Dossier : Pourquoi craquer pour une voiture avant guerre ?

Le terme voiture ancienne est très large. On trouve dedans les voitures les plus anciennes, mais aussi les célèbres Youngtimers, plus récentes. Celle-ci vous ont probablement fait rêver dans votre jeunesse, mais aujourd’hui on vous explique pourquoi il ne faut surtout pas se désintéresser des plus anciennes, une voiture avant guerre peut en effet être très plaisante.

Le périmètre de la voiture avant guerre

Par avant guerre, on entend avant la seconde guerre mondiale. En effet, après celle-ci l’automobile s’est développée à grande échelle. Toute la période s’étendant de la fin des années 1890 jusque 1940 recèle des trésors de la technologie automobile. On distinguera plusieurs classes :

  • Les Ancêtres et Vétérans, des débuts de l’automobile à 1905. On trouvera énormément de marques dans cette classe, à l’époque où il y avait par exemple, en France, près de 2000 constructeurs automobile !
  • Les Edwardiennes, de 1905 à 1920. La guerre a fait des ravages avec la disparition de nombreuses usines, souvent utilisées pour l’effort de guerre, et qui n’ont jamais fait leur retour à l’automobile.
  • Les Vintage des années 1920, des autos qui se modernisent et surtout où une réelle segmentation, entre haut de gamme et « populaires », apparaît. Les cyclecars en font partie.
  • Les avant-guerre, les autos construites juste avant la guerre, dans les années 30. Souvent les modèles ont d’ailleurs été produites juste après guerre, quand il était plus simple de refaire des anciens modèles que d’en étudier de nouveaux.

Avec toutes ces classes différentes on trouvera de tout. Les ancêtres et vétérans sont des autos appréciées car elles sont acceptées dans des événements spécifiques et réputés, London to Brighton ou le Paris-Rambouillet par exemple.
Les Edwardiennes, elles, renvoient souvent à des autos qui ont connu la première guerre mondiale. Le fameux Taxi de la marne en est certainement l’exemple le plus connu.
Les vintage rappellent l’apparition de certaines marques. Citroën se lance dans ces années là, Peugeot se développe et la Ford T est à son apogée. Côté cyclecar, George Irat, Salmson, BNC ou Amilcar sont des noms évocateurs.
Les avant guerre sont l’occasion pour les marques de luxe d’exploser, la carrosserie française en est l’exemple, les Delage, Delahaye, Bugatti en sont, mais des modèles mythiques comme les séries 01 et 02 Peugeot en font partie, tout comme la mythique Citroën Traction.

Rouler dans une voiture avant guerre : prendre son temps

On va volontairement laisser de côté les modèles avant guerre haut de gamme. Comme dit plus haut ces modèles se sont parfois vus produire après la seconde guerre mondiale et leur conduite, leur entretien et leur usage est plus moderne.

Concernant les plus anciennes, là c’est totalement différent. On est dans l’image d’Epinal autant que dans la voiture historique. Les démarrages se font à la manivelle, la position de conduite est souvent haut perchée : les transmissions peu évoluées sont placées sous « l’habitacle » pour entraîner les roues arrière, souvent via des transmissions à chaîne. Les roues en bois sont habillées de bandes, dans le meilleur des cas, et pour ce qui est des suspensions, c’est parfois un mot à oublier purement et simplement.

Les commandes elles-mêmes sont vraiment d’un autre temps lorsque l’on regarde les vétérans et les edwardiennes. Certaines n’ont pas de volant, des freins par levier, hors de l’habitacle. En plus il faut réfléchir, car il vaudrait mieux ne pas oublier d’amorcer la poire de graissage située face à vous, sous peine de serrer des systèmes indispensables à la voiture !
L’habitacle, déjà deux fois que j’utilise ce mot, mais la plupart de ces autos sont à l’air libre. Pour vous protéger du vent, gros manteau obligatoire.

Pour finir sur cette partie usage d’une voiture avant guerre, il faut enfin parler des « performances ». Les « puissances » des moteurs sont basses. Une Ford T développait 20ch pour 2878 cm³ et pesait 700 kg. Elle plafonnait à 70 km/h de pointe. Les freins, sont à bandes (on pourrait faire un article si vous ne connaissez pas) et sont fait pour décélérer. Vous aurez bien du mal à piler !

Malgré tout, ce sont des engins qui ne s’utilisent pas comme des anciennes « classiques ». Il faut prendre son temps et parfois, descendre de voiture dans les cotes, vous lui permettrez de monter, et vous ne perdrez pas forcément beaucoup de temps. Tout ce qu’on vient de lister est suffisant pour en faire fuir certains. Mais on parle là des plus anciennes. Une Citroën Trèfle ou une Peugeot 177 sont bien différentes.

Pour votre information, à Retromobile, le club des Teufs Teufs présentait une exposition de voitures qui ont toutes plus de 100 ans, et qui roulent !

Pas si onéreux, à l’achat

Encore une fois, cet argument ne s’appliquera pas une Delahaye ou Delage, qui, encore pire si elles sortent des ateliers d’un carrossier de renom, montent à des prix stratosphériques. Une Mercedes-Benz 540 K, de 1937 a presque atteint les 10 millions de dollars dans la vente RM Auctions de Scottsdale.

On mettra également de côté tout ce qui se rapproche des petites autos sportives, Bugatti Type 35, Amilcar, BNC… qui montent vite. Leur sophistication et leur éligibilité à beaucoup d’événements spécifiques jouent contre elles.

Toutes les anciennes montent en prix, ces voitures en suivent la tendance. Seulement, lorsque l’on écoute les propriétaires, les prix affichés sont difficilement empochés. C’est plus un problème de demande que de prix réellement surestimé, mais on peut néanmoins faire de bonnes affaires. Sans rentrer chez les marchands spécialisés (peu présents en France), on trouve quelques prix intéressants, sur le site lesanciennes.com notamment.

Des voitures des années 1920, vous en trouverez un bon nombre, sont disponibles pour des prix entre 10.000 et 20.000 €, roulantes pour la plupart, ou à reprendre en partie. Si vous souhaitez les restaurer, les prix se situent entre 5000 et 10.000 €. Bon on parle là de voitures populaires des années 1920.
N’oubliez pas qu’une DS à ce prix là sera loin d’être parfaite, les Tractions d’avant guerre sont parfois plus chères !

Pour les voitures d’avant 1920, on arrive sur des prix entre 20.000 et 40.000 pour des modèles restaurés et roulants. Si vous recherchez une auto encore plus ancienne, là il va falloir entrer dans des cercles spécialisés, les annonces sont rares !

LE point noir : l’entretien

C’est là que le bat blesse, l’entretien d’une voiture avant guerre est particulièrement spécifique. L’électricité est balbutiante et le vrai problème est que certains savoir-faire spécifiques se sont presque perdus. Seulement presque car ils existent encore, mais le peu de professionnels habitués à les pratiquer sont désormais très demandés, et ces savoir-faire coûtent cher.

Quelques exemples ? Les moteurs de ces belles fonctionnent sur des bielles régulées. Si il y a 30 ans presque tous les rectifieurs pouvaient re-réguler des bielles, ce savoir-faire s’est perdu et il reste moins d’une dizaine d’entreprises en France capables de réaliser ces travaux avec une qualité professionnelle.
Autre savoir-faire, le charron ! En effet, beaucoup de ces autos sont en parties faites en bois. Si des charpentiers seront capables de refaire le châssis, les roues en bois sont réalisées par un charron, un métier qui s’est perdu petit à petit au point que l’on compte sur les doigts de la main les professionnels capables de réparer ou refabriquer une roue en bois, de qualité, qui ne pourrira pas et qui sera équilibrée.

Le prix augmentera avec l’entretien, certes, mais soyons réalistes, les propriétaires d’ancêtres dépassent rarement les 500 km annuels.

Les avant guerre de nos jours

On vous l’a dit, certains événements leurs sont réservés. Le top, le London to Brighton, comme si vous pouviez faire le Goodwood Revival avec votre auto.
En France, c’est le Paris Rambouillet qui tient la corde pour les ancêtres, on vous le fera suivre de l’intérieur, ou le Trophée Jacques Potherat pour les voitures plus sportives, cyclecars compris. Le Vintage Revival de Montlhéry ou le Grand Prix de Puy Notre Dame sont d’autres événements spécifiques.

En dehors des musées, la collection Schlumpf en recèle un nombre incroyable, c’est lors de commémorations que vous avez le plus de chances d’en voir. En effet les parcours des rallyes de voitures anciennes sont plus adaptés aux après-guerre et youngtimers. Peu d’ancêtres, et de pilotes d’ancêtres, peuvent parcourir 80 km sinueux en 2 heures !

Les avant guerre sont des autos attachantes, que l’on regrette toujours lorsqu’elles ne sont pas assez nombreuses à un rassemblement.
Pourtant, peu de gens osent franchir le pas, et on plus ça va, moins on en voit. Alors si vous souhaitez rouler en ancienne de façon différente, et surtout, que vous avez un côté aventurier, ces autos sont faites pour vous !

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16 réflexions au sujet de « Dossier : Pourquoi craquer pour une voiture avant guerre ? »

  1. Merci pour cet article concernant les voitures d’avant guerre, il faut que les jeunes se lancent dans ce genre de projet, c’est autrement plus passionnant que ce que les autos plus recentes. Une avant guerre ça permet de rouler vraiment différemment, et pas besoin d’aller vite pour avoir des sensations.

    P.S.: Une C4 6 glaces ne vaut pas 22.000, cela vaut au grand maximum 15.000… Pour 22.000 on peut se trouver un faux-cabriolet, un torpedo ou une C6.

  2. Autre remarque concernant l’entretien, votre texte s’applique en grande partie aux voitures d’avant 1914. Une voiture disons « standard » d’avant guerre n’est pas plus compliqué a entretenir qu’une voiture recente, je dirai meme que c’est bien plus simple !
    Prenons par exemple la plus basique des avant guerre mais aussi la plus robuste, la C4. Les mecaniques sont la plupart du temps simpliste, et tres simple a remettre en route, ce sont des moteurs robustes qui ne sont pas tres capricieux (Il faut tout de meme faire les choses dans les regles au depart, et ensuite vous avez des dizaines de milliers de kilometre sans problemes). Il n’y a pas ou peu d’entretien a faire au niveau du freinage, les freins mecanique supporte tres bien les longues hibernations. Les carrosserie sont solides grace au tout acier, et assez facile a restaurer. L’interieur est aussi luxueux et confortable que la plupart des voitures haut de gamme des années 60.

  3. Superbe article, j’ai adoré ! Si j’avais les moyens, j’aimerais avoir un beau cycle-car, ça me fait rêver… Mais c’est vrai qu’une caisse carrée ou une torpédo seraient pas trop mal. J’ai un ami qui a une C6 qui prend la poussière bien au sec dans ce qu’il reste d’un ancien garage, quand j’aurais un peu de sous, je pense lui faire une offre.

    Bien amicalement

    Vincent

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