Rapide, mais pas fiable, la Lancia LC2

C’était une des voitures les plus attendues par les fans de la marque Lancia au Mans Classic, nos reportages ici. La Lancia LC2 est une Groupe C, une aventure assez singulière pour la marque italienne, plutôt habituée aux rallyes.

Les origines de la Lancia LC2

Lancia, marque réputée dans le monde des rallyes après notamment les succès des Lancia Fulvia, Stratos, et 037, a décider de se lancer en Sport Prototype avec le soutien du Martini Racing. La Lancia LC1, une barquette Groupe 6, apparaît en 1981. Le succès est limité, d’autant que dès 1982, apparaissent les Groupe C.

Lancia va donc développer une voiture pour cette nouvelle catégorie qui impose, à la fois des limites de consommation et des autos fermées.

Côté moteur, le 4 cylindres Turbo de la LC1 ne pourra pas se plier au restrictions de consommation. On cherche donc un autre moteur, quitte à taper à la porte des cousins, Ferrari, qui fait partie de la maison Fiat.
C’est le V8 3.0L de la 308 GTBi QV qui est choisi. Pour se plier aux restrictions, il est réduit en cylindrée et passe à 2.6 litres. Par contre, on lui ajoute deux turbos KKK qui permettent une puissance jusqu’à 800 ch ! On accouple une boîte Hewland à 5 rapport à ce moteur.

Côté châssis, on va se fier à Abarth, mais surtout à Gianpaolo Dallara, créateur de la société du même nom. On se fie à une coque « classique » en aluminium sur laquelle est appliquée une carrosserie en fibre de carbone et en kevlar. Le radiateur est situé sur l’avant, comme sur la LC1. Les suspensions avant et arrière de la Lancia LC2 sont confiées à des systèmes à double triangulation.

La voiture pèse 850 kg et on commence par choisir des pneus Pirelli. Elle sera engagée sous les couleurs du Martini Racing.

1983, les débuts en course de la Lancia LC2

Les débuts de la Lancia LC2 se font à domicile, sur les 1000km de Monza où deux voitures sont engagées. La voiture de Alboreto et Patrese se classera 9e et la voiture de Ghinzani / Fabi abandonnera. Pourtant la voiture avait fait la pole, mais ce sont les pneus qui l’ont handicapé et écarté de la course à la victoire.
A Silverstone et au Nürburgring, aucune voiture ne voit l’arrivée. On a vite remplacé les pneus par des Dunlop, mais la suspension a été étudiée pour les enveloppes italiennes et le comportement s’en trouve affecté.

Aux 24h du Mans 1983, les Lancia LC2 sont 3. Les voitures se montrent véloce aux essais, la n°4 de Nannini, Fabi et Alboreto est 2e, la n°5 de Ghinzani, Heyer et Fabi est 4e, la n°6 de Barilla, Andruet et Nannini est 13e.
En course, par contre, aucune des voitures ne va voir l’arrivée ! Celle qui tient le plus longtemps, la 6, ira jusqu’à la 13e heure. La voiture est encore récente, et on se rassure des performances, la fiabilité suivra sûrement.

Il faut attendre les 1000 km de Spa le 4 Septembre pour voir les autos à l’arrivée, Patrese et Fabi sont 7e, Ghinzani, Fabi et Alboreto sont 11e et la troisième voiture, confiée au team Euro TV Mirabella Racing se classe 6e ! Cette fois on a la fiabilité, mais pas la vélocité…
A Brands Hatch, enfin un vrai résultat, Alboreto et Patrese se classent 4e quand les deux autres voitures abandonnent. Ensuite les voitures ne vont pas jusqu’au Japon et restent en Italie, aux 1000Km d’Imola. La course compte pour le championnat d’Europe où Fabi et Heyer sont les seuls à voir l’arrivée, mais en vainqueurs. L’opposition n’est pas ridicule, avec la présence de team privés tels que Joest ou Obermaier avec des Porsche 956, excusez du peu.

Les deux dernières courses du championnat du monde, les 1000 km du Mugello et de Kyalami vont apporter deux arrivées sur six départs, mais deux secondes places.

Avec ces résultats tardifs, Lancia marque 32 points et finit 2e du championnat, loin derrière Porsche et ses 100 points. On se console avec ces résultats, même si l’ogre Porsche semble inatteignable.

1984, la Lancia LC2 est révisée

A l’approche de la nouvelle saison on introduit une nouvelle face avant (qu’on a pu voir au Mans Classic d’ailleurs) avec 4 phares ronds. De plus, on réétudie les trains roulants pour les pneus Dunlop. Forcément, on attend de meilleures performances.

La saison commence une fois de plus à Monza, et deux voitures abandonnent, la première du Martini Racing et la seconde du Jolly Club, revenu chez Lancia après un passage par la case Porsche. La troisième, celle de Baldi et Barilla monte sur la 3e marche du podium.
A Silverstone, Baldi et Barilla sont 4e, Gabbiani et Martini sont 7e, la troisième voiture ne finit pas. La fiabilité n’est toujours pas l’arme de la Lancia LC2…

Aux 24h du Mans, trois voitures sont engagées. Le Martini Racing en engage deux pour Wolleck et Nannini, la n°4 et la n°5 pour Barilla / Baldi / Heyer.
Mais une troisième voiture, engagée sous les couleurs de BP Résidences Malardeau va créer la polémique. Engagée pour Martini, Lapeyre et Gabbiani, la voiture est presque détruite aux essais. Beaucoup de pièces de rechange vont être utilisées, dont probablement, un châssis, ce qui est interdit… Sans preuve, personne ne pourra les empêcher de participer aux essais qualificatifs ni à la course.

La performance est là, et en l’absence du Team Rothmans et ses Porsche 956, (sans le dire c’est comme pour le Martini Racing, l’équipe officielle), les Lancia LC2 monopolisent la première ligne, la n°4 devant la n°5, la troisième voiture est 12e.
En course, les ennuis vont s’accumuler et seuls Wolleck et Nannini vont terminer, à une modeste 8e place…

Aux 1000 Km du Nürburgring, Nannini et Barilla prennent la 3e place, l’autre voiture est 12e. A Brands Hatch, seule la voiture de Wolleck, Baldi et Martini termine 7e. A Imola c’est la voiture du Jolly Club qui finit 9e.
Pour finir la saison, à Kyalami, les Lancia LC2 profitent du boycott de Porsche, qui proteste contre l’apartheid, et signe le doublé. Patrese et Nannini gagnent devant Wolleck et Barilla. Une victoire, certes, mais vraiment en demi-teinte.

Lancia finit une nouvelle fois deuxième du championnat, derrière Porsche, l’écart est tout aussi grand que l’année précédente.

1985, Lancia revoit une nouvelle fois sa copie

Les Lancia LC2 vont connaître une nouvelle évolution, encore due aux pneus. Les Lancia LC2 reçoivent cette fois des pneus Michelin, radiaux, les meilleures enveloppes à cette époque. En plus, l’aérodynamique est un peu retravaillée, on introduit notamment la face avant que l’on a pu voir au Mans Classic, avec les deux « cornes », garnies d’une écope.

La saison commence au Mugello, de belle façon, avec la pole, 1.7 seconde devant la première Porsche. Mais en course, Wolleck et Baldi doivent se contenter de la 4e place.
A Monza, les Lancia LC2 sont 4 secondes plus rapides que les Porsche. Malheureusement, la course est arrêtée suite à la chute d’un arbre sur la piste (!) alors que Patrese et Nannini sont 3e. A Fuji la seule voiture abandonne.
A Silverstone, c’est une nouvelle pôle, mais alors que la voiture est en tête, un roulement de roue capricieux la fait rentrer… Résultat : 3e et 12e. La performance a quitté le camp Porsche, mais la fiabilité des italiennes est toujours aussi précaire.

Aux 24h du Mans 1985, deux Lancia LC2 sont engagées, Wolleck, Nannini et Cesario sur la n°4 et Pescarolo et Baldi sur la n°5. Elles se qualifient respectivement 3e et 7e.

En course, les voitures se portent en tête. Mais cela ne durera pas, et très vite, les problèmes vont s’accumuler. Ces éléments vont les reléguer aux 6e et 7e place à l’arrivée.

A Hockenheim, seuls Baldi et Wolleck voient l’arrivée à la 4e place. Aux 500km de Fuji c’est le Garage Italya qui engage une voiture qui abandonne.
Les Lancia LC2 vont enfin connaître le succès à Spa, dans des conditions très particulières. Les voitures sont 1ères, pour Baldi, Wolleck et Patrese et 4e pour Patrese, Nannini et Baldi. Mais ce résultat est celui d’une course arrêtée avant son terme, suite à l’accident et au décès du pilote Stefan Bellof.
Sa Porsche 956 qu’il partage avec Boutsen était en tête jusqu’à un ravitaillement, et il s’accorchera ensuite avec la 956 de Ickx, en tentant de la dépasser dans le Raidillon de l’Eau Rouge !

A Brands Hatch, Wolleck, de Cesaris et Baldi sont troisièmes et Patrese et Nannini 4e.

Lancia ne fera pas les deux dernières courses, Porsche étant trop loin au championnat. La seconde place leur revient une nouvelle fois. On sent déjà apparaître une certaine résignation dans le camp italien, et cela va très vite se confirmer.

1986, programme officiel réduit au minimum pour le Martini Racing

Du côté du Martini Racing, on souhaite arrêter les frais. Mais Lancia réussit à arracher un mini programme pour la Lancia LC2, puisqu’une seule va être engagée.

Aux 360km de Monza, de Cesaris et Nannini prennent la 2e place. A Silverstone la voiture ne finit pas. On jette alors l’éponge, aucune des deux voitures prévues aux 24h du Mans ne fera le déplacement. Lancia se relance corps et âme dans les rallyes où les Groupe B sont encore très performantes.

En fin de saison, une voiture, vendue au Sponso Guest Team fera quelques apparitions en courses Interséries avec une 4e place en Supercup au Nürburgring comme meilleur résultat.

Les engagements privés continuent de faire rouler les Lancia LC2

En 1987, le seul engagement notable est celui du Mussato Action Car aux 500km de Kyalami pour une 7e place finale.

En 1988, le même team engage une auto aux 1000km de Monza pour un abandon. C’est ensuite le Dollop Racing qui engagera une voiture qui enchaînera les abandons, notamment aux 24h du Mans pour Marrozzo, Frey et Randaccio.

En 1989, le Mussato Action Car ne finira aucune course, et ne parviendra pas à qualifier sa voiture aux 24h du Mans. En 1990, la voiture se qualifiera mais abandonnera.

La voiture était dépassée par les Porsche 956, les 962 et autres Jaguar, Sauber-Mercedes, Toyota et Nissan ne lui laissèrent pas plus de chance.

Les Lancia LC2 de nos jours

On a construit 9 Lancia LC2, il n’est donc pas si étonnant de les voir tourner de nos jours. Simplement, les voitures ont gardé leur fiabilité d’alors, plus que leur pointe de vitesse… La voiture de Tim Summers n’a ainsi jamais pris le départ de la course de support du Mans Classic.

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