Modèles à la une : Gordini Type 24S

Avant que son nom ne soit accolé à des Renault sportive, Amédée Gordini était constructeur. Monoplaces, dont des F1, barquettes, il a tout construit pour la course. Aujourd’hui on vous parle d’un de ses chefs d’oeuvre : la magnifique Gordini Type 24S.

Naissance de la Gordini Type 24S

Gordini a commencé sa carrière de constructeur via des préparations sur base Simca, notamment Simca 8 juste après guerre. En 1951 il s’affranchit du constructeur pour se lancer comme indépendant. Les premières voitures, en endurance, sont les T15S, équipées de moteurs 4 cylindres en ligne, puis 6 cylindres en ligne 2.5, celui qui équipe les voitures de F1.

Mais pour 1953, Amédée Gordini veut s’attaquer à l’élite des Maserati, Alfa Romeo, Lancia ou Ferrari, dans la catégorie reine, la catégorie des 3 litres. Il crée donc une nouvelle auto, la Gordini Type 24S.

Pour produire le moteur nécessaire, Gordini ne peut partir sur un V8, trop compliqué et coûteux à créer. C’est donc un 8 cylindres en ligne que le sorcier va produire en montant bout à bout deux moteurs 4 cylindres en ligne 1.5 L. La pièce est belle, et cube 2682 cm³. Deux arbre à came en tête sont chargés de la distribution et quatre carburateurs Weber double corps se chargent de l’alimentation. Le moteur sort 220 ch à 6500 tr/min dès sa sortie. Il est accouplé à une boîte 5 vitesses manuelles qui transmet à l’arrière.

Le châssis est une belle création de Gordini, un châssis en échelle sur lequel on fixe des solutions innovantes. Les roues avant sont indépendantes et soutenues par une double triangulation et des barres de torsion sont logées dans les longerons de l’auto. A l’arrière, on fait confiance à une barre de Watts et un essieu arrière rigide.
La carrosserie originale est en aluminium.

Lancement en course de la Gordini Type 24S

La T15S fait le début de la saison mais la Gordini Type 24S apparaît aux 24h du Mans 1953 le 14 Juin. Une voiture est engagée aux côté de deux T15S. Elle est confiée au duo Maurice Trintignant / Harry Schell, tandis qu’une seconde voiture était prévue, mais non retenue par les organisateurs, pour le duo Behra / Lucas.
La T24S frappée du numéro 35 va très bien marcher puisque la voiture va se classer 6e à 11 tours de la Jaguar Type C de Hamilton / Rolt, mais surtout, en première position de la classe 3 litres !

La Gordini Type 24S, tout comme l’équipe, ne prennent pas part à toutes les courses du championnat du monde. On retrouve une première fois la voiture aux 12h de Reims où Behra et Lucas abandonnent.

On la retrouve ensuite au Tour de France automobile. Jean Behra est au volant avec Alfred Barraquet. Behra domine la course et remporte huit des neufs épreuves chronométrées. Mais le classement est à pondérer avec la cylindrée et c’est l’OSCA de Jacques Péron et son petit moteur 1100 cm³ qui sont sacrés.

La dernière course de l’année 1953 est la Carrera Panamericana où elle est une nouvelle fois confiée à Jean Behra. Malgré une belle performance, il est 6e, il finit par renoncer.

Evolution pour 1954

On retravaille la voiture pour 1954. Les tambours sont remplacés par 4 freins à disque Messier, une chose peu courante pour l’époque.

La saison commence à Buenos Aires le 24 Janvier où Behra et Bordoni doivent renoncer sur un problème moteur. La voiture fait l’impasse sur les 12h de Sebring mais on l’engage au Critérium du Sénégal à la même date. La voiture va être mal arrimée dans le bateau et suite à un choc, la face avant doit être reconstruite. Behar abandonnera.

Bordoni et Serbelloni sont engagés aux Mille Miglia 1954 mais doivent renoncer suite à une sortie de route.
Aux 24h du Mans 1954, une Gordini T24S est engagée pour Behra et Simon. Avec le n°19, ils ne voient malheureusement pas l’arrivée, ils abandonnent après 73 tours. Behra tentera de pousser sa voiture jusqu’à l’arrivée.

La voiture se présente à Reims où elle est confiée à Behra et Gordini. Behra s’accroche avec Tony Rolt sur une Jaguar Type D ce qui va entraîner l’abandon, alors qu’ils étaient troisième, puis un nouveau changement de face avant.

Au Tour de France, c’est André Guelfi et Julio Quinlin qui embarquent dans la T24S. Ils dominent la course avec Pollet sur une T15S, mais une erreur de parcours dans la troisième entraîne une disqualification et la victoire de la T15.

En France toujours, aux coupes du salon à Montlhéry, la voiture est confiée à Jean Behra qui remporte la course.

Nouveau style en 1955

La voiture commence la saison avec la carrosserie qu’elle a depuis Reims. La première sortie de l’année de la Gordini Type 24S est en Argentine, les 24h de Buenos Aires où elle est pilotée par Bayol et Schell qui s’y classent 5e au général et 2e de classe. La voiture ne prend pas part aux 12h de Sebring.

On la retrouve alors en Italie pour les Mille Miglia. Bordoni est au volant mais il va casser son troisième pignon de boîte et abandonner dans la foulée.

La prochaine course, ce sont les 24h du Mans 1955. La voiture est entièrement redessinée dans ce but, avec la carrosserie qu’elle porte toujours, plus fine, plus racée, plus en accord avec ce que portent les Gordini de F1 à l’époque. Les échappements latéraux datent aussi de cette modification.

Manzon et Bayol sont chargés de l’emmener le plus loin possible, mais ils ne prendront même pas le départ de la course suite à une sortie aux essais !

La voiture n’est pas engagée à Reims et il n’y a pas de Tour de France en 1955, les courses autos ont été interdites après la tragédie de Levegh aux 24h du Mans.

On retrouvera une dernière fois la voiture cette année là à la Targa Florio où Ricci et Scotti abandonnent.

Sortie de piste et arrivée sur les routes

En 1956, l’entreprise Gordini va très mal. Les F1 n’ont jamais rencontré le succès et mise à mal les finances. La Gordini T24S n’est engagée qu’en France, notamment, à Dakar où elle termine 6e, aux Coupes de Vitesse à Montlhéry où elle gagne et aux 1000 km de Montlhéry où elle abandonne.

Françoise Sagan, la célèbre romancière apprend cela et veut aider à sa façon. Déjà éprise de vitesse, elle se rend chez Gordini pour acheter une voiture.

C’est sur ce châssis n°36 qu’elle jette son dévolu et l’achète pour un prix fixé en fonction des dettes à régler et des futurs salaires des employés. Avant de prendre possession de l’auto, on montera un réel pare-brise sur la voiture et André Guelfi donnera des cours à Sagan.
Elle ne la gardera pas longtemps et elle fut ensuite acquise par José Piger qui l’engagea en course sur des courses de cote en 1958.

La voiture est toujours dans un très bel état et on a pu la voir à de nombreuses manifestations d’anciennes, son palmarès lui permettant de s’engager partout ou presque !
De notre côté on l’avait admiré à la vente RM Auctions des Invalides en 2014.

Photos : News d’Anciennes, RM Auctions, Les 24heures.fr, Revs Institute

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