Edito : les anciennes de demain ou apprendre à vieillir

En décembre pourquoi ne pas aborder un sujet houleux ? Je suis de ceux pour qui l’univers des anciennes n’est pas aussi figé que ce que bon nombre s’entêtent à penser. Alors forcément je ne suis pas fermé quant à l’avenir des automobiles modernes en tant qu’anciennes. Au contraire, j’appartiens à cette race de personnes qui ont tendance à vouloir anticiper le futur n’hésitant pas à débarquer sur les rassemblements avec des caisses un poil jeunes, mais suffisamment vieille pour pointer du doigt les contradictions de nombreux amateurs d’anciennes. Une forme de provocation, ou d’envie de clamer que les choses évoluent, et qu’il serait bon d’être plus ouverts ? Bref, comme la politique à table, voici un bon thème de discorde à côté duquel je ne pouvais passer.

Les voitures modernes sont-elles les anciennes de demain ?

En voilà un débat qui fait couler de l’encre ! Sans prendre en compte ce que nous réserve l’avenir, la réponse est oui, n’en déplaise à certains. Le fait qu’une voiture devienne ancienne est simplement lié à son âge, et non à son pedigree, ou ses prestations. Par conséquent, à l’instar de tout Homme, toute voiture est condamnée à vieillir pour finir âgée, qu’elle soit de 2000, 2008, 2019. Il n’y a pas de vraies ou de fausses anciennes, juste des caisses plus vieilles que d’autres, mais toutes anciennes, avec des sensations propres à leurs époques. Sauf qu’il semblerait que ce phénomène déjà mal accepté dans le passé le soit encore aujourd’hui. Faut dire que voir une voiture vieillir, c’est un peu comme se voir vieillir, et avouons-le, ce n’est pas chose évidente. Sauf que le temps s’écoulant inexorablement, il va bien falloir l’accepter et faire avec.

Pour lutter contre, ou nier l’éventualité qu’un Citroën Cactus (par exemple) devienne une ancienne, certains essayent de se conforter avec divers arguments. En tête de liste, le sempiternel et méprisant : “Les modernes seront toutes tombées en panne d’ici-là”. Peut-être, peut-être pas, finalement on en sait rien vu qu’on ne leur a pas laissé le temps de vieillir. Et ces voitures d’antan, vantées fiables et robustes ? Bah finalement 30-40 ans plus tard, il n’en reste plus des masses, voir même très peu pour certaines. La plupart emportées par les maux de leur époque, les Jupettes, primes diverses, etc. Personnellement je ne pense pas que les modernes seront toutes en rade d’ici-là, en revanche je pense que le consumérisme actuel, basé sur le changement frénétique de véhicule, et l’évolution technologique fulgurante, vont leur faire beaucoup de mal. Et puis pour ceux qui ont la mémoire aussi courte qu’une piste de 400m, n’oublions pas, depuis que l’automobile existe, les garages ont toujours vu une majorité de voitures récentes entre leurs murs.

D’autres sont tout simplement catégoriques : “1995, ce ne sont pas des anciennes, ce sont des modernes !“. Oui, mais non, nous sommes bientôt en 2020, et 1995 c’était il y a 25 balais. Perso je n’avais pas cinq ans, et pour une voiture, ça commence à faire vieux. Alors certes, le feeling des autos de cette génération est assez proche de ce que l’on fait aujourd’hui, mais qu’on se le dise 25 ans, ce n’est pas loin d’en faire des anciennes au sens officiel du terme. Bref, va falloir s’y faire. Même si dans nos esprits les années 90-2000 nous semblent contemporaines, d’un point de vue automobile, c’est loin d’être aussi frais que le poisson pêché du jour, et les caisses de cette époque ne sont ni plus ni moins que de vraies anciennes en herbe. Personnellement je m’en réjouis car c’était probablement le dernier âge d’or du véhicule thermique.

“Parce qu’aujourd’hui on ne fait plus d’automobiles intéressantes”. Au risque de passer pour un hurluberlu, autant se poser les bonnes questions : Par exemple, est-ce qu’une 205 est franchement plus intéressante et agréable qu’une 208 de 2017 ? Dans l’absolu non. Est-ce qu’une Cooper S de 2018 ne distille pas un peu de plaisir ? Est-ce que finalement, ce qui rend ces ancêtres attachantes, ce ne sont pas plutôt les souvenirs, les sensations, ou l’époque qu’elles rappellent ? Alors oui, l’automobile moderne peut nous sembler morne, grossière, bourrée de superflu, très standardisée et finalement peu créative. M’enfin ça, ce n’est valable que du point de vue de la génération à laquelle on appartient et de notre éducation. Pour ma part il est tout à fait concevable que les gamins d’aujourd’hui soient marqués par les automobiles proposées à l’heure actuelle et, ce, même si je les trouve nazes.

Finalement que penser de tout ça ?

Pour ma part il est évident que toutes les voitures finiront anciennes. En revanche, l’intérêt porté à certains modèles, ou le fait que d’autres deviennent de véritables classiques n’est guère qu’un cycle, une histoire de génération ou d’éducation. Et là encore, je ne me vois pas claquer la porte aux voitures contemporaines pour des raisons qui relèvent surtout de l’étroitesse d’esprit de certaines personnes qui refusent de voir les choses évoluer. Faut quand même bien avouer que les arguments de base ultra traditionalistes à l’encontre de ces futures anciennes sont plutôt légers, et aussi éclairés qu’une nuit sans lune. En fin de compte le cycle de l’automobile ancienne c’est un peu apprendre à vieillir, céder sa place, accepter les nouveautés et les changements liés au cours du temps.

Le mot de la fin, les voitures qui nous fascinent aujourd’hui intéresseront elles autant les générations futures ? Rien n’est moins sûr, étant donné qu’elles ne les toucheront pas comme elles nous ont touché. Autant je trouve les avant guerres sublimes et intéressantes, autant je ne les trouve pas particulièrement désirables, parce qu’elles ne m’évoquent rien. Si j’avais grandi avec elles il en serait certainement autrement. En revanche ce qui est certain c’est qu’il faudra retirer les œillères pour laisser ces jeunes et leurs icônes « modernes » se faire une place dans la grande famille des anciennes. Et ce, qu’elles nous plaisent ou non. Il ne faudrait pas oublier que finalement, cette jeunesse c’est l’avenir et la pérennité.

Les stats de Novembre :

Pas d’édito sans un petit point stats. Il y en a qui sont curieux que voulez-vous.

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Redac-Chef à News d'Anciennes
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos.
Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

6 commentaires sur “Edito : les anciennes de demain ou apprendre à vieillir”

  1. Mes “ancienne n’ont jamais eu plus de 35 ans, et je roule actuellement avec une youngtimer. C’est le plaisir de rouler avec des voitures dont on a eu envie sans pouvoir se les payer quand elles étaient neuves. C’est le plaisir de lever un capot sans se sentir totalement dépassé..C’est le plaisir de pouvoir changer une ampoule sans démonter un pare-choc.
    A ceux qui ne trouvent pas mes voitures dignes d’être collectionnées, je réponds que je roule avec la voiture du fils du jardinier!

  2. c’est surtout une mentalité c’est clair, j’ai un ami qui a dans son garage, Peugeot et Amilcar des années 30, mais aussi… une Street KA, petite voiture contemporaine sympa et qui est relativement peu connue (meme par certaines concession Ford lors de sa recherche !)

  3. Comme pour nos “grand mères”, le temps saura faire la sélection. De plus, nous avons encore des autos qui naissent futures Collector. On aime souvent les autos de sa jeunesse, alors laissons nos enfants faire leur choix quand ils auront notre âge tout en leur apprenant à apprécier et respecter les réalisations de nos ingénieurs et stylistes d’hier et d’aujourd’hui

  4. Bonjour,
    Je trouve votre édito intéressant, mais partiellement incomplet.
    Je possède 3 anciennes, une de 1965 et une de 1976. Ces voitures sont simples ; peu de composants, un schéma électrique qui tient sur une feuille A4, une technique à la portée d’un amateur un peu éclairé. Ces deux-là pourront affronter l’avenir sans grand soucis.
    La troisième est de 1990. Elle ne compte pas moins de 37 relais et est déjà bourrée d’électronique. Vous n’êtes pas sans savoir qu’un semi-conducteur, de même que la poudre utilisée dans les airbags, ont une durée de vie limitée. Pensez-vous que les constructeurs fourniront encore des pièces de remplacement dans 20 ans ?

    1. On se posait sûrement ces questions il y a 20-30 ans lorsque l’électronique a débarqué. 20-30 ans plus tard sur les modèles généralistes les pièces ne posent pas de réelles difficultés. Et puis des savoirs faire en terme de restauration d’électronique se sont crées. Pour moi c’est une fausse excuse et certaines autos anciennes et simples ont des jours bien plus comptés du fait de la raréfaction des pièces. Finalement rien d’illogique.

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