Le Diesel en collection, une aberration ?

C’est un débat sans fin, les voitures diesel ont-elles leur place dans le monde de la collection ? Pour beaucoup, la réponse est non. Prenons les arguments les plus courants, et étudions-les de plus près.

Le Diesel ne fait pas partie de l’histoire automobile

Qu’on le veuille ou non, la technologie mise au point par Rudolf Diesel est indissociable de l’histoire de l’Automobile depuis 1933. D’ailleurs, cocorico ! Ce sont les français qui sont les premiers à proposer une voiture diesel en série, en l’occurrence Citroën sur la Rosalie Familiale (Moteur 11UD, 1766cm3). Les allemands ne suivront qu’en 1936 avec la Mercedes 260D et la Hanomag Rekord. Cette même année, ce sera aussi à Peugeot de se lancer avec ses 402 équipées du moteur HL50 (HL pour huile lourde). Toutefois, ces motorisations sont réservées à des utilisations majoritairement commerciales (en France, notamment, il s’agit même d’une obligation légale à l’époque), telles que les ambulances taxis, ou breaks/fourgonnettes de livraison.

Même si à la sortie de la guerre beaucoup de constructeurs offriront un diesel dans leur gamme, comme par exemple l’Austin A60 Cambridge ; l’Isuzu Bellel, la Fiat 1400-A et bien d’autres, il faut attendre le premier choc pétrolier pour voir un moteur diesel apparaître chez VW, et surtout l’apparition des premières motorisations turbo-diesel, plus performantes. Enfin, c’est à Peugeot que l’on doit le boom des petites voitures diesel, avec le bloc XUD qui arrosera l’ensemble de la gamme PSA (en atmosphérique ou suralimenté) jusque dans les années 90.

De fil en aiguille, avec sa consommation (et en France sa fiscalité) avantageuse, le Diesel a lentement grignoté des parts de marché, prenant même l’avantage (en France en tout cas) sur l’essence avec le bonus/malus écologique.

Même si les populaires d’antan (2CV, 4CV..) étaient essence, les populaires d’hier, elles sont déjà bien plus régulièrement des diesel, quant à celles d’aujourd’hui, ce sont carrément la majorité. De ce point de vue, si la collection vise à conserver le patrimoine automobile, y compris populaire, dur de faire l’impasse dessus !

Aucun véhicule Diesel n’a fait quoi que ce soit en compétition

Là aussi, le moteur diesel n’est pas en reste, au même titre que d’autres moteurs avec une architecture moins « conventionnelle » (moteur Wankel, turbine à gaz, etc…).

Dès 1931, Clessie Cummins court les 500 Miles d’Indianapolis avec sa Diesel Special, après avoir atteint les 160 km/h à Daytona la même année. Bentley (quoi un Bentayga Diesel ? c’est tuer l’essence même de la marque !!! bla bla bla…) court le Monte Carlo 1933 avec une moteur diesel Gardner et finit cinquième au général, et première anglaise engagée.

En 1952, Fred Agabashian signe la pole à Indianapolis avec un moteur turbo diesel de 6.6 litres à plus de 220 km/h, il finira vingt-septième après un début de course compétitif, la faute à un mauvais placement de l’entrée d’air, qui entraînera la casse du turbo au 71ème tour.

Dans les années 90, les constructeurs courent en tourisme avec des voitures diesel. D’ailleurs BMW remporte les 24h du Nurburgring 1998 avec une 320d, devant des VW diesel et près de 200 voitures essence. Alfa Romeo fera même une formule de promotion basée sur sa 147 JTD.

Doit-on parler d’Audi et de leurs incessantes victoires aux 24h du Mans entre 2006 et 2014, entrecoupée par Peugeot et leur 908…. HDi ?

Là aussi l’histoire est plus récente, mais elle existe néanmoins.

La restauration et l’entretien coûtent un bras

Là… le sujet est un peu plus complexe qu’un simple oui/non, comme j’ai pu le faire auparavant. Du point de vue purement esthétique ou des équipements, ce sont exactement les mêmes pièces que les versions essence (à quelques exceptions près, mais comme il y a aussi des pièces spécifiques à certains modèles en essence, comme le capot des 205 Automatique , très prisé pour son bossage), donc aucune différence de prix.

Concernant la mécanique en elle-même, l’histoire est un peu différente. En ce qui concerne le bloc moteur, il est souvent conçu de manière durable, donc il y a peu de raisons de s’inquiéter. Pour les équipements externes en revanche, il est vrai qu’une pompe coûte cher à réparer et que certaines sont plus fragiles que d’autres. Il y a également d’autres périphériques qui peuvent coûter plus cher. Il est également vrai qu’en matière de freinage/suspension les consommables auront un coût plus élevé, du fait du bloc moteur plus lourd.
Mais il en va de même sur une voiture essence, une mécanique pointue nécessitera des pièces coûteuses et une voiture équipée d’un 8 cylindres aura besoin de freins et d’amortisseurs plus efficaces qu’un modèle 4 cylindres, et donc plus chers.

Ici non plus pas de raison d’aller contre, car le collectionneur sait ce qu’il achète et pourquoi il l’achète.

Le Diesel n’a aucun intérêt technique

A l’instar des mécaniques essence, le diesel est en constante évolution. Il est possible de jalonner son histoire de la même façon :

  • 1965 : Peugeot crée une auto spécialement pour les records en catégorie Diesel, à découvrir ici
  • 1978 : premier turbo-diesel monté dans une voiture de série avec la Mercedes 300SD (5 cylindres 3.0 115ch)
  • 1987 : premier turbo diesel à injection directe avec la Fiat Croma TD i.d. (4 cylindres 1.9 93ch)
  • 1989 : premier turbo diesel à injection directe à pilotage électronique sur l’Audi 100 TDI (5 cylindres 2.5 118ch)
  • 1997 : premier moteur avec injection par rampe commune sur l’Alfa 156 2.4 JTD (5 cylindres 2.4 138ch)
  • 2000 : Peugeot installe un filtre à particules sur la 607 HDi FAP
  • 2004 : Honda lance le premier bloc Diesel tout aluminium avec l’Accord i-CDTi (4 cylindres 2.2 140ch)

On pourrait faire une liste équivalente sur les moteurs essence, cela ne choquerait personne, au contraire, donc ici non plus rien ne va à l’encontre de leur présence, si ce n’est peut-être le coté plus récent des modèles évoqués, mais là, il n’est nullement question de type de motorisation.

Le Diesel c’est pas de la passion

Alors là on entre dans l’argument le moins objectif qui soit ! Ce n’est pas parce que le diesel n’est pas VOTRE passion, qu’il ne doit être celle de personne. Il s’agit purement d’une question de gout. Certains préfèrent le claquement régulier d’un bloc diesel aux hurlements d’une italienne en furie, c’est leur choix, respectez-le.

Et on ne parle même pas des amateurs de Tracteurs ou de Camions anciens !

Conclusion

Il n’y a pas de raison objective de rejeter le diesel dans le domaine de la collection. J’ai beau ne pas l’apprécier à titre personnel, je peux pourtant tout à fait comprendre que certaines personnes s’y intéressent. Je n’en rajouterai pas plus, ayant déjà expliqué dans un coup de gueule il y a un peu plus d’un an ce qui peut m’agacer dans la fermeture d’esprits de certains.

Photos : News d’Anciennes, Mercedes-Benz, Fiat, Rallye Monté Carlo

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Pierre
Rédacteur à News d'Anciennes
Tombé dans la marmite automobile quand il était petit, il a rejoint l'équipe de News d'Anciennes en 2015. Expatrié en Angleterre depuis Mai 2016, il nous partage les évènements de là-bas.
En dehors de ça, il partage une bonne partie de son temps sur la route entre une Opel Ascona et une Mazda RX-8.

2 commentaires sur “Le Diesel en collection, une aberration ?

  1. En collection, surtout sur les youngtimers, ce sont souvent les modeles les plus dynamiques d’une gamme qui sont recherchés. C’est rarement le cas des diesels.

    1. Certes.
      Mais ça ne change rien au fond de l’affaire. Si la notion de collection prend sens en tant que conservation d’un patrimoine culturel et technique, la distinction est stérile.

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