Fin Janvier et Début Février 1968, les folles semaines de Vic Elford

Cette année Romain Dumas a réussi à enchaîner la victoire aux 24h du Mans, sur Porsche et la victoire à Pikes Peak sur Norma. Un bel exploit qui rappelle celui de Vic Elford entre le 19 Janvier et le 4 Février 1968.

Qui est Vic Elford en 1968

Vic ElfordVic Elford est un pilote britannique né en 1935. Arrivé sur le tard en compétition, il a la particularité de courir autant en rallye que sur circuit.
En 1966, il gagne le San Remo sur une Ford Lotus Cortina avant d’être déclassé. Il enchaîne ensuite avec une deuxième place aux Pays-Bas.

En 1967 il s’affirme comme un grand pilote de rallye en étant champion d’Europe groupe 3 sur Porsche. Il gagne le Stuttgart-Solitude, le Rallye des Tulipes, le Rallye de Genève et le Liège-Rome-Liège. En plus il ajoute deux belles troisièmes places au Monté Carlo et au Tour de Corse.

En parallèle, il est intégré à l’équipe officielle Porsche et court sur des Porsche 906 et 910 avec deux belles 3e places à la Targa Florio et aux 1000km du Nürburgring avec Jochen Neerspach et une 3e avec Pon aux 24h du Mans.

Le rallye Monté Carlo 1968

En tant que Champion d’Europe en Titre des Groupe 3, Vic Elford nourrit donc de gros espoirs sur le rallye Monté Carlo. La course, fidèle à elle-même propose plusieurs départs. Athènes, Monte Carlo, Lisbonne, Francfort, Reims, Douvres et Varsovie. C’est de là que l’équipage Vic Elford et David Stone va s’élance. Leur monture est une Porsche 911 T, avec son moteur 2L, une voiture que le pilote britannique connaît bien.

Au départ, les BMC avec leurs Minis, de groupe 2, sont bien sûr attendues, après les victoires de 64, 65 et 67. Les Alpine ne sont pas si attendues mais elles peuvent créer la surprise. Les Lancia Fulvia sont en forme et elles semblent enfin affûtées pour le rallye. Toutes ces autos sont légères et les Porsche 911 T, plus légères que les S habituelles, sont certes puissantes mais sont moins maniables.

Après les parcours de concentration, on arrive à Monté Carlo sous le soleil et par temps plutôt clément. Les Minis font la tête, elles qui misent tout sur leur agilité ne vont pas avoir de neige. Au mieux quelques passages sont verglacés mais au final, c’est la course sur le sec qui va donner le ton.

Première journée de spéciales du Monté Carlo 1968

Les Minis se retrouvent larguées et c’est entre les Alpine A110 et les Lancia Fulvia que les premiers secteurs se jouent. Toivonen et Vic Elford sur les Porsche ne sont pas loin. Cella gagne la première spéciale, Piot sur Alpine enchaîne sur les deux suivants.

Vic Elford gagne d’ailleurs la quatrième spéciale à égalité avec Piot, alors leader. Il abandonne cependant dans la cinquième spéciale. C’est Larrousse qui bénéficie de sa régularité et met son Alpine en tête, tandis que la Porsche de Vic Elford continue son rapproché en gagnant la spéciale.

Dans Savine, Larrousse ne laisse qu’une seconde à Cella qui se bat pour les places d’honneur. Mais Vic Elford n’est pas loin. C’est dans les 10 km du 7e secteur, celui de Levens que va se jouer le rallye. Et Vic Elford marque les esprits. Il égale le meilleur temps de la spéciale, qu’il détenait depuis 1967.
Les deux autres Porsche suivent, Larrousse n’est qu’à 14 secondes pour finir cette première journée.

Deuxième journée du Monté Carlo 1968

Le matin se lève, le ciel aussi, la neige elle n’est toujours pas là. Larrousse et leur Alpine devance Vic Elford et sa Porsche de 14s. La Porsche de Toivonen est 3e à plus d’une minute. Aaltonen et sa Mini suivent à près de deux minutes du leader.

Une Porsche et une BMC ne repartent pas, tout comme Bianchi sur Citroën qui part pour Daytona pour courir les 24h sur une Alfa Rome Tipo 33/2.

Sur la première spéciale, Toivonen gagne, devant Larrousse et Vinatier. Elford est 4e à 12 secondes, mais surtout 4 derrière Larrousse.
Vient ensuite le Turini avec Le Moulinet – La Bollene et ses 23 km. Vinatier emporte ce passage mythique, une seconde devant Larrousse, Toivonen est encore une seconde plus loin et Vic Elford, 4e à 10 seconde du vainqueur.

Le Turini va se muer en juge de paix

Sur le Col de Couillole, 21 km, Vic Elford va mettre tout le monde d’accord. Il remporte la spéciale, 40 secondes devant Toivonen mais surtout 51 secondes devant Larrousse, qui perd au passage la tête du rallye !

On repassse dans le Turini, dans le sens La Bollene – Le Moulinet et c’est là que se joue le rallye. Larrousse va glisser sur une plaque de glace, sortir de la piste… et abandonner. Pendant ce temps, Toivonen gagne la spéciale, 8s devant Vic Elford.

Nouveau passage sur le Col de Couillole, Toivonen fait encore mieux qu’Elford au premier passage. Ce dernier prend la deuxième place. Il est en tête de ce rallye et « assure ».
Dernière spéciale, à nouveau La Bollene – Le Moulinet. Vic Elford déchaîné va l’emporter avec 28 secondes d’avance sur Toivonen.

C’est donc l’équipage Vic Elford et David Stone qui remporte le rallye de Monté Carlo 1968, devant Pauli Toivonen et Marti Tinkannen. Les deux équipages assurent le doublé des Porsche 911 T, devant les BMC.

Direction les 24h de Daytona pour Vic Elford

En 1967, les 24h de Daytona avaient été une superbe bataille. Ferrari, Ford et Chapparal s’étaient battues pour la victoire et la course avait été sublime.
Le problème pour 1968, c’est que la FIA a changé les règles. Les voitures sont donc limitées en cylindrée. Les voitures de 1967 sont de facto hors course avec leurs gros moteurs.

Le contexte des 24h de Daytona 1968

En fait, seules les Ford GT40 des premières spécifications sont encore éligibles, le J. W. Automotive Engineering et ses couleurs Gulf l’a bien compris et cette équipe se présente en favorite.
Jacky Ickx et Brian Redman conduiront la 8, Paul Hawkins et David Hobbs (GB) la 9. Edward Nelson / Mike Hailwood et William Wonder / Ray Cuomo piloteront deux autos privées.

Du côté des petits moteurs, les Porsche 907 sont attendues. Si elles ne sont apparues qu’en décembre, leur moteur 8 cylindres de 2.2 litres pour 270ch, combinées à un poids restreint promettent de belles performances. Une voiture sera néanmoins confiée à la Scuderia Tarataruga avec le plus classique Flat 6 de la marque. Toutes ont par contre une longue queue.
Vic Elford fera équipe avec Jochen Neerpasch sur la n°54. Jo Schlesser et Joe Buzzetta sont sur la 51. Jo Siffert et Hans Hermann sont sur la 52. Gerhard Mitter et Rolf Stommelen sont sur la 53. La 55, la Suisse, est pilotée par Rico Steinemann et Dieter Spoerry.

Les Alfa Romeo Tipo 33/2 Coupés sont aussi attendues. Les voitures ont aussi été modifiées, les radiateurs recentrées au centre de la voiture, vers l’arrière tandis que le châssis en H et le V8 sont inchangés. 260 ch sortent du moteur.
Udo Schütz et Nino Vaccarella piloteront la 22. Mario Casoni, Giampiero Biscaldi et Teodoro Zeccoli sont sur la 23. Mario Andretti et Lucien Bianchi, qui était au Monté Carlo donc, sont engagés sur la 24.

Deux Ferrari sont aussi présentes pour le NART. Mais que ce soit la Ferrari 250 LM ou la Dino 206 S, elles ont « quelques » bornes au compteur et arriver au bout sera déjà une prouesse.

Les essais des 24h de Daytona 1968

Les essais libres se dérouleront Mercredi et Jeudi, les qualifications le Vendredi. Les pronostics ont été vérifiés, c’est Jacky Ickx sur sa Ford GT40 bleue et orange qui signe la pole en 1:54.91, plus rapide que la meilleure des Mk2 de l’année précédente ! Il devance d’ailleurs l’autre Ford GT40 de l’équipe.

Les Porsche 907 à 8 cylindres font le tir groupé derrière. Elles devancent une étonnante la Howmet, une étonnante voiture à Turbine. La meilleure Alfa est même devancée par une Ferrari, elles ne sont pas vraiment dans le coup.

Un début de course mouvementé

Aux 24h de Daytona, le départ est donné après un tour et demi de formation. En effet, on lâche les fauves juste avant le banking le plus rapide de ce circuit atypique.

Les positions sont fixées. Les voitures tournent bien mais au troisième tour, Hawkins rentre aux stands avec des ratés à l’allumage. Il ressort à un tour.
Au bout de la première heure, la Ford de Ickx est en tête, les Porsche 907 suivent et Hawkins est revenu à la 6e place.

Quand la nuit tombe, c’est le premier coup dur pour les Ford, Redman revient aux stands pour abandonner au 58e tour, boîte de vitesse HS. A ce moment de la course, les pneus commencent à poser problème. Les coquillages contenus dans le sable des bas côtés mettent à mal les pneus.

Un gros accident va arriver à cause de cela. Une Mustang explose son moteur sur le banking. Mitter, au volant de la 53 arrive alors avec une crevaison lente. En plus il roule sur l’huile et il perd le contrôle. Il se retrouve dans l’herbe et se retourne. La voiture glisse sur le toit dans une grosse gerbe d’étincelles, le magnésium composant une partie de la voiture n’aimant pas du tout la chaleur.
La Ferrari 250 LM de Gregory arrive juste derrière, et voyant les étincelles freine très fort. Spoerry sur une autre 907 ne peut l’éviter et lui rentre dedans à 260 km/h. Vic Elford qui arrive derrière évite tout ce monde miraculeusement. Les trois pilotes sortent secoués mais indemnes.

Les Porsche 907 se retrouvent en tête, pour y rester

A minuit, la Ford GT40 de Redman et Hobbs passe longtemps aux stands, les freins n’ont plus de plaquettes et il y a des dégâts. Ils vont cravacher toute la nuit, mais au matin, lors d’un ravitaillement on voit de l’essence couler sous la voiture. Le réservoir est percé, la course est terminée.

Les Porsche sont en tête. Mais les deux leaders vont alors connaître des soucis, un cable d’accélérateur et une dinamo cramée, qui vont entraîner de longs arrêts. Vic Elford tranquille troisième se retrouve alors en tête. C’est alors que Porsche va prendre une décision étrange, mais très sportive. Pour récompenser toute l’équipe, les pilotes d’autres Porsche 907 qui ont connu des problèmes vont prendre le volant de la n°54.

A la fin de la course, les Porsche vont même rouler de front, pendant une demi-heure. Les Alfa font de même et la dernière demi-heure est une vraie parade.

Vic Elford gagne donc les 24h de Daytona, mais il ne partage pas qu’avec Jochen Neerspach. Stommelen, Siffert et Herrmann vont aussi remporter l’épreuve. C’est d’autant plus bizarre, que Siffert et Herrmann sont aussi second ! Schlesser et Buzzetta complètent le triplé Porsche.

C’est une Ford Mustang qui est 4e, devant les trois Alfa Romeo.

La suite de la carrière de Vic Elford

Cette double victoire en deux semaine n’est pas qu’un aboutissement pour Vic Elford. En 1968 il remportera également la Targa Florio et les 1000 km du Nürburgring. Il pilotera aussi pour Cooper en F1, marquant 5 points.

D’autre succès viendront pour Vic Elford, qui sera notamment un des pilotes de la mythique Porsche 917. Il ne percera cependant jamais en F1. En 1971, il remportera une autre course aux Etats-Unis, les 12h de Sebring, sur une Porsche 917.

A sa carrière, il manquera néanmoins les 24h du Mans, qu’il ne gagnera qu’en GT sur une Ferrari 365 en 1973. Toutes ses autres participations se soldant par des abandons, sur Porsche 908, 917 et même sur une Alfa Romeo T33/3 en 1972.

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