'Anciennes
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos.
Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

3 commentaires sur “La Howmet TX, première sur des bien des points”

  1. Comme d’hab, bel article . Juste pour plus de précision, quels sont les couleurs et N° de portière qui correspondent au N° de châssis
    Xavier Micheron, je connaissais sa première N°22 bleu
    la N°25 rouge est-elle sa seconde acquisition ?
    Merci à news d’anciennes
    Yves

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