Qui sont et que font les officiels fédéraux ? En immersion au Rallye de la Vienne 2020

Qui sont et que font les officiels fédéraux ? En immersion au Rallye de la Vienne 2020

Chez News d’Anciennes, nous avons pour habitude de parler des événements, des concurrents, des organisateurs… mais il est une catégorie de personnes que nous avons tendance à oublier : parce qu’ils ne tirent pas la couverture à eux, car ils font partie d’une sorte de sénacle assez fermé… ce sont les officiels fédéraux, ceux qui, sous l’égide de la FFSA encadrent les événements automobiles et en assurent la bonne tenue. Pour le Rallye de la Vienne 2020 (dont on avait présenté l’édition 2019 ici), c’est à nouveau en Voiture 0 que j’évoluais, côtoyant de près tout les encadrants… “PC pour Thibaut, 0VH : tour d’horizon des officiels, rapport à l’arrivée”


Petit nota bene en passant

Je préfère tout de suite vous prévenir avant de me faire taper sur les doigts : oui, cet article s’intéressera essentiellement aux officiels fédéraux en rallye. Et il y a 2 raisons à cela : ce sont ceux que vous risquez le plus de croiser et ce sont ceux que je connais le mieux. En effet, les rallyes se déclinent à plusieurs sauces (je vous en parlais ici) et vous seriez surpris de voir que vous croisez bien plus d’officiels fédéraux que vous le pensez… et, à titre personnel, je n’aime pas vraiment parler de ce que je ne connais pas : roulant en rallye et titulaire d’une licence de Directeur de Course, je préfère donc me limiter à ce domaine. Cela dit, rassurez-vous, les fonctions en rallye sont assez proches des fonctions tenues dans d’autres disciplines, seule la réglementation change…

Ils s’assurent de la conformité des autos : les commissaires techniques

Je vais commencer par ceux que l’on croise souvent en premiers ou presque : les Commissaires Techniques. Ceux sont les plus calés techniquement parlant parmi les officiels fédéraux. Leur fonction est des plus simples, sur le papier du moins : vérifier que l’auto présentée est conforme à sa fiche, à son groupe donc… facile sur le papier donc, mais sur le papier seulement. D’une part, parce que les fiches sont nombreuses : une F2000 n’aura pas les mêmes caractéristiques qu’une R5 (pas celle de la Régie s’entend), qui elle-même est différente d’une GT+, etc. donc autant de spécificités à connaître et à savoir vérifier.

Sur un rallye, on pourra découper leur mission en deux temps : les vérifs et les réclamations. Les vérifications techniques sont le premier temps fort d’un rallye : vous présentez l’auto aux Commissaires, ils vérifieront la conformité de l’auto à votre Passeport Technique, à votre classe, à votre annexe, etc.

Le deuxième temps est celui des contrôles et réclamations : à l’issue d’un rallye, en cas de performances qui pourraient prêter à litige ou en cas de litige pur et dur, les Commissaires Techniques pourront être amenés à revoir le véhicule, à le passer sur une balance, etc. autant de nouveaux contrôles qui permettront de légitimer un vainqueur ou d’évincer un “tricheur”.

Autant vous dire qu’au vu des différences spécificités propres à chaque classe ou catégorie, ils en ont du travail, et à revendre : à la Vienne, afin de tenir les délais, ce ne sont pas moins de 4 voitures qui sont contrôlées en simultané !

Ils s’assurent de l’application du règlement

Les Commissaires Sportifs

Ce sont les juges dans toute compétition automobile, ceux qui appliquent les sanctions ou prévoient les exemptions. En fait, le Commissaire Sportif est le garant de la bonne application de la réglementation fédérale (nationale comme internationale) sur les événements. Ils agissent au sein d’un Collège de Commissaires Sportifs, c’est-à-dire une cellule de plusieurs Commissaires qui, sous la houlette de Président de Collège, va prendre, valider et légitimer toutes les décisions portant sanction d’un concurrent ou modification du règlement.

Ainsi, tout au long de l’épreuve, ils signalent les comportements ou situations dangereuses qu’ils constatent (lorsqu’ils sont Chargés de Relations Avec les Concurrents, Juge de Faits…), ceux que la Direction de Course leur fera remonter, mais aussi toutes les réclamations portées par d’autres concurrents de l’événement. Ils prendront alors la sanction qui s’impose : que l’on parle de pénalités ou de disqualification, leur décision peut être susceptible d’appel, la FFSA disposant d’un Tribunal National d’Appel.

Les chronométreurs

Ce sont les techniciens sur nos événements : c’est grâce à leur travail qu’un classement peut être établi à l’issue d’un rallye. Ils se tiennent en différents endroits du rallye : au départ des spéciales pour décompter les départs et préparer la cellule qui détectera l’heure exacte de départ et à l’arrivée de la spéciale pour équiper la cellule qui relève l’heure exacte d’arrivée. Ces données sont alors remontées au PC qui les compulse et présente les classements. On en trouvera parfois aussi sur les spéciales pour les VHRS où le chronométrage est encore manuel (on n’en trouve plus, ou presque).

Ils s’assurent de la bonne tenue de l’événement

Les Commissaires de Course

D’un avis qui n’engagera que moi mais que je sais être partagé par bon nombre d’équipages, ce sont là les chevilles ouvrières de toute organisation. Par leur nombre déjà : les Règles Techniques et de Sécurité éditées par la Fédération imposent des postes de commissaires (qu’on appellera parfois signaleurs) tout au long des spéciales ou tout au long de la piste. Par habitude, on les dira être les yeux de la Direction de Course. Mais allons plus loin dans le propos…

En effet, hors la question des circuits permanents qui sont de plus en plus équipés de Direction de Course vidéo, une spéciale de rallye ou une piste de course de côte est un lieu totalement aveugle pour la Direction de Course : elle ne se transporte pas et reste campée au départ de la spéciale ou au sein du PC, il lui faut donc des opérateurs qui lui feront remonter tous les incidents visibles sur le parcours.

C’est là la première mission des Commissaires de Course : ils observent le passage des équipages, constatent leur passage dans l’ordre ou l’absence d’un d’entre eux… avant de faire un compte rendu à la Direction qui prendra les mesures nécessaires. Ci-dessous, ce ne sont pas les photos des listes de suivi des commissaires, mais celles du PC Course : ils retranscrivent les remontées d’infos des commissaires.

Mais ils peuvent aussi être le bras armé de la Direction de Course : en cas d’incident sur le parcours, que l’on parle d’une sortie de route sans gravité ou au contraire d’un incident impliquant du corporel, le Commissaire est et restera le primo intervenant.

Dès lors, son rôle pourra se limiter au balisage du lieu de l’incident (par l’utilisation du drapeau jaune par exemple) mais aussi à une intervention “feu” avec l’usage d’un extincteur… bref, il sera ce que sont les “Hommes en jaune” sur les autoroutes : des maillons essentiels chargés de sécuriser un incident quel qu’il soit ! Profitons-en pour évoquer, en aparté, les drapeaux… j’ai simplifié à l’extrême leur présentation (ne précisant pas qui doit les agiter, de quelle manière, etc.), en voici un tableau récapitulatif, la version complète étant disponible sur le site de la FFSA.

Qui sont et que font les officiels fédéraux ? En immersion au Rallye de la Vienne 2020
Un arlequin de drapeaux, tous avec un sens spécifique… à connaître en roulage comme en compèt !

Je vais, une fois n’est pas coutume, me permettre un petit coup de gueule… enfin non, un coup de gueule tout court. Il est une mission des Commissaires que j’ai occulté car elle ne devrait pas être : le maintien de l’ordre. En effet, la gestion du public prend de plus en plus de place dans la fiche de poste des Commissaires : que dire de ceux qui, malgré plusieurs rappels (y compris des ouvreurs, j’en ai fait l’expérience), s’obstinent à rester installés dans des trajectoires par définition dangereuse, quitte à s’accouder sur un panneau “Interdit au public” ? que dire de ceux qui, avinés, se sentent pousser des ailes et ne respectent alors plus rien ni personne ? bref, que dire de tous ceux qui profitent d’événements souvent gratuits pour donner du crédit à ceux qui n’ont de cesse de nous voir comme des “beaufs” en puissance ? chacun se fera son avis sur la question…

Les Directeurs de Course

Départ ES ou PC : entre radios et prises de décision

Ils sont la plus haute autorité sur un rallye : les Directeurs de Courses sont garants de l’organisation pratique et technique des spéciales. Ils sont chargés de réguler tous les événements qui pourraient impacter la course : les interruptions de course, la régulation des départs, etc. Mais ils doivent être distingués en 3 catégories différentes.

D’un côté, on a les Directeurs de Course “roulants” : ce sont ceux qui sont déployés dans les véhicules d’encadrement, c’était mon cas dans la première des voitures 0. D’un autre, on a les Directeurs d’ES : ils se tiennent au départ et sont le relais pour chaque spécial du PC général ; ils sont donc responsables de leur spéciale et doivent gérer en direct les incidents sur leur parcours, en relation constante avec le PC.

Enfin, en ce qui concerne le Directeur Général de l’épreuve (appuyé par des Directeurs délégués à chaque ES), il est décisionnaire pour tous les incidents qui émaillent le rallye : si une Direction d’ES demande une interruption des départs ou une intervention médicale, c’est le PC général qui en validera la projection etc. C’est donc un véritable PC de crise qui équipe le PC général : radio pour chaque ES, tableau des abandons, multiples lignes téléphoniques… en faisant donc le centre névralgique d’une épreuve.

Validation des classements

C’est ici la dernière étape de leur travail : la publication des résultats définitifs. Ben oui, comme dans toute compétition, il faut un classement, officiel idéalement non ? Et c’est là le travail final du Directeur Général de l’événement : il reçoit les résultats, parfois saisis à la main mais souvent compulsés par des sociétés spécialisées (on citera notamment Chronolive représentée ci-dessous par le monsieur en polaire noir et orange, Mathieu, ou encore Blunik, cachés derrière leurs écrans) dont la qualité de travail n’est plus à vanter. L’occasion ensuite de remettre les prix aux récipiendaires : tous les classements sont disponibles sur le site du Rallye de la Vienne.

Pourquoi n’en trouve-t-on pas (assez) ?

Voilà LA question qui taraude de plus en plus les organisateurs de rallyes, de courses de côte, etc. : pourquoi ne parvient-on plus que difficilement à équiper tous les postes de commissaires rendues nécessaires par les RTS actuelles ? Pourquoi trouver un Directeur de Course ressemble de plus en plus à la dernière aventure en vogue d’Indiana Jones ? Bref, pourquoi ne trouve-t-on plus de bénévoles prêts à payer une licence pour officier ?

Poser la question, c’est déjà y répondre en partie… en effet, être officiel fédéral, c’est prendre une licence, parfois coûteuse (177€ pour une licence de Directeur de Course, par exemple, hors cotisation à votre ASA de rattachement). Un coût qui peut en refroidir certains… MAIS ! Car il y a un MAIS. Amis concurrents qui disposez déjà d’une licence pour pouvoir rouler : pensez qu’il vous est possible de prendre une 2ème licence et que, dans ce cas, vous ne payez “que” la plus chère +10€ !

Pour conclure

Voilà qui vous donne une idée générale de ceux qui vous permettent de rouler. Evidemment, selon le type d’événement auquel vous prendrez part, vous ne croiserez pas toujours toute cette cohorte d’officiels, mais dites-vous qu’un simple rallye non-Fédéral dans lequel un classement est établi ou un chronométrage effectué est un rallye soumis à autorisation préfectorale et nécessitant donc un Commissaire Technique, un Commissaire Sportif et un Directeur de Course !

Pour plus d’informations, je vous invite à vous rendre directement sur le site de la FFSA, qui détaillera dans ses Prescriptions Générales les fonctions de ses officiels, de manière évidemment plus détaillée qu’ici.

Enfin, remerciements aux photographes pour les images collectées :


  • Jean-Jacques que vous retrouverez sur Facebook
  • Bruno que vous retrouverez sur Facebook
Thibaut on BehanceThibaut on EmailThibaut on FacebookThibaut on FlickrThibaut on LinkedinThibaut on Youtube
Thibaut
Auteur et Photographe à News d'Anciennes
Copilote, président de l'AutoMoto Classic de l'Ouest, Directeur de Course FFSA... et rédacteur/photographe pour News d'Anciennes (depuis 2017) lorsque les évènements s'y prêtent. C'est au volant d'un Mazda MX-5 ND (pas une vieille, désolé) que j'arpente les routes de France... c'est fort de ces différentes casquettes que je tâcherai de vous faire vivre par procuration autant d'évènements que possible : pas toujours de manière professionnelle, mais avec une constante sincérité...Viendriez-vous avec moi découvrir ce que la passion de l'auto ancienne a de plus diversifié ?

7 commentaires sur “Qui sont et que font les officiels fédéraux ? En immersion au Rallye de la Vienne 2020”

  1. Bonjour, Belle initiative cet article ! Je me permettrai de rajouter que tous les commissaires de route et de piste sont des bénévoles, donc non rémunérés, qui officient par tous les temps pour assurer notre sécurité (oui, je suis pilote et aussi organisateur) et celle du public, et là, c’est très souvent une tâche très ingrate et difficile. On peut leur tirer un grand coup de chapeau ! Longue route à News d’Anciennes et bravo pour tous vos reportages. Dany.

    1. Merci pour votre retour et vos compliments ! J’ai préféré ne pas insister sur la notion de bénévolat alors même qu’elle est essentielle, c’est vrai, ce n’est même que trop vrai… Cependant, à chaque fois que j’en parle autour de moi, il me faut alors passer un temps infini à faire comprendre qu’un défraiement ou une participation aux frais n’est pas un salaire… difficile mesure à trouver donc, mais j’y travaille !

  2. bel article …complet ? …je ne saurai le dire ..Juste une petite remarque ; cet article comme d’autres ne sont lus que par les spécialistes de la compétition mécanique qui connaissent plus ou moins la fonction de chacune des spécialités nommées …mais ce n’est pas la raison de ne rien écrire – peut être trouver un autre support où le public non averti en prendrai connaissance (exemple : l’ intégrer au programme du rallye ) -** il m’arrive parfois de les “honorer” associes dans un album photos de voitures ( voir sur ma page fb “j-jacques brunet” un album sur les “acteurs” du rallye de la Vienne 2020 >> https://www.facebook.com/photo.php?fbid=2343714752585068&set=pcb.2343718239251386&type=3&theater) –
    *** en attendant merci pour eux – j-jacques .

    1. Evidemment que non, pas complet, j’irais même jusqu’à dire “heureusement que non” car je conserve le fol espoir qu’il ne soit plus d’actualité sous peu, soit parce que les mentalités auront évolué (je pense aux problématiques de gestion du public) soit parce qu’il ne sera plus utile de les présenter tant leurs rôles et fonctions seront reconnues.
      De reste, sur News d’Anciennes du moins, je ne pense pas que les lecteurs ne soient que des mordus de compétition, au contraire : même s’il est vrai que les compétitions représentent une belle part de nos articles (parce qu’elles s’y prêtent à merveille, avouons-le), elles ne sont pas nos seuls points d’intérêt, d’autres sites sont bien plus spécialistes que nous (et plus pointus peut-être) sur ces domaines ! Je pense donc qu’un tel papier peut servir à apporter l’information à des gens qui, passionnés d’autos évidemment, s’intéressent de loin en loin aux rallyes, pas forcément que ceux sur routes fermées. A l’inverse, je te rejoins mille fois sur la question de proposer des descriptifs des fonctions dans les programmes, au moins en ce qui concerne les encadrants sur les spéciales… ce n’est qu’en les faisant connaître que nous parviendrons à les faire reconnaître !

      PS : je viens de corriger le lien ! 😉

  3. Très belle article et bien commenté et un grand merci pour les commissaire donc je fais parti encore merci et à très bientôt sur les épreuves automobiles

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.