3000 Bornes en Ancienne, Dans la Gueule du Loup, Chiavenna – Chamonix

Le road-trip continue. Après les premières étapes et ses cols mythiques, on se rapproche des ennuis… Reprenons la route où nous l’avions laissée, à savoir quelque part au nord du Lac de Come.

6h du matin en ce 4e jour il est temps de quitter la bourgade de Chiavena pour une étape de transition en direction de la France, plus précisément Argentiere, Chamonix et le Mont Blanc. C’est donc un programme un peu musclé qui nous attend : traverser la Suisse d’Est en Ouest.

Le Col du Splugen, fin de l’Italie et début des ennuis

Sortie de Chiavena et des les 1ers kilomètres, ça grimpe fort sur cette ascension du Splugenpass. La météo semble correcte malgré les prévisions. L’auto ne montre pas de signes de faiblesse, au contraire le décrassage en règle de la veille semble lui avoir fait du bien. Bref pour le moment c’est du tout bon.

À l’approche du sommet, 2110m, le ciel se couvre d’avantage, mais le col reste bien visible. Comme à l’habitude, depuis les 3 derniers jours, le spectacle est de mise. On retrouve un lac d’altitude et quelques édifices. Le tracé jusque là très sinueux devient rapide, mais gare au bétail en liberté. La route, les constructions, la luminosité, ainsi que la nature très minérale de ce passage donnent l’impression d’avoir remonté le temps. Grisant !

La descente est quant à elle vertigineuse et… Humide. En effet aussitôt franchie, la barrière montagneuse laisse place à une pluie fine. Et là, je sais déjà que la journée va être longue. Plus je descend, plus les nuages et la pluie se densifient, la visibilité reste encore bonne, mais ce n’est qu’une question de temps avant que la vallée ne se bouche totalement.

Le labyrinthe vers la Furka

Arrivé au cœur de la vallée (je l’ai appris plus tard mais il s’agit en fait de la vallée du Rhin), je m’engage sur l’autoroute direction San Gothardo. Et là, le drame commence. Pluie diluvienne, brume puis brouillard épais. Pour le coup je n’aurais même pas le cœur à rouler à la vitesse limite de 100km/h. Je me contenterais d’un petit 80. En effet, je commence à ne plus y voir grand chose dans cette purée de pois et l’auto n’est franchement pas rassurante. Plus que 400km…

Et déjà, je sens que les pneus ont du mal à évacuer toute la pluie, les essuies glace sont trop lents et la (bonne) précision a laissé place à l’inertie et l’incertitude. En conséquence je navigue plus que je ne conduis et autant dire que dans certaines descentes je suis un peu crispé sur le volant.

Je prends mon mal en patience, les panneaux défilent mais pas les distances, les montagnes sont invisibles,. Je n’y vois vraiment rien, je commence à perdre mes repères dans ce labyrinthe de vallées. L’aquaplaning quasi permanent rend l’auto peu évidente à manier dans les enchaînements. Les kilomètres de glissières laissent le doute quand à ce qui ce trouve de l’autre côté.

Montagnes ou précipices je n’en sais rien et ce n’est pas plus mal tant la situation devient crispante. Le brouillard, l’encaissement et le jour qui peine à se lever se chargent de procurer un sentiment de claustrophobie, vraiment c’est difficile. Au bout d’une centaine de kilomètres la météo commence à peser sur le moral. C’est long, très long, je finis par être complètement désorienté incapable de savoir où je suis où est le nord le sud et où je vais (et pourtant j’avais révisé mon roadbook) malgré les directions indiquées par le GPS. La fatigue nerveuse commence à se faire ressentir, les mains font mal tous les sens sont à l’affût, la concentration est à son maximum, et pourtant, je sens que mon attention décline et les automatismes prennent le dessus. Pour le coup ce n’est pas l’auto qui faiblit mais le bonhomme aux commandes. Apres 3h sans s’arrêter il est temps de marquer une courte pause café quelque part dans une vallée. Histoire de souffler un peu, casser la monotonie et regarder ma carte.

Je repars, toujours direction San Gothardo. Sortie d’un tunnel une énorme marre happe la voiture en direction des murets. Je ne l’avais pas vu, à bord c’est la panique totale malgré le rattrapage. Dans la foulée je loupe ma sortie et m’engage dans le tunnel du Saint Gothard. Tout de suite je pense au Mont Blanc. « Combien va me coûter cette boulette? 50 80€ ?  » Bref je vais profiter de ces 16km de sec pour me détendre et planifier la suite…

Le Col de la Furka, au cœur de la tempête

Sortie du tunnel et la pluie fait de nouveau rage. On attaque le col du Saint Gothard. Au milieu du brouillard j’entrevois quelques falaises d’où s’écoulent de nombreuses cascades. La montée est en travaux et assez pénible mais que ce doit être joli par beau temps ! Les virages s’enchaînent, impossible de savoir si j’ai passé le sommet. Pas de doutes on est au cœur de la dépression annoncée et autant dire qu’à 2000m ça ne rigole pas !

Le vent souffle le pare brise est devenu un miroir déformant et je devine tout juste les trajectoires… Dans la confusion la plus totale je suis les quelques panneaux que j’arrive encore à lire, direction le col de la Furka et son glacier connu pour être la source du Rhône. Ça grimpe de nouveau, ça tourne, le vent commence à souffler vraiment fort et pousse la voiture vers l’extérieur de la chaussée, je ne vois plus rien, je roule à 30km/h, puis ça redescend. J’ai passé le col sans m’en rendre compte.

En fait je ne sais même pas si je suis sur le versant est ou ouest, j’ai beau connaitre ma carte et avoir un GPS je suis de nouveau totalement déboussolé dans la brume et je ne parviens pas à joindre les deux bouts. Après quelques longues minutes l’Hôtel du Belvédère surgit de nulle part. En réalité je ne le vois qu’une fois dessus. Ici la visibilité est d’une 20aine de mètres, peut être 30. Ce n’est pas grave il est là, et, enfin, j’ai un point de repère. Pour le première fois depuis le Splugen je sais enfin ou je suis et dans quelle direction je vais, et, soulagement c’est la bonne !

Petite pause pour immortaliser l’instant. Et quel instant ! On ne voit rien en dehors d’un morceau du Belvédère qui semble irréel au milieu de ce décor fantomatique. En fond sonore j’ai le droit à quelques grondements du glacier, mais celui-ci reste invisible comme tout le reste. Si le vent à cessé, les nuages bloqués contre le massif font tomber un véritable déluge. Pour le coup, je me sens vraiment perdu et seul avec mon auto. Malgré les grands espaces qu’on pourrait imaginer derrière la brume, la situation est oppressante. L’extase du Stelvio a laissé place à l’angoisse, et à cet instant, je n’ai plus qu’une seule idée en tête : quitter ces foutues montagnes et ramener l’auto en France point barre !

Retour à la voiture pour terminer la descente. Pas plus de 60km/h ici. Dommage, la route est belle, large, bien tracée et surement entourée de merveilles. Mais, même à faible allure il faut rester extrêmement vigilant, l’auto sous-vire beaucoup dans les épingles et le survirage guette à chaque mouvement brusque ou mauvais dosage.

Les virages me sautent dessus au dernier moment, trouver le compromis aux freinages est une épreuve de dextérité. Il ne faut pas bloquer, freiner suffisamment sans déstabiliser l’ensemble qui peine à maintenir son équilibre sous les trombes d’eau, et surtout, laisser au piètre système le temps de refroidir entre deux lacets. Ah si j’avais un ABS… Les pneus peinent toujours à évacuer toute cette flotte et la conduite en pâtis fortement. Vive l’aquaplaning !  Dans ces conditions la route et cette auto ne pardonnent rien et je n’en mène pas large. L’Iseran c’était de la broutille ! Bref c’est beaucoup trop mouillé pour notre grand mère. Et moi je commence à en avoir vraiment ma claque.

La vallée du Rhône et une lueur d’espoir

Les kilomètres s’enchaînent, surtout les minutes au final. Enfin Oberwald ! Fin du col, et arrivée dans la vallée du Rhône, la route cesse de tournicoter, quel soulagement. Initialement j’avais prévu de tenter le Nufenenpass, mais je me contrains à suivre la route direction Sierre ! Un peu plus loin le ciel semble enfin se dégager et la pluie cesse ! Sauvé ! il m’aura fallu 6h pour parcourir 250km. Il en reste encore environs 200.

Je bifurque en direction de Tash et Zermatt histoire de prendre le repas au pied du Weisshorn et du Cervin. Hélas ceux-ci  ne se montreront pas aujourd’hui, comme tous les plus de 4000m, et dieu seul sait qu’il y en a dans les parages. Je me contenterais donc de nuages en guise de vue.

Je reprend le volant toujours, direction Sierre, puis Martigny. La vallée n’est pas particulièrement belle, les suisses ne roulent pas, c’est long. 15h, cela fait 9h que je roule et je touche enfin au but. Il fait presque beau à l’approche du col de la Forclaz et de la France. A l’attaque de celui-ci je décide de libérer l’auto, la route est large, désormais sèche et dégagée. La montée offre une vue magnifique sur le Valais. Pas le temps de m’extasier, un peu de sport ça fait du bien. 2eme 6000trs, 3eme, ce col est rapide et j’adore ça.

D’autant plus que je retrouve l’auto du Stelvio ! 1500m je franchis le sommet avant d’être englouti dans une vallée encaissée qui mène tout droit à la France. Le temps d’une courte pause dans un village perdu et je reprend ma route.

Enfin la frontière pointe le bout de son nez ! Je l’avais tant attendu ! Pour la 1ère fois je ne me sens plus en proie aux doutes ni déboussolé, la France rassure, les panneaux familiers me donnent l’impression d’être chez moi l’aisance revient.

France et retour au calme

Valorcine, col des Montets, Chamonix. Destination atteinte. Hélas la vallée est bouchée et on ne voit pas plus haut que 2000m. Je remonte donc sur Argentière pour y déguster une bière avec vue, enfin le peu qu’on en a, sur la mer de glace.

Je repense à cette journée et bon sang que c’était dur ! Mais comme bien souvent les plus mauvais souvenirs deviennent les meilleurs après réflexion. Et bien que désagréable au possible cette ballade a été l’une des plus intéressante. Rouler en ancienne par ce temps dans ce décor c’est terrible mais tellement gratifiant. Et le 320 a fait le taff, et sans soucis qui plus est. Cependant je reste sur ma faim, j’aurais bien voulu voir ce col de la Furka et du Nufenen ainsi que quelques 4000. Hélas le programme de demain se jouera sur l’Aiguille du Midi et un retour vers Troyes.

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5 réflexions au sujet de « 3000 Bornes en Ancienne, Dans la Gueule du Loup, Chiavenna – Chamonix »

    • Alors niveau entretien:
      -pneus arrières changés en Février
      -pneus avant changés il y a 1 an
      -disques/plaquettes neufs
      -changement de la crémaillère de direction
      -Silentblocs train avant neufs
      -triangles neufs
      -bielettes neuves
      -vidange moteur/boite/pont
      -amortisseurs coupelles neufs
      -ligne d’échappement complète neuve
      -distribution/pompe à eau/courroies d’accessoires neuves
      -bougies récentes
      -injecteurs nettoyés avec changement des joints
      -réglage culbuteurs
      -filtres/air/huile/essencce neufs
      -joint de cache culbuteur neuf
      -visco de ventilateur neuf

      Il me semble que c’est à peu près tout 😉

  1. J’adore!
    Superbes ces clichés avec l’hôtel en plein virage. Qui oserait encore s’y arrêter prendre une chambre en 2016? Je me trompe peut-être.
    Cela me rappelle de beaux souvenirs au volant de ma 318is e30 dans les cols Pyrénéens, quelle super auto, je lui avais ajouté un pont court avec autobloc.
    Bravo pour l’écriture soignée et l’orthographe impeccable.

    • Merci. Alors pour l’hôtel et bien je me suis un peu rencardé et il semblerait qu’il soit encore ouvert pendant la saison estivale ;). Oui les e30 sont de chouettes autos! Et le 318is probablement un des meilleurs compromis avec les 323i.

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