L’Audi Quattro Sport RS 002, un proto pour les rallyes

Les voitures de rallye du Groupe B sont encore dans tous les esprits. Elles représentent ce que le rallye automobile a fait de plus puissant, de plus extravagant, de plus spectaculaire… et de plus dangereux. Mais il aurait du y avoir un après Groupe B, le Groupe S. L’Audi Quattro Sport RS 002 était le prototype prévu par les anneaux pour cette réglementation.

L’année 1986 de rallye, de transition à fin de règne

En 1986 les autos du Groupe B s’écharpent en rallye. Les autos sont en effet de très haut niveau et Peugeot a beau être titrée, les autres constructeurs ne sont pas en reste pour viser la victoire.
Ce sont 12 constructeurs qui vont même marquer des points, quatre remportant une victoire. On parle de Peugeot avec la 205 T16, Lancia avec sa Delta S4, Toyota avec sa Celica TCT et Renault avec sa 5 Turbo.

L’année 1986 est censée être une année de transition. En fait le Groupe B a été créé en 1982 en regroupant les Gr. IV et Gr. V. Pour l’année 1987, la Fédération Internationale du Sport Automobile prépare un nouveau règlement, le Groupe S.
De voitures de série avec 200 exemplaires d’homologation on tombe à des prototypes, on y reviendra.

Le premier coup dur des rallyes en 1986 arrive au Portugal. Joaquim Santos sort avec sa Ford RS200 et il percute la foule. Trois personnes meurent, des dizaines sont blessées. Les équipes de pointe se retirent du rallye, il y a trop de monde en bord de route. Audi décide même de s’arrêter jusqu’à la fin de la saison.

Mais il va y avoir encore pire. C’est lors du Rallye de France, le Tour de Corse que va se jouer le drame qui touchera bien plus le monde du rallye. Nous sommes le 2 Mai 1986, Henri Toivonen et Sergio Cresto sortent de la piste, leur voiture prend feu. Mais comme on est au cœur de la montagne, personne ne pourra les sauver…
La FISA prend donc des mesures immédiates drastiques. Les jupes sont interdites, les épreuves raccourcies. Mais surtout, le Groupe B disparaît dès le premier janvier au profit du Groupe A.

Le Groupe S est mort né

Forcément, on voulait plus de spectacle en Groupe S qu’en Groupe B. Les décisions prises ne peuvent donc qu’annuler purement et simplement le Groupe S. Les caractéristiques des autos prévoyaient des monstres, des vrais prototypes de la route.

Les moteurs seraient limités en cylindrée, 2.4 L en atmo et 1.2L en Turbo, des brides essayant de limiter la puissance. La voiture ferait moins de 4.5m et moins de 1.9m de large. Les jantes seraient des 16″ maxi et le poids minimum de 1000kg. Un crash-test serait même imposé. Mais là où on rentre dans le prototype c’est que les autos ont besoin de 10 exemplaires pour satisfaire l’homologation. En plus on pourra en proposer une par an !

Au moment de l’annulation du Groupe S, Renault a développé une Maxi 5 Turbo à 4 roues motrices, Toyota une 222D de 750kg sans lest et Lancia son ECV qui dépasse allègrement les 750ch ! Audi a développé la Quattro Sport RS 002.

L’Audi Quattro Sport RS 002, un projet secret qui devient annulé

Le projet secret de Roland Gumpert

Roland Gumpert, vous connaissez peut-être son entreprise qui produisit l’Appolo. Mais avant cela, c’était un ingénieur phare du constructeur d’Ingolstadt. C’est lui qui supervise l’étude et les prototypes de la future Groupe S en 1986.
La Quattro Sport RS 002 doit corriger une tare de l’Audi Quattro qu’on trouve engagée en Groupe B. Celle-ci est en effet dérivée de la Groupe IV. Elle a donc un moteur 5 yclindres à l’avant. Et c’est bien la seule. Toutes ses concurrentes sont dotées d’un moteur arrière, ont une meilleure répartition du poids et par conséquent une meilleure agilité. Même la version courte de la Quattro ne changera rien.

Du coup chez Audi on ne voit pas comment faire une Groupe S en reprenant une architecture à moteur avant. C’est certes celle des voitures de série, voulue donc par la direction, mais ce n’est pas celle qui fera gagner.

On commence donc par créer une auto avec un moteur arrière 5 cylindres, 4 soupapes par cylindres, un Turbo et environ 500 ch à faire passer aux 4 roues via une boîte 6. Dès 1985 on monte les premiers châssis avec ces moteurs… sous des caisses de Quattro classique. On ne veut pas se faire couper les vivres par le directoire, et la rumeur veut que même Ferdinand Piëch, directeur technique, ne sait rien de ce projet.
Pour les tests, direction la Tchécoslovaquie idéalement cachée derrière un certain rideau de fer.

Côté carrosserie, on joue la finesse. La fibre de verre est utilisée et la voiture semble minuscule. Les appendices aérodynamiques fleurissent de partout, on a plus affaire à une petite Groupe C qu’à une voiture de rallye.

Le projet révélé et aussitôt annulé

Le projet avance bien mais un journaliste prend en photo la voiture. Bien sûr l’état major d’Audi tombe sur Piëch. Le board voulait se retirer de la compétition purement et simplement, la future voiture n’étant pas dans l’idée d’Audi, on demande à Piëch de superviser personnellement le démontage complet des autos !

Avant même l’annulation du Groupe S, Audi décide que sa Quattro Sport RS 002 ne verra pas le jour. En tout cas, tout n’est pas démonté puisqu’une auto arrive jusqu’à nous.

L’Audi Quattro Sport RS 002 de nos jours

On ne sait pas trop comment elle a fait, mais une voiture a échappé à la destruction. Elle est longtemps restée cachée jusqu’à être une star du salon de Essen ce printemps. Notre reportage sur l’événement est visible ici. Elle y était présentée pour la première fois en public, et en statique.

Mais comme un petit roulage était le bienvenu, Walter Rörhl a été mis à contribution. Cette fois c’est à l’Eifel Rallye Festival que la voiture a roulé. Un tout petit roulage certes, mais peut être pas le dernier !

Photos : Gaëtan et Benjamin pour News d’Anciennes, Audi Héritage, Wikimedia Commons

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