Modèles à la Une : Matra MS 630

On a commencé la série la semaine dernière, voici la prochaine étape de notre série dédiée aux Matra des 24h du Mans, avec la Matra MS 630.

En 1967, la MS 630 remplace la MS 620 de l’année précédente et elle en est une évolution. L’aérodynamique est revue et la carrosserie abandonne « l’alliage léger » pour adopter une technique beaucoup plus moderne avec du polyester stratifié (voir notre article sur les composites dans l’automobile). Elle évolue surtout dans sa partie arrière en gagnant 5,7 cm d’empâtement et en adoptant une voie arrière plus large de 6cm.

Matra prévoit son engagement dans plusieurs courses du début du championnat du monde, mais c’est finalement avec des Djet que les pilotes courent les courses.

La voiture débute aux 24h du Mans 1968 où elle reçoit le V8 de 2L BRM dérivé d’un bloc de F1 et qui a déjà fait les beaux jours de la MS 620. Il est dans la même configuration avec 245ch à 9000 tr/min et une boîte 5 vitesses.
Au mans, deux voitures sont engagées. Mais comme l’année précédente, aucune ne voit l’arrivée. La mieux classée, la n°29 confiée à Beltoise et Servoz-Gavin finit 29e en couvrant 155 tours avant d’avoir un problème. La seconde, n°30 confiée à la paire Jaussau-Pescarolo ne boucle que 55 tours avant de connaître un souci de portière.

A cette période Matra est placée au centre de l’ambition technologique française. Un gros partenariat avec Elf et lui-même soutenu par l’état veut que Matra pousse plus haut. On va donc tester la MS 630 avec un moteur beaucoup plus puissant en adoptant celui de la star Ford GT 40 Mk I : le V8 4.7L. Les trois châssis sont équipés de cette motorisation qui fait passer la puissance de 245 ch à 400 ch. Ces voitures hybrides bouclent la fin de la saison où Servoz-Gavin n’a pas beaucoup de concurrence dans les épreuves nationales auxquelles il participe et n’obtient pas de succès dans les épreuves internationales (1000 km de Paris, 12h de Reims).

C’est le 11 Janvier 1968 que Matra dévoile la Matra MS 630 M. Elle est cette fois équipée du moteur tant attendu : le V12 Matra 3L qui courra en F1 et en sport prototype.
Si la version F1 développe 430ch à 12.000 tr/min, la version endurance est volontairement limitée à 380 ch à 9000 tr/min.
La voiture débute la saison avec le V8 Ford.

La Matra MS 630 commence la saison 1968 du championnat du monde à Spa où Pescarolo et Mieusset abandonnent au premier tour suite à des soucis d’injection.

La voiture n’est ni engagée à Watkins Glen ni à Zeltweg.

Une seule Matra MS 630 est engagée au Mans en Septembre 1968 (la course est déplacée suite aux événements de Mai) et confiée à la paire Servoz-Gavin et Pescarolo. Ils vont y écrire une page mémorable de l’histoire du Mans.
Qualifié 6e, Servoz-Gavin s’arrête à son stand dès le premier tour. La pluie fine l’empêche de bien voir, et pour cause son essuie-glace est en panne. Il repart dernier et lorsqu’il laisse le volant à Pescarolo 2h plus tard il est déjà revenu à la 9e place.

La voiture continue mais la pluie redouble. Servoz-Gavin renonce après un relais d’une 1h15 à 5h du Matin trouvant que c’est trop dangereux. La Matra est pourtant 3e et Pesca va alors cravacher et reprendre des longs relais pour finalement monter à la 2e place à 10h30. Las les efforts vont être anéantis par des débris sur la piste entraînant crevaison et début d’incendie. La voiture est 19e, dernier abandon, avec 283 tours couverts.
Grosse source de satisfaction : les performances sont au rendez-vous et le moteur Matra tient.

Pour 1969, Matra a développée une nouvelle voiture la MS 640 (article à lire ici) mais la voiture n’est pas prête à temps, la saison commence à Daytona où Pescarolo et Servoz-Gavin ne prennent pas le départ, la voiture a en effet un gros accident aux essais.

La Matra MS 630 n’est pas engagée à Sebring, ni à Brands Hatch.

Aux essais préliminaires des 24h du Mans, début avril, Pescarolo subit un très grave accident avec la voiture et il est décidé qu’elle ne sera pas engagée.

Matra a cependant créé la MS 650, une barquette ouverte décidée rapidement. Elle va remplacer la MS 640 dans les plans du constructeur.
La barquette va commencer sa carrière dès Monza à la fin Avril. C’est en fait une Matra 630/650, qui reçoit une carrosserie et un moteur de MS 650 sur une base de 530.
Aux 1000 km de Monza, Servoz-Gavin et Guichet qui étrennent la voiture abandonnent après 61 tour sur un soucis d’alimentation d’essence.

Aucune voiture n’est à la Targa Florio et finalement, aucune à Spa ni au Nürburgring.

Aux 24h du Mans 1969, Matra engagera sa toute nouvelle voiture, la Matra MS 650 avec sa carrosserie de barquette ouverte. Une seule voiture est construite et ce sont deux MS 630/650 qui l’accompagneront. Une autre MS 630 M est engagée avec le moteur dans sa nouvelle configuration de 420 ch.

Matra va enfin voir l’arrivée au Mans, la MS 650 n° 33 de Beltoise et Courage est 4e en 368 tours, la MS 630 « normale » de Guichet et Vaccarella n°32 est 5e en 359 tours, la MS 630/650 de Galli / Widows est 7e en 330 tours. Seule la n°34 de Servoz-Gavin et Müller abandonne au bout de 158 tours.

La MS 630 « normale » ne sera plus utilisée mais on retrouve une 630/650 aux mains de Guichet / Widdows à Watkins Glen où elle abandonne après 156 tours.

Ensuite elle laisse place à la Matra MS 650 dont l’histoire complète est dans notre article visible ici.

La voiture est visible, comme nombre de Matra,au musée de Romorantin.

Photos : Pierre Bedeï, T1Bolt, Jerome G, Les 24.fr, Revslib Stanford

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