Au volant d’une Chevrolet Impala SS : Supernaturel !

Dimanche 7h du matin, le réveil sonne après une très courte nuit, il faut se lever, trop tôt et comme bien trop souvent lorsque l’on essaye des voitures chez News d’anciennes. Le temps de prendre une douche rapide, un café, de démarrer mon sinistre diesel, et c’est parti direction Lusigny. On dirait que je suis un peu grincheux mais ce n’est pas le cas, car je vais essayer une Chevrolet Impala de 1967. Pour moi c’est ma première américaine et c’est aussi mon record de cylindrée, en fait je suis assez content que le réveil ait sonné.

L’histoire de la Chevrolet Impala

Commençons par un petit cours d’histoire sur la Chevrolet Impala, je vais faire bref car ce n’est ce qui nous intéressera le plus aujourd’hui.
C’est en 1959 que l’impala est devenue un modèle à part entière dans la gamme Chevrolet. En effet en 1958 celle-ci n’était rien d’autre qu’une Bel-Air avec plus d’options. Selon Ed Cole ingénieur en chef de Chevrolet l’Impala devait être un véhicule prestigieux mais accessible. En voila une belle idée qui dans un premier temps va plutôt bien fonctionné puisque la Chevrolet Impala s’avérera être le véhicule le plus vendu aux états unis dans les années 60.

Au cours de cette décennie la gamme se verra largement étendue avec plusieurs déclinaisons, toujours plus puissantes, plus optionnées, surfant sur l’age d’or de l’automobile américaine et l’explosion des muscle cars. On retrouvera donc une version convertible, station wagon, berline, capri, coupée, super sport, etc. Niveau mécanique même si Chevrolet proposait des 6 cylindres en lignes à l’époque du pétrole abondant et pas cher, on avait surtout le droit à des V8, de 5.7L à 6.7L pour la version super sport.

Et puis un jour en 1973 il y eut le choc pétrolier, le prix de l’essence doubla. Fini les V8, les berlines de 5.5m de long, la course aux chevaux etc… Au cours des années 70 l’Impala fait le régime aussi bien sur le plan du gabarit que des mécaniques. La conséquence fut une chute dans l’oubli due à une auto devenue insipide et qui n’était plus que l’ombre d’elle même. Triste histoire me direz vous, mais ce fut le sort de nombreuses gloires US des années 60. Si Ford et sa Mustang ont su parfaitement négocier les années 2000 et relancer leur best-seller, pour Chevrolet il en fut tout autrement, l’Impala d’aujourd’hui est une sinistre berline assez méconnue.

Notre Chevrolet Impala du jour

Notre auto du jour est une Chevrolet Impala SS (pour Sport Sedan et non SuperSport) millésime 1967. Autrefois taxi en Belgique, achetée par son propriétaire actuel en 2015, elle a fait l’objet d’une restauration complète afin d’obtenir une réplique de la voiture de la série Supernatural. Son propriétaire, novice en mécanique a su bien s’entourer afin de mener à terme son projet.

Dans le cas de cette auto tout a été revu, caisse mise à nue, sablée restaurée, trains roulants refaits à neuf, moteur boite neufs, sellerie, électricité… Autant dire que la liste est longue aussi bien sur le plan du temps passé que des pièces changées. Au final notre grosse ricaine est résolument virile dans sa teinte noire, avec ses chromes et ses superbes jantes Cragar Super Spoke.
Allons voir ça de plus près.

L’extérieur entre démesure et sobriété.

J’ai toujours eu en tête qu’une berline américaine était avant tout une auto hors gabarit, comparé à notre parc européen, très m’as tu vue, avec un capot et des portes à faux démesurément long, des chromes rutilants de tous les cotés et une ligne finalement assez lourde et grotesque.

Bon et bien pour le coup j’ai tout faux. Ok il y a du chrome, mais ça ne dégouline pas comme le cheddar d’un burger. On les retrouve essentiellement sur la calandre, le long des portière, le pourtour des fenêtres, évidement sur les pare-chocs et les quelques détails comme le nom de l’auto, ou l’entourage des feux arrières. Au final ce n’est pas beaucoup plus que nos autos européennes de la même époque.

La ligne générale est assez fine surtout sans montant central, et reprend les codes des muscle cars de l’époque. On trouve donc un avant mastoc avec grosse calandres et 4 petits phares ronds, un capot plus long que l’allée de votre jardin, un toit fuyant, une longue malle arrière très fine, des hanches bien musclées dans lesquelles viennent se loger des gommards de 275 de large histoire de bien asseoir l’ensemble. Notre Chevrolet Impala est élégante, un peu ostentatoire mais pas too much.

En fait c’est une belle voiture que les américains nous ont dessiné. La ligne mêle virilité US avec un petit coté sexy Européen et pour le coup j’adore. Les designers ont trouvé un subtile mélange entre décadence et sobriété. Au final ce dessin est tellement bien exécuté que l’auto est belle sous tous les angles et dissimule avec brio ses 5.4m de long. Bref je suis fan!

En revanche, il y a bien un point sur lequel je ne me suis pas trompé : le gabarit de notre Impala. Elle est tout simplement énorme avec ces 5.4m de long pour 2.02m de large (c’est la surface moyenne d’une chambre à coucher). Un gabarit hors cotes pour notre marché européen, mais qui doit bien avoir quelques avantages hormis le fait d’intimider tout ce qui roule et de transformer la moindre manœuvre en partie de Tetris. C’est ce que je vais vérifier en m’installant à bord.

A l’intérieur de l’espace mais pas de chichis.

Lorsque l’on prend place à bord de notre impala ce qui frappe c’est l’espace, la distance qui nous sépare des autres passagers et l’absence totale de maintient de la banquette. On est tout simplement vautré à son aise dans un véritable salon roulant. Impossible, qu’importe le gabarit, de se sentir à l’étroit. Le design de l’habitacle est globalement très épuré, bien loin du style futuriste des années 50. Ici, une planche de bord très classique, quelques plaquages en aluminium, un volant, deux banquettes confortables et c’est tout. Les matériaux eux ont plutôt bien vieilli (pour ceux qui n’ont pas été restaurés) et les assemblages sans être excellents sont loin d’être médiocres, à croire que jadis les américains savaient vendre autre chose que des intérieurs faits du même plastique que les Lego.

Cependant niveau équipements c’est un poil light. Pas de clim, pas de vitres électriques, pas de banquettes électriques, pas de compte tours, etc…, on se demande un peu ou est passée la folie du tout électrique typique des américaines. La réponse est simple notre modèle d’essai est tout simplement assez peu optionné.

Autre point important sur une berline US, le coffre. Il y a de la place la encore, beaucoup de place. Pourtant, si y loger quatre cadavres est un jeu d’enfant, charger une commode est impossible. L’impala restant une berline à malle le coffre offre peu de hauteur, et le seuil de chargement très élevé n’est pas forcement des plus pratiques pour la ménagère.
Trêve de plaisanteries, nous ne somme pas la pour passer en revue les aspects pratiques de notre impala. Allons faire un tour coté capot.


Mécanique Born in the USA

Sous le très long capot on retrouve bien évidement un V8, et un gros ! On parle de 5.7L, alors si pour les US cette cylindrée était pratiquement une norme, pour nous européens on dira que ça commence à cuber un peu. Sur le plan technique, c’est du simple mais costaud, ce bloc dispose, d’un vilebrequin en croix, de 16 soupapes actionnées par culbuteurs, chapeauté par un énorme carbu quadruple corps. L’ensemble est complété par une admission ainsi que deux couvre culasse Edelbrock aussi discrets que Nabila, et une ligne 100% inox signée Magnaflow histoire de se passer d’autoradio.

On est donc loin du raffinement mécanique européen mais cette architecture confère un caractère unique aux moteurs US et aussi un sacré couple. Niveau chiffres notre 5.7L annonce une puissance de 290 chevaux à 5500 tours/min pour un couple de 475nm à 4500tours/min. Un rendement pas franchement impressionnant mais avec suffisamment de couple pour tracter une maison ou gentiment se faire peur sur chaussée humide. Si aujourd’hui ces chiffres peuvent sembler un peu justes pour une auto annoncée à 1960 kg, en 1967 cette berline était plus puissante qu’une Jaguar Type E ou qu’une Porsche 911.

Coté transmission notre Impala dispose d’une boite automatique à 3 vitesses, ce qui n’est pas plus mal car l’autre choix possible était une boite à deux rapports. Celle ci se manipule via un levier au volant et offre trois positions en marche avant : D ou mode tout automatique, L1 et L2 qui permettent de rester verrouillé sur les rapports correspondants. L’ensemble moteur boite est quant à lui raccordé à un bon vieux pont rigide typiquement US.

En conclusion le groupe motopropulseur est aussi fin qu’une tartine au beurre de cacahuète et a peu près aussi complexe dans sa conception. Mais je ne sais pas pourquoi comme la dite tartine je sens que je vais en redemander. C’est ce qu’on va vérifier sur la route.

Sur la route la Chevrolet Impala est en total décalage.

Commençons par l’apprivoiser

C’est avec beaucoup de préjugés et une certaine curiosité que je prend place derrière le volant. Je trouve ma position de conduite sans trop de difficulté, en fait j’ai le choix entre être vautré sans toucher les pédales, ou être vautré en touchant les pédales. Je choisis la seconde option mais pour le coup le volant est trop proche. Le temps d’affiner le réglage, impeccable, contact pied sur le frein, vitesse sur P, allumage! Le V8 démarre et à ce moment la j’ai 10 ans. Quel son, j’ai l’impression d’être Vin Diesel ! Première sensation, eh bien la direction a le tonus d’une méduse, l’accélérateur est assez dur, et la boite de vitesse est un poil brutale pour une automatique. Le V8 semble gorgé de couple et offre une souplesse remarquable. En dehors de ça sur ces premiers kilomètres d’agglomération le confort de suspension est royal, et le gabarit se gère sans grosse difficulté, même si il nécessite beaucoup d’attention au départ.

Il est temps de sortir de l’agglomération. Je m’installe tranquillement à 80-90km/h à l’approche des premières courbes. Verdict : j’ai l’impression de faire de la neurochirurgie avec une batte de Baseball. La direction est trop assistée, trop démultipliée pour être agile (4 tours de butée à butée), et offre très peu de remontés d’informations, en fait je ne sais pas vraiment où sont les roues avant ou ce qu’elles font. En revanche le point neutre n’a pas de jeu, ce qui est plutôt rassurant. Sans oublier l’inertie de l’auto proche de celle d’un train de fret. Si sur la Route 66 cela ne pose aucun soucis sur nos départementales Française ces premières sensations déroutent un peu, mais je m’y attendais.

Le freinage lui est… délicat. Normal la tâche est confiée à 4 tambours. A l’attaque rien ne se passe le temps que l’assistance se mette en route, puis la pédale s’enfonce enfin. Et à ce moment là je m’attendais à pire, certes ça manque clairement de pêche, j’ai l’impression d’avoir le mordant d’un chiot plus que celui d’un malinois, mais lorsque l’on écrase plus franchement la pédale l’auto s’arrête sans soucis et assez rapidement par rapport à ce que j’aurais imaginé.

En dehors de ces quelques détails l’auto est très confortable, l’amortissement est souple et pompe un peu mais les mouvements de caisse me semblent correctement contrôlés, l’avant ne s’effondre pas à la moindre entrée en courbe et l’auto ne tangue pas comme le pont de Takoma, le châssis est probablement aidé par le passage en silentblocs rigides. En fait en conduite soft cette Impala me fait penser à une Saab 9.3 turbo en beaucoup plus lourde, moins précise, et surtout le V8 en plus.

Passons aux choses sérieuses !

Accélérons un peu le rythme, mode L2 enclenché il est temps de voir ce que donne ce V8 ! Pour le coup, j’écrase franchement l’accélérateur et en retour j’ai le droit à un bon coup de pied. Dans l’absolu le compteur de vitesse ne monte pas très vite, il est possible qu’un Citroën Picasso bien motorisé propose les mêmes performances tout du moins jusqu’à 100km/h (9.7s annoncées). Mais au delà, notre V8 continue d’envoyer sec et l’aiguille grimpe avec constance sans faiblir.

 

Mais plus que les perfs c’est le ressenti qui compte et pour le coup on est plus proche du gros coup de masse que de l’élastique, ce moteur est plus coupleux que rageur, quoique la encore jusqu’au rupteur la sensation de poussée ne s’estompe pas franchement. Passé les 130km/h l’auto reste stable, file droit, au final elle n’est pas si difficile que cela à conduire, il suffit juste de prendre en compte le poids et ce pourquoi elle a été conçue. A cela rajoutez la sonorité caverneuse, bien virile et particulièrement jouissive dans les tours. L’effet est garanti et j’en oublie mes préjugés, la tenue de route, le freinage, le 0 à 100, je crois que je tombe définitivement amoureux.
Ce V8 est Supernaturel, et, pour le coup, je repasse sur le mode L1 au départ d’un stop. V8 au ralenti, j’écrase l’accélérateur, les deux tonnes se cabrent légèrement, le couple me prend aux tripes, c’est reparti pour un tour de manège!

Conclusion

Que dire de cette Chevrolet Impala ? Eh bien c’est ce qu’on appelle une caisse de ligne droite. Pas vraiment agile en virages, pas doté du meilleur freinage qui soit, avec un rendement énergétique honteux. Mais elle l’assume et au final c’est une auto avec une sacrée gueule, un moteur bien graveleux comme on les aime, une sonorité d’enfer.
Et comme personnellement j’aime les autos qui s’assument malgré leurs défauts, alors cette Impala je l’adore. Elle m’a permis d’avoir de nouvelles sensations en voiture, de rouler en décalage complet avec ce que j’ai pour habitude de conduire ou d’exiger au volant, et ,de goûter un peu au mythe américain. Au final on prend franchement son pied au volant, ce n’est pas tout à fait comme d’habitude mais le résultat est le même et on en redemande.

Donc si pour vous la consommation n’est pas rédhibitoire (20L au 100 en moyenne), que vous cherchez une belle auto de promenade et que de temps en temps vous aimez laisser de la gomme au feux rouges n’hésitez pas. En revanche n’espérez pas l’utiliser au quotidien même si elle est très facile à manœuvrer grâce à sa boite auto et sa direction très assistée.

Pour résumer en une phrase cette Chevrolet Impala : C’est une belle façon de gaspiller de l’essence.

Acheter une Chevrolet Impala

Définir la cote de cette la Chevrolet Impala n’est pas évident étant donné la confidentialité du modèle sur nos terres. Il est donc possible de trouver des exemplaires à moins de 10.000€ mais souvent pourris, jusqu’à des prix dépassants les 25.000€ pour des autos restaurées.

A l’achat rien de plus compliqué que pour n’importe quelle ancienne, regarder la rouille dans les ailes, pieds de porte bas de caisse etc, vérifier l’état des trains roulants, l’équilibre du freinage, les fuites, l’électricité, etc… Concernant les pièces et l’entretien il est très facile de se procurer les pièces neuves à tarif raisonnable aux US, il faudra juste faire attention aux frais de douane. En dehors de ça les opération mécaniques sont assez simple il y a de la place partout et un novice peut aisément plonger les mains de le cambouis pour apprendre. Bref ce n’est pas une auto compliquée et chère à l’entretien.

Je tiens à remercier notre propriétaire du jour pour le prêt de son magnifique jouet, si vous en voulez encore, la page facebook de cette auto est visible ici

Image
Entretien
Facilité de conduite
Facilité de prise en main
Plaisir de conduite
Les Plus Les Moins
Une Vraie Gueule L’énorme consommation
Un V8 Charmeur Quid du comportement sur route humide ?
Un Entretien Facile Auto déroutante sur les premiers kilomètres
Du confort et de l’espace Gabarit difficile à appréhender
Note Totale

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Mark
Rédacteur-Photographe à News d'Anciennes
Passionné de photo et de sa BMW E30, Mark a rejoint News d'Anciennes courant 2016.
Essais, road-trip, reportages, tout l'intéresse du moment qu'il peut sortir son appareil photo.

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