3000 bornes en ancienne, Volte-Face, Chamonix-Troyes

Ça y est, le road-trip touche à sa fin. Après des épisodes sur des routes mythiques, et les intempéries à vous dégoûter de rouler, là, ça sent vraiment la fin. Vous retrouvez les épisodes précédents en cliquant ici.

5ème et dernier jour de notre boucle alpine, 3h30 du matin le réveil retentit. N’est ce pas un peu tôt pour attaquer l’aiguille du midi me direz vous? Effectivement c’est le cas, mais à cette heure si le programme à changé. La météo annonce du beau sur la Furka entre 8h et 11h, alors je ne résiste pas à l’envie de faire demi tour pour y retourner. Pour rappel, hier, c’était comme dans cet article.

4h30 le top départ de cette étape de 1000km est donné. Comme à son habitude le 320 s’ébroue en silence sur les 1ers kilomètres en direction de la Suisse. Col des Montets, frontière, col de la Forclaz, Martigny, nous voici en Suisse sur la même route que la veille. Mais cette fois-ci tout est bien sec et la nuit se permet même de nous montrer quelques étoiles. À cette heure ci, personne sur le ruban d’asphalte. Un fond musical, calé à allure réglementaire les kilomètres défilent sans fatigue, et, lorsque j’arrive sur Oberwald, je suis parvenu à gagner 1h20 sur le temps de la veille !

Levé de soleil sur le massif magique

C’est avec l’aube que j’attaque la monté de la Furka. La route est encore humide, alors on y va molo. La première partie de la montée se compose de quelques lacets et de courtes lignes droites en pleine forêt. Peu à peu le paysage se dégage, la végétation laisse place à la roche. Au détour d’une épingle j’arrive sur Gletsch et au loin le massif me saute aux yeux.

Sur la gauche le glacier, suivit d’un mont sur lequel se dessine le tracé du col. Superbe ! D’ailleurs, allons les faire ces lacets.

Au fil de l’ascension mes impressions de la veille se confirment. La chaussée est large, parfaitement revêtue, la première partie se compose de pif-paf rapides, avant d’enchaîner sur une série d’épingles. Mais c’est trop court, à peine le temps de m’échauffer que je suis déjà sur le Belvedere. Si l’ascension du Stelvio était longue, pleine de mystère et extrêmement variée. La Furka se dévoile dès le départ et me semble beaucoup trop courte. Mais je ne vais pas bouder mon plaisir, nous sommes bien sur un col d’exception. Et quelle vue ! Ce Belvédère est fascinant, irréel, niché à flanc de montagne.

Le temps de me garer et je me trouve à l’aplomb de la vallée. En bas le Rhône ruisselle, au loin le Weisshorn et ses 4505m se dressent éclairés par la rosée du matin. Tout simplement spectaculaire.

Contrairement au Stelvio et à l’Iseran, ici les montagnes dominent et intimident quelque peu.

Le paysage est majestueux mais l’atmosphère reste oppressante, je dirais presque inquiétante. Surement la faute à l’hôtel désert, aux grondements du glacier, aux sommets acérés ainsi qu’à la lumière de l’aube. Le temps de prendre quelques photos et je redescend direction un autre mythe alpin.

Le Nufenen

Une 30aine de kilomètres après le Belvedere de la Furka me voici au pied du Nufenen et ses 2478m. L’ascension s’annonce courte, seulement 13km mais assez raide avec un peu plus de 1000m de dénivelé. Au menu de la première portion ce sera lacets et forêt, dans un décors particulièrement encaissé. Je ne sais pas trop où la route à l’intention de me mener du coup je suis plus à la découverte qu’au sport. Notre 320 grimpe sans encombres ces 1ers kilomètres assez pentus (il faut dire qu’il commence à avoir l’habitude) avant de débouler dans une petite vallée. Et enfin le col se découvre.

Un paysage de lande, de roches très sombre, très abruptes, et au milieu un magnifique enchaînement de gauches-droites très rapides qui me mènent directement sur la partie finale de la montée, un superbe enchaînement de lacets comme on les aime.

Celle-ci ne sera qu’une simple formalité pour notre 320. Arrivé au sommet, si la Furka me semblait quelque peu inquiétante, ici on verse carrément dans le sinistre. D’un côté une vue parfaitement dégagée sur une série de 4000m (notamment sur le très spectaculaire Finsteraarhorn 4205m).

De l’autre sur les nuages qui commencent à remonter et le sombre Fulhorn rappelant un certain pain de sucre.

À peine le temps de profiter de l’instant, le ciel se couvre, le froid s’installe, et l’horloge tourne. Je dois impérativement être à Troyes ce soir. Non sans mal je met les voiles de nouveau en direction du col de la Furka. Ça commence à sentir la fin. Au cours de la descente je croise une McLaren 650S qui arrive un peu tard pour profiter de la vue, mais qui me rappel le caractère là encore exceptionnel de ce site. Le 320, lui, roule sans encombres, les sensations de la veille ne sont plus qu’un mauvais souvenir.

De Gletch à Berne derniers cadeaux alpins

Arrivée sur Gletch je bifurque en direction du Grimselpass et ses 2100m. Le temps de croiser deux Aventador SV (décidément !) et on attaque. C’est mon dernier gros col alors je compte bien en profiter d’autant que le menu est alléchant. Nombreux lacets à flancs de montagne un peu comme un certain Stelvio, mais aussi, une vue à couper le souffle sur la Furka et la vallée.

La route est là encore d’une grande qualité et se prête à une conduite plus agressive. Notre 320 est en forme ce matin, comme depuis le début au final et les conditions sont optimales pour le laisser s’exprimer une dernière fois. Je n’ai pas oublier les reflex du Stelvio : épingles en 1ère, pied au plancher et ne jamais retomber sous les 4000trs sous peine d’être cruellement pénalisé. Et les sensations sont de nouveau là, le sommet aussi. Ces cols suisses sont vraiment courts, mais intenses lorsqu’on y va franco. Et contrairement à leurs homologues Français mal carrossés et peu sécurisés ici on peut y aller sans arrières pensées et sans craintes. Quel bonheur !

Au sommet une petite chapelle, un lac en contre jour et un empilement de barrages. C’est de toute beauté. Et incomparable aux deux autres. La Furka laissait rêveur, le Nufenen était vraiment sinistre, ici on est à ciel ouvert et l’on ressent presque une certaine douceur.

Mais là encore, pas le temps de rêvasser il est 11h et les nuages commencent ici aussi à remonter de la vallée. Contact et je repars direction Berne et la grisaille. Au cours de la décente je jette un dernier coup d’œil sur les Alpes avant que celles ci ne disparaissent dans la brume. Voila c’est fini je suis happé par la masse nuageuse et désormais je ne verrais plus aucun sommet.

Les kilomètres s’enchaînent sous un plafond gris, je me laisse désormais guider par le GPS direction Berne. Le 320 ronronne gentiment et assure sans peine ce vol long courrier. Interlaken et Thoune seront les derniers cadeaux des alpes Suisse avec deux superbes lacs aux eaux rendues vertes par le reflet des nuages. Une dernière pause photo, un dernier arrêt pour s’extasier. C’est majestueux.

Berne, Neuchâtel la route est très longue bien que les distances soient faibles. C’est aussi ça la Suisse. Les hauts reliefs finissent par totalement disparaître pour laisser place à une charmante campagne, alors que je suis à hauteur de Fribourg. Bye bye les Alpes. Bonjour la pluie à l’approche du Jura et de Neuchâtel. Ma fenêtre de beau temps était courte mais je ne regrette pas ce détour de 500km et l’Aiguille du Midi. Les Grisons et le Valais valent la peine d’être vus. Et ces 3 cols sont vraiment 3 monstres sacrés, 3 pèlerinages à faire pour qui aime rouler en haute montagne.

Apres de longues heures la France pointe le bout de son nez. Les premiers radars aussi (ça ne m’avait pas manqué), le trafique se charge.

Besançon Troyes les derniers kilomètres.

Morteau, puis Besançon, dans les bouchons, cela ne m’était pas arrivé depuis le départ 5 jours plus tôt. 40 minutes de perdues et je tente de rattraper le retard jusqu’à Dole. À cette instant la monotonie est à son paroxysme. Je roule depuis 4h30 ce matin et les nationales Françaises, le trafic et les radars commencent à sérieusement me gonfler. Les Alpes, le nuit, les kilomètres dégagés, les vues à couper le souffle et le respect entre automobilistes me manquent déjà. Mais pas le temps de me plaindre j’arrive sur Dijon et je sais que je touche enfin au but.

L’excitation monte, l’appel du foyer et d’une bonne douche se fait de plus en plus ressentir. Et surtout : on est sur le point de la finir cette boucle ! Et sans soucis. Les souvenirs et les images commencent déjà à se bousculer alors que j’attaque la rocade Dijonaise en pleine heure de pointe.

Dijon nord, il est temps de sortir. Plus que 150km ! Du gâteau pour le 320 après tout ce que je lui ai fait voir. Sur la route, les lacets du val Suzon qui ont pour habitude de m’amuser me semblent désormais pingres et bien plats tout comme la campagne pourtant joliment vallonnée du Chatillonais. La pluie qui avait cessé reprend mais je m’en moque on y est Châtillon plus que 70km et ces paysages familiers, rassurants m’appellent de plus en plus à rentrer.

A cet instant les Alpes ne me manquent plus vraiment au contraire je suis content à l’idée de poser mes valises ! Rapide crochet par la campagne Auboise et le Chaourcois histoire de remercier mon mécanicien en chef sans qui l’auto n’aurait pu réaliser ce périple. La fiabilité a un prix, celui d’un suivit rigoureux surtout sur une dame de 30 ans et de 220.000km au compteur.

Chaource, à cet instant c’est certain, sauf un impondérable dans la forêt qui me sépare de Troyes je vais la finir cette boucle. Les dernières minutes sont longues et les derniers kilomètres que j’ai l’habitude de parcourir régulièrement me semblent durer une éternité.

La campagne laisse place à l’agglomération, les départementales aux boulevards, je ne suis plus qu’à deux feux rouges de l’arrivée.

20h45 instant sacré, enfin j’y suis, le portail du sous sol s’ouvre il n’y a plus qu’à garer la voiture. Je laisse tourner le 2.0L quelques secondes, avant de le couper pour de bon cette fois, débrancher la batterie et regarder une dernière fois cette auto, assez fier de ce qu’elle a accompli. Et oui, on l’a fait notre grand tour dans les Alpes ! Toutes ces routes, ces paysages que j’ai longtemps regardé sur internet ! Et au même instant j’ai du mal à réaliser que ce matin j’étais sur la source du Rhône à côtoyer des 4000m et que dans quelques minutes je serais installé dans un bon fauteuil chez moi. Cela fait le même effet qu’un rêve, difficile à croire et grisant à la fois tellement c’est gros. Le shoot de parcourir de très longues distances et de voir beaucoup de choses en très peu de temps. Bref il est temps de faire le bilan.

L’heure du bilan.

Calé dans mon fauteuil un bon café à la main c’est l’heure du bilan. En quelques chiffres :
– 3026km c’est la distance couverte sur ces 5 jours.
– autour de 80km c’est le dénivelé encaissé sur ces 5 jours.
– 7.7L/100 c’est la consommation moyenne de notre 2.0L. Et c’est plutôt un bon chiffre pour un 6 cylindres de 30 ans, surtout dans ces conditions
– 0 le nombre de pannes à déplorer.
-2 4 le nombre de cols gravis.
– autour de 2800m l’altitude maximale atteinte au volant.
En conclusion notre 320 s’est avéré être un bon choix malgré sa réputation de voiture poussive. Une auto à tout faire, à la fois confortable silencieuse et sobre quand il le fallait. Donnant un réel plaisir et pouvant faire preuve d’une certaine vivacité lorsque la situation s’y prêtait.
Il est évident que ce n’est pas une sportive mais au final je ne suis pas convaincu hors M3, que ses grandes sœurs surcotées auraient apporté beaucoup plus frissons. Le choix d’un rapport de pont long ne s’est pas avéré si catastrophique dans la montagne et à offert un réel compromis malgré mon scepticisme. En effet un rapport trop court n’aurait pas été adapté à mon usage. Cependant le comportement sous la pluie s’est avéré délicat et constitue un point noir tout comme le freinage totalement inadapté à l’auto.  En bref la série 3 E30 : l’essayer c’est l’adopter même les plus petites motorisations souvent boudées. Il faudra cependant veiller à accepter les défauts inhérents de l’auto et ne pas outrepasser ses limites sans quoi le retour de bâton sera immédiat et sans appel. Une fois tout cela pris en compte c’est une auto que je conseille.
Sur ce il est temps pour moi d’éteindre les lumières et de planifier un prochain roadtrip.

Les plus

– ligne
– ergonomie et matériaux bien foutus
– tenue de route et comportement sur sol sec
– petit moteur atypique et sympa
– sonorité envoûtante
– consommation extra-urbaine raisonnable
– 6 cylindres à petit prix

Plus mitigé

– rapports de boite et de pont un peu longs sur les versions françaises
– freinage trop vite dans les choux sur les versions françaises

Les moins

– consommation urbaine élevée n’espérez pas passer sous les 10L/100.
– comportement sur route humide rapidement traître.
– coût de l’entretien si l’auto n’a pas été soignée
– petites motorisations de plus en plus rare en bon état ou non swappées.
– souffre de la concurrence de ses grandes sœurs plus puissantes.

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5 réflexions au sujet de « 3000 bornes en ancienne, Volte-Face, Chamonix-Troyes »

  1. Superbes articles, merci:-))J’habite les Grisons/Suisse, alors tous ces cols sont autour de moi:-) sauf les cols en ou vers la France, ceux-là on les fait pendant les vancances….notre voiture aussi une vieille dame, une Mercedes R 107, 500SL, version cabrio, boîte auto….et différentiel auto-bloquant.Bien amicalement, Rainer.

  2. C est vraiment supr ce que tu as fait
    J ai fait une paetie des Alpes a moto avec ma femme mais pas a ton rythme
    Et la je n ai qu une envie : sortir mon ancienne et partir pour les Alpes
    As tu realise un tracet de ton periple sur une carte routiere ?

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