Pourquoi les Ferrari Berlinetta Boxer portent mal leur nom ?

Au début des années 1970, Ferrari voit venir de plus en plus de concurrence et lance la série des Ferrari Berlinetta Boxer. Mais en réalité, on a rarement fait une aussi belle faute de dénomination dans un nouveau modèle, explications.

Le contexte de la création des Ferrari Berlinetta Boxer

De tous temps, Enzo Ferrari a voulu ses voitures à moteur V12 à l’avant. Il n’est pas opposé à ce que les voitures en reçoivent un à l’arrière, mais uniquement quand il s’agit de voitures de course. La Ferrari 250 a un moteur V12 à l’avant, la Ferrari 250 LM, le porte en position centrale arrière.

Pourtant, en 1966, le voisin et ex client Feruccio Lamborghini décide lui d’installer son V12 à l’arrière sur celle qui va devenir la première supercar de route de l’histoire : la Lamborghini Miura.
La fronde est réelle pour la marque au cheval cabré, le taureau est bien plus performant et novateur.

D’abord on commence à passer les moteurs à l’arrière, mais sur les « fausses » Ferrari, les Dino qui reçoivent d’abord un V6 en position centrale arrière sur la Dino 206 en 1967. Mais il ne s’agit là que de voitures à part dans la gamme.

Finalement, la décision est prise de créer une gamme de voiture à moteur 12 cylindres à l’arrière.

La naissance des Ferrari Berlinetta Boxer et la grossière erreur

On décide donc de créer une Ferrari à moteur central arrière. La première de ces Ferrari Berlinetta Boxer va être la Ferrari 365 GT4 BB. Dévoilée dans un premier temps en 1971 au salon de Turin, elle est mise en vente à partir du salon de Paris 1973.
Elle reste dans l’histoire comme la BB (Berlinetta Boxer) la plus rare, avec seulement 387 exemplaires construits.

Pour le moteur, on veut un 12 cylindres. Mais plutôt que de reprendre le V12 de 4.4 litres de la Ferrari 365 Daytona, on fait appel à une autre solution, le 12 cylindres à plat. Cette technologie n’est pas inconnue à Ferrari puisque la marque l’a déjà adoptée en Formule 1 depuis l’année 1969 avec sa Ferrari 312 B (déjà pour Boxer). Les performances sont là, la nouvelle berlinette Ferrari développe 380 ch et permet à l’auto d’approcher les 300 km/h !

Seulement, chez Ferrari on a fait une erreur de nom. En effet, les voitures de la marque ne sont pas des Boxer, mais des moteurs à plat.
Quelle est la différence ? Et bien c’est une histoire d’architecture.

Les moteurs à plat et les boxer ont une caractéristique commune : les cylindres sont opposés, de chaque côté du vilebrequin et l’angle formé par les deux bancs de cylindre est de 180°.
Les boxers sont nombreux, on les retrouve sur les Porsche 911, les Citroën 2CV, les Coccinelle, et plus récemment sur les modèles Subaru.

Mais les moteurs à plat sont différents, et tout se joue sur le vilebrequin. Quand un moteur est un boxer, il n’y a qu’une bielle par maneton. Du coup, à chaque rotation, les pistons vont dans deux sens distincts, les points morts hauts sont atteints des deux côtés en même temps.
Sur un moteur à plat, on se rapproche de l’architecture d’un vilebrequin de moteur en V. Deux bielles s’articulent sur le même maneton. Quand un piston est en haut, l’autre est en bas.

Et c’est bien sur ce système que s’appuie la marque pour ses Ferrari Berlinetta Boxer. On a donc affaire à un moteur à plat, un Flat 12 et non un Boxer.

Les différents moteurs à plats de la série BB

La série des Ferrari Berlinetta Boxer commence à la 365 GT4 BB mais ne s’arrête pas là.

En 1976 Ferrari va faire évoluer la voiture en 512 BB pour le marché américain. On passe là à un moteur de 5 litres, toujours de 12 cylindres (d’où le nom). L’aspect de la voiture reste globalement le même, les pneus arrière changent. Le moteur est passé aux normes américaines, avec comme souvent une perte de puissance, on arrive ici à 360 ch. En plus de cela, le 4942 cm³ (soyons précis) reçoit une lubrification par carter sec.
La voiture sera produite à 927 exemplaires.

Elle évolue en 1981 pour devenir la Ferrari BB 512i, qui comme son nom l’indique reçoit l’injection mécanique Bosch. On la différencie avec les deux petits feux dans le bouclier avant et l’adoption de pneus Michelin TRX. Il en sera produit 1007.

Il sera construit une version BB LM de cette voiture, pour les courses d’endurance. On y reviendra.

En 1984, un nouveau modèle apparaît, la Ferrari Testarossa, qui, si elle perd le sigle BB, reste dans cette continuité. Le moteur est toujours le 5L, passé à 390 ch. On arrive à 290 km/h en pointe. Le design de cette voiture et ses performances de premiers plan vont en faire une des Ferrari les plus vendues avec 7177 exemplaires vendus jusqu’en 1996.
Elle sera devenue 512 TR en 1992 avec un petit relooking et une louche de chevaux en plus : 428ch et une vitesse de pointe de 313 km/h. Et elle sera même Ferrari F512 M en 1994 avec bielles et pistons en titane et 440 ch !

Une belle histoire pour un moteur qui ne porte pas son nom !

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12 réflexions au sujet de « Pourquoi les Ferrari Berlinetta Boxer portent mal leur nom ? »

      • Alfasud, Sprint, 33, 145 et 146 ont été motorisées par le boxer Alfa (merci Rudolf Hruska). Le plus puissant étant le boxer de la 33 1.7 16v developpant 137 chevaux. Mais le plus plaisant étant le 1.7 de 118 chevaux monté sur les 33 et Sprint 1.7 QV 😉

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  3. Au delà du débat technique, boxer, V12 à 180° etc … je me permet de vous livrer le commentaire que j’ai eu de la bouche M. Fioraventi en personne (le designer en chef chez Pininfarina des plus mythiques des Ferrari) : « on l’a appelée BB parce qu’à l’époque, comme tous les designers de mon époque, j’étais amoureux de Brigitte Bardot mais officiellement Berlinetta Boxer a été retenu car c’était plus acceptable ».

    Vous pouvez le contacter directement si vous avez un doute 😉

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