1000km de Buenos Aires 1971, 10 Janvier, le Jour noir de Beltoise

Les 1000km de Buenos Aires 1971 étaient la première course de la saison du championnat du monde des voitures de sport, et plus généralement, la première grande course internationale sur circuit de la saison. Le gratin était présent, dont Jean Pierre Beltoise, que cette journée marquera durablement.

Les forces en présence aux 1000km de Buenos Aires 1971

Les Porsche 917

Les Porsche 917 sont les épouvantails de cette compétition. Le constructeur allemand est champion du monde en titre et son engagement sur place est principalement incarné par deux team.
Le J. W. Automotive Engineering, dont on vous a raconté l’histoire ici, qui engage une voiture pour Bell et Siffert et l’autre pour Rodriguez et Oliver.
L’autre team, c’est le Martini Racing, qui engage une première voiture pour Marko et Van Lennep, la seconde pour Elford et Larrousse.

Les voitures Gulf inaugurent des freins légers au Berillium et une boite 5, les Martini ne disposent que de cette dernière innovation.

En plus, quatre autos sont engagées par des privés. Emerson Fittipaldi est sur l’une d’elles, après que son Alfa Romeo ait été détruite aux essais.

Les Ferrari 312 et 512

Les Ferrari 512 sont les autos de la scuderia les plus en vue. Ces autos mues par de monstrueux 12 cylindres de 5 litres sont les fers de lance de Ferrari.
Quatre son engagées, une M pour la Scuderia Filipinetti emmenée par Parkes et Bonnier. Suivent deux S Spyder, une pour le NART avec Posey / Garcia-Vega / Di Palma, une pour l’Escuderia Montjuich pour Juncadella et Pairetti. Enfin, une S, pour l’Ecurie Francorchamps, emmenée par de Fierlant et Gosselin.

En plus, la scuderia est venue « officiellement » avec la SEFAC Ferrari qui engage une « petite » 312. C’est l’attraction de chez Ferrari, elle anticipe la future limitation des cylindrées à 3L pour 1972. Le 12 cylindres à plat est celui qui équipe déjà les F1 de la marque. Adapté à l’endurance, il sort tout de même 450 ch !
Pour piloter la voiture, Merzario, pilote habituel de la scuderia en endurance, est épaulé par Iganzio Giunti. Ce pilote prometteur a été incorporé à la scuderia l’année précédente et a brillé sur les 4 premières courses qu’il a disputé en F1.

La Matra MS660

La marque française n’est alors pas engagée pleinement en endurance, le programme de F1 a la préférence de la direction. Les Matra MS660, tout sur le modèle ici, sont cependant performantes, et une seule est dépêchée sur place, la même qui a gagné fin 70 les 1000km de Montlhéry.
Au volant, on retrouve la paire des Jean Pierre, Jabouille et Beltoise.

Les Alfa Romeo T33/3 d’Autodelta

Autodelta est l’écurie officielle Alfa Romeo et engage les superbes T33/3 en configuration 1971. La première n’ira pas plus loin que les essais, détruite suite à une crevaison. Fittipaldi se recase vite chez Porsche, Hezemans qui devait être son coéquipier reste, lui, piéton.
Les autres autos sont attribuées à Stommelen / Galli et de Adamich / Pescarolo.

Les autres

Sont aussi engagées une voiture locale, une Berta, mue par un Ford DFV. C’est ce même moteur que l’on retrouve sur les Lola T210 et sur la McLaren M8C, qui complètent la grille de départ.

Les qualifications des 1000km de Buenos Aires 1971

La piste est très piégeuse. Les essais entraînent de nombreuses sorties de piste. La poussière qui la recouvre la rend très glissante. Les meilleurs se font avoir, Fittipaldi, on l’a dit, mais aussi Oliver qui endommage tout l’avant de sa 917. A tel point qu’un pare-brise et un demi-train avant lui est envoyé depuis l’Angleterre, handicapant les roulages de la voiture le Vendredi.

D’ailleurs, le Samedi, qui devait laisser les voitures s’ébattre tranquillement en piste est presque entièrement neutralisé. Seule une séance de 4h est préservée par les organisateurs des 1000km de Buenos Aires 1971, un peu brouillons, il est vrai. Les Porsche 917 sont rapides, mais la voiture de Oliver et Rodriguez va connaître un problème d’arrivée d’essence, puis Siffert manquera un passage de rapport sur sa voiture. On change le moteur sans pouvoir pour autant rouler.
Le Martini Racing Team n’a pas cette chance et ne peut changer le moteur de la voiture de Marko et van Lennep.

Cela n’empêchera pas les Porsche 917 de tourner vite. La Ferrari 312 s’en sort très bien, malgré son roulage qui n’était que de 2000 km avant la course. Elle va se battre vaillamment mais Rodriguez va battre le record de la piste et signer un chrono en 1:52.700 qui ne sera pas rebattu.
En 1:52.740 Giunti et Merzario vont faire de magnifiques 2e, devant Siffert et Bell en 1:53.400. La première Alfa Romeo est 5e en 1:54.430 pour de Alamich et Pescarolo. La Matra est 6e en 1:54.650 et la première 512, celle de Parkes et Bonnier est 8e en 1:55.810.

Les forces sont placées, et la course va certainement montrer une belle bataille.

Le funeste 10 Janvier 1971

La bataille s’engage

La 1000km de Buenos Aires 1971 vont avoir lieu ce 10 Janvier 1971 sur l’Autódromo Municipal-Avenida Paz. Le départ est prévu à 8h30 a huit minutes de retard. Finalement, la Mercedes 280 SL de Juan Manuel Fangio s’écarte et les autos sont lâchées.

Inganzio Giunti profite de la légèreté de sa voiture pour prendre un superbe envol et il est en tête au premier virage. Par contre, Rodriguez va faire parler la puissance de sa Porsche 917. Il profite des lignes droites pour pointer en tête à la fin du premier tour. Il devance Giunti, Siffert, et Elford devant un second groupe composé de Parkes, Beltoise et les deu Alfa Romeo.

Par contre, la Ferrari 312 a quelques petites fuites. La Porsche 917 de Siffert a le pare brise recouvert d’huile et d’essence au bout de 6 tours et il doit s’arrêter pour… nettoyer !
C’est Elford qui va alors devancer la Ferrari et même dépasser Rodriguez, au 21e tour, plus lent de 2 secondes au tour ! La 312P est alors à 10 secondes de la tête.

Elford connaître un problème d’arrivée d’essence au 30e tour et sa voiture va s’arrêter sur le bord de la piste. Il ne repart qu’à presque un tour de retard !
Les Porsche 917 et autres 512 doivent alors s’arrêter, laissant la tête à Giunti, devant Jean Pierre Beltoise et les Alfa Romeo. A ce moment là, les 3L jubilent !

Une panne d’essence qui coûte très cher !

C’est alors que va avoir lieu le fait le plus marquant de ces 1000km de Buenos Aires 1971. Au 37e tour, Beltoise est presque arrivé à son stand quand il tombe en panne d’essence. Il lui reste 750m à faire, et bien que ce soit interdit, il commence à pousser la Matra MS660. D’abord à gauche de la route, il traverse et il est presque à son stand. Les drapeaux jaunes sont mollement agités, mais personne ne le fait stopper.

C’est à ce moment que se joue le drame. Iganzio Giunti est juste derrière la Ferrari 512 M de Parkes, et il le dépasse, sans visibilité. Il percute alors de plein fouet la voiture bleue. La Ferrari 312P s’embrase alors instantanément. Il va falloir deux minutes aux secours pour extraire le jeune pilote de sa voiture. Deux minutes de trop malheureusement et Giunti ne s’en sortira pas. Miraculeusement Jean Pierre Beltoise s’en sort totalement indemne.

Cafouillages à répétition pour une organisation dépassée

La Ferrari 312 s’est arrêtée juste devant la ligne. Ce qui pourrait laisser croire que le drapeau rouge n’est pas visible. Mais non. Le pilote Argentin Veiga ignore le signal, bientôt imité par l’ensemble de la meute. C’est la confusion la plus totale, la course devrait s’arrêter, mais elle continue bel et bien !

La suite ne va être qu’une série de cafouillages au niveau des chronométrages. Les voitures sont annoncées à des positions qu’elles n’ont pas et les équipes s’en mêlent. Pour prouver leurs positions, elles n’ont alors d’autre choix que d’exposer leurs propres relevés.

Finalement en fin de course, seules les Alfa Romeo sont à même de lutter contre les Porsche 917. Les Ferrari sont retardées par des crevaisons lentes, des problèmes d’alimentation, et des sorties de piste.

Anecdotique, mais la course se termine quand même

Il aurait du y avoir un drapeau rouge, à l’époque même pas suivi par une interruption de course, aussi grave que soit l’accident. Néanmoins ces 1000km de Buenos Aires 1971 vont aller jusqu’à leur terme.

C’est la Porsche 917 de Siffert et Bell qui remporte la course, devant la voiture sœur de Rodriguez et Oliver. Les autos du Martini Racing ont abandonné, les Ferrari sont plus loin. Les Alfa Romeo de Stommelen / Galli et de Adamich / Pescarolo arrivent aux 3e et 4e place.

Epilogue : Jean Pierre Beltoise marqué pendant longtemps

Giunti est bien sûr la victime de ces 1000km de Buenos Aires 1971. Mais Jean Pierre Beltoise va lui aussi être marqué. Lui qui était si impliqué dans l’association des pilotes, organe n°1 pour la sécurité des pilotes, se voit accusé de tous les maux. Il va être suspendu par la FFSA pour trois mois, il a poussé la voiture alors que c’était strictement interdit.

Plus grave, il va être mis en examen pour homicide par négligence en Argentine. Cela ne donnera rien et Beltoise sera de nouveau un pilote Matra aux 24h du Mans 1971.

Il existe des images de l’accident, attention, la réalité des courses d’alors est difficile :

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Une réflexion au sujet de « 1000km de Buenos Aires 1971, 10 Janvier, le Jour noir de Beltoise »

  1. Avec tout le respect que j ai pour feu JPB, quelle inconscience ! Je sais qu’ il était un grand compétiteur avec tout ce que ca implique mais le respect du règlement est essentiel….

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