Inaltera : du Papier Peint aux 24h du Mans !

On l’avait déjà vue aux Classic Days début Mai, mais ce week-end on va la voir en piste sur le circuit de ses premiers exploits. En effet pour ce Le Mans Classic 2016, l’Inaltera emmenée par Pescarolo et Beltoise (le fils, pas un fantôme) portera le n°1 du plateau 6 (premier départ à 19h ce Vendredi). L’occasion pour nous de revenir sur cette auto atypique.

Derrière Inaltera, Jean Rondeau

Jean Rondeau est un manceau, né en 1946 qui a un but : vivre dans la course automobile. Ses débuts en course se font via le Trophée Alpine et le volant Shell. Cela lui ouvre les portes de l’endurance, où il va courir les 24h du Mans 1972 et signer le meilleur temps des essais en catégorie 2L sur une Chevron B21 mais abandonner alors qu’il est en tête de sa catégorie.
En 1974, il est pilote d’usine British-Leyland après avoir gagné la formule de promotion du constructeur. Au Mans, il pilote une Porsche 908/2 et termine 19e.

En Juillet 1975 plaque tout, et entouré de quelques amis, il fonde l’ATAC. C’est une association qui a pour but de fabriquer une auto pour les 24h du Mans 1976.

La création de l’Inaltera

Jean Rondeau commence les premiers dessins mais le projet reste flou. Un détail occupe le temps de la petite équipe : la recherche d’un financement. L’investisseur providentiel va arriver en la personne de Charles James. Il a repris l’année précédente la marque de papier peints Inaltera. Le courant passe bien et il s’intéresse vraiment au projet.

Du coup, les voitures courront sous les couleurs de la marque lyonnaise, et les hommes du projet seront salariés d’Inaltera. Au passage, on cherche aussi des pilotes. On vise haut. Jean Pierre Beltoise est recruté, puisque Ligier vient de lui refuser le volant de sa future F1, alors qu’il venait de piloter la Ligier JS2 aux 24h du Mans 1975 (abd).
A l’automne, on reforme même l’équipe Matra (celle des merveilles MS670 notamment) en recrutant Henri Pescarolo. Pas convaincu par le projet Inaltera qui n’a encore rien à présenter, il l’est plus par le budget apporté par la marque pour le faire conduire en F1 pour Surtees.

Reste à construire la voiture. L’aérodynamique est recherchée mais pas la plus fine que l’on ait vu. Néanmoins on a cherché à faire au mieux et les résultats seront encourageants. Côté moteur, on avait envisagé d’utiliser le tout nouveau V6 PRVmais finalement, le budget aidant, on va chercher plus performant en prenant ce qui se fait de mieux à l’heure actuelle, le V8 Cosworth DFV de 3litres et 410 ch. La voiture est compacte, moins de 4m de long et plutôt légère, le poids est de 815 kg !

Elle est finie rapidement puisqu’on la dévoile en grandes pompes dans les locaux du journal Jour de France en Février.

Lancement en piste aux 24h du Mans 1976

Ce sont deux autos qui sont présentées au pesage des 24h du Mans 1976. Si le nom Inaltera ne passe pas auprès de tout le monde (le sponsoring n’a que 10 en sport auto, le naming est alors inconnu) les voitures ont de quoi être remarquée.
La première auto porte le n°1 et sera emmenée par la paire de stars Henri Pescarolo et Jean-Pierre Beltoise. La n°2 a pour pilotes Jean Pierre Jaussaud, Jean Rondeau lui-même et une femme, Christine Beckers.

Aux essais, la n°1 est 12e, à 23 secondes de l’Alpine A442 en pole, la n°2 est 17e à 31 secondes !

Malgré l’inexpérience et l’absence de gros roulages préalables, miracle, les deux autos seront à l’arrivée ! La n°1 prendra une très belle 8e place et la n°2 se classera 21e.

Deux courses de 24h en 1977

Début 1977, les deux Inaltera vont être engagées aux Etats-Unis sur les mythiques 24h de Daytona ! Pescarolo ne fait plus partie de l’aventure.
La n°20 est engagées pour Rondeau et Beltoise et la n°21 pour Beckers et Lombardi, un équipage totalement féminin, Lella Lombardi n’étant pas une inconnue puisqu’on l’a déjà vue sur Alpine A441 notamment.
La 20 se classera 28e et la 21 à la 47e position.

La course suivante d’Inaltera, ce sont les 24h du Mans 1977. Trois voitures y sont engagées, la n°1 pour Jean Pierre Beltoise associé à Al Holbert, la n°2 pour Lombardi et Beckers, et la troisième, celle « bonus » portera le n°88 et sera engagée pour Jean Rondeau, associé à Jean Ragnotti, ce qui explique qu’il ait pris le volant pour les Classic Days.

Aux essais, la n°1 est logiquement la mieux placée, 13e sur la grille à 16 secondes, la n°2 est 19e à 29s, la 88 est 20e à 2 dixièmes de la voiture des filles.

Encore une fois, les trois voitures vont rallier l’arrivée, et les performances sont encore meilleures qu’en 1976. La 88 de Rondeau et Ragnotti va se classer au pied du podium à une belle 4e place quand les autre voitures vont arriver 11e pour les filles et 13e pour l’équipage Beltoise – Holbert.

Avec ça on pourrait envisager l’avenir sereinement du côté de Rondeau, mais du côté d’Inaltera, ça bouge. James quitte son poste et les nouveaux dirigeants belges choisissent d’arrêter leur soutien. James fait promettre que tout le matériel restera entre les mains de Rondeau, qui planche sur une voiture à 6 roues pour 1978, mais Inaltera ne tiendra pas ses promesses. Tout leur appartient, et ils vont tout récupérer… et tout revendre au André Chevalley Racing pour une bouchée de pain.

Rondeau continuera en tant que constructeur sous ses propres couleurs, avec en point d’orgue la victoire au classement général en 1980. Pour plus d’infos sur la suite de la saga, on vous invite à lire les articles de Niko sur Boitier Rouge en cliquant ici.

L’Inaltera continue en 1978

Le châssis n°1 va continuer sa carrière en 1978 sous la bannière du André Chevalley Racing. On la voit premièrement aux 320 km de Monza où la voiture est confiée à André Chevalley et le suisse François Trisconi. La voiture ne finit pas la course.

Par contre elle est engagée aux 24h du Mans 1978 avec le même équipage. 20e en qualification et 13e en course, elle finit derrière les nouvelles Rondeau M 378 dont le style est très trè proche.

MAJ après Le Mans Classic :
L’Inaltera du plateau 6 qui portait le n°1 est celle qui fit une carrière sous la bannière du André Chevalley Racing. C’est également elle qu’on a pu voir aux Classic Days :

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6 réflexions au sujet de « Inaltera : du Papier Peint aux 24h du Mans ! »

  1. Bonjour,
    Je suis Jean-Jacques Cantryn, propriétaire l’INALTERA nr 1, celle qui a fait Le Mans Classic ce week-end avec l’équipage Pescarolo-Beltoise.
    J’admire la qualité de votre article, à un détail près : ma voiture porte le nr 1, pas le nr3, car, les voitures n’ayant pas de numéros de chassis chez INALTERA (et l’ACO fermant les yeux pour les 24 heures), il a fallu le faire pour les 24 heures de Daytona, Et là, pour des raisons de facilités, ils imputèrent le nr 1 de chassis à la voiture « Beltoise-Rondeau », et le nr2, à celle de « Lombardi-Christine ». Les carnets de pesage des 24 heures de Daytona 1977 en atteste, et ma voiture est enregistrée comme nr 1 par la FIA, qui a validé le PTH de celle-ci depuis plusieurs années.
    Je vous demande donc d’apporter rectification dans votre article.
    Salutations sportives,
    JJ Cantryn

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